Dans sa maison toulousaine, Gilles Roset conserve près de 600 maillots de basket, dont certains signés par Michael Jordan ou Kobe Bryant. Mais c’est sur un terrain beaucoup plus petit que ce passionné de 53 ans a bâti sa nouvelle vie. Sous le nom de GylBret Card Addict, il ouvre en direct sur YouTube des boîtes de cartes NBA, conseille les collectionneurs et traque les pépites de son équipe favorite, les Indiana Pacers.
Il saisit la carte avec la précaution d’un diamantaire. Sous plusieurs épaisseurs de plastique, deux joueurs, deux autographes et un nombre qui change tout : 9/10. Une édition limitée. « Celle-là est estimée à plus de 30 000 euros », glisse Gilles Roset, presque tranquillement.
La carte ne lui appartient pas. Elle a jailli d’une boîte ouverte en direct sur YouTube pour ses clients. L’un avait acheté les cartes des Dallas Mavericks, l’autre celles des San Antonio Spurs. Comme les deux équipes figuraient sur la trouvaille, un tirage au sort a décidé de son propriétaire. Quelques secondes de suspense pour un objet valant le prix d’une voiture.
Bienvenue dans l’univers de GylBret Card Addict, pseudonyme composé lorsque Gilles vivait encore en Bretagne. À 53 ans, cet ancien directeur de magasins, passé notamment par Quick, Boulanger et la Fnac à Labège, a quitté le commerce traditionnel pour faire de cette passion son métier.

Influenceur, conseiller et surtout « box breaker », il ouvre des boîtes de cartes devant sa communauté. Avec, à chaque fois, la même inconnue : que renferment-elles ?
Des boîtes à 1 200 euros ouvertes en direct
Une boîte peut contenir cinq cartes ou plusieurs centaines. La plus fine n’est pas forcément la moins chère. Gilles en montre une à près de 700 euros, forte de quelque 200 cartes. Une autre, beaucoup plus ramassée, en rassemble seulement 40, mais promet quatre autographes. Prix du frisson : environ 1 200 euros.

Pour rendre ces coffrets accessibles, le « box break » en partage le coût. Chaque participant achète un « spot », généralement une équipe. Si un amateur choisit les Spurs, toutes les cartes de San Antonio découvertes pendant le direct lui reviennent. Il peut ne rien recevoir, en obtenir vingt ou décrocher une pièce exceptionnelle. Une loterie sportive où l’on connaît le nombre de billets, jamais leur contenu.
« Il y a six ans, j’étais le seul en France », raconte Gilles Roset. Depuis, les ouvertures en direct se sont multipliées et de grandes plateformes se sont emparées du phénomène. Lui cultive une approche d’accompagnement. Tous les lundis à 21 heures, son émission hebdomadaire reçoit des personnalités du sport et des médias, parmi lesquelles Jacques Monclar, Georges Eddy ou Rémi Reverchon.
Indiana jusqu’au fond des classeurs
Gilles Roset ne collectionne pas toute la NBA : il raconte les Indiana Pacers, son équipe de cœur. Ses classeurs suivent notamment Tyrese Haliburton depuis ses années universitaires, puis au fil de sa carrière. « Une même carte peut exister dans des dizaines de variations de couleurs, certaines produites à dix, cinq ou un seul exemplaire ». Ce fameux « one of one », objet unique au monde, constitue le Graal.

« Les collectionneurs comme moi sont un peu masochistes », sourit-il en tournant les pages. Il gère aussi sur les réseaux un compte français consacré à l’Indiana Fever, l’équipe de WNBA où évolue Caitlin Clark. Les nuits sont rythmées par les matchs, les directs et les échanges avec les passionnés. Désormais, son activité peut dépasser 60 heures par semaine.
Tout est pourtant parti des maillots. Gilles estime en posséder entre 500 et 600, dont une centaine encadrée. Michael Jordan, Kobe Bryant, Allen Iverson, Kareem Abdul-Jabbar ou Reggie Miller peuplent cette galerie privée. Il a mis dix ans à trouver un maillot signé de Jordan ; la même année, il en a finalement déniché deux. Celui de Kobe Bryant était dissimulé dans un lot acheté avec des amis lors de la fermeture d’une boutique australienne.

Il ne les vend pas. « Je vis ma passion à travers les cartes et les jerseys », confie-t-il. Un handicap limitant ses voyages, il a longtemps parcouru la NBA depuis chez lui. Il organise aujourd’hui pour d’autres collectionneurs des séjours mêlant matchs et salons américains.
De la chambre aux grands salons
Les cartes étaient d’abord de simples éléments de décor. Elles permettaient de mettre un visage sur les maillots encadrés. Puis le Covid a tout accéléré. « On m’a dit : si tu sais importer des jerseys, tu sais importer des cartes. » Gilles s’est lancé presque pour rire, avant de voir la communauté grandir. Président d’une association, il a notamment créé le Toulouse Cards Show, dont quatre éditions ont déjà réuni les amateurs.
Le phénomène reste encore jeune en France. Aux États-Unis, il appartient depuis des générations à la culture populaire. « Autrefois, les statistiques imprimées au dos des cartes de baseball permettaient aux enfants de suivre leurs joueurs bien avant Internet ». À cette tradition se sont ajoutés les autographes, les fragments de maillots, les séries limitées et les pièces fabriquées par des artistes.
















