Entre un début d’aveux très prudents de Mohamed Zerrouki, de ses amis et les dépositions des enquêteurs de la police judiciaire, un monde. Et des indications, chiffrées, sur l’ampleur de ce trafic de stupéfiants qui donnent des frissons. Compte-rendu d’audience.
L’oralité des débats, grand principe des cours d’assises, réserve souvent ses surprises. Les vérités du matin ne sont pas forcément celles du soir. Quand Mohamed Zerrouki admet ce jeudi matin « son implication » mais cherche surtout à réduire son rôle, son importance, dans le trafic de stupéfiants autour du quartier des Izards, à Toulouse, on imagine un progrès. Certes, ses efforts de vérité sont contrariés par sa capacité à limiter son rôle, presque à verser une larme sur le rôle de « boss » qu’on lui attribue « à tort » depuis une bonne décennie.
Seulement, à leur tour, les policiers déposent à la barre pendant près de cinq heures et ces petits espoirs du matin sont rattrapés par la réalité du soir. On tremble devant l’ampleur du phénomène. « Vous savez, une enquête sur des soupçons de blanchiment, ce n’est pas compliqué. C’est mathématique », commence la femme en charge des premières investigations en janvier 2020.
Des dépenses mais pas, ou trop peu, de revenus
Précise, cet officier de police judiciaire illustre pendant deux bonnes heures ses additions. Et c’est simple : les revenus officiels du couple Zerrouki et leurs dépenses ne collent pas. Il y a même une grande différence et de sacrés trous.
Notamment autour de la construction de la maison de Buzet-sur-Tarn revendue dès 2020, trois ans après avoir été habitée, 500 000 euros sans que les enquêteurs ne découvrent de factures « sérieuses » liées à cette construction.
« On peut bâtir une maison avec 130 000 euros, même avec moins », défend Me Battikh, avocat de Mohamed Zerrouki en s’appuyant sur un emprunt bancaire. L’enquêtrice en convient, mais pas n’importe laquelle. « Et pas cette maison-là ! ». L’avocat s’accroche, s’indigne même, mais l’officier de police judiciaire ne bouge pas. Certains juges de la cour esquissent presque un sourire.
Le rôle d’Hakim Boudjjelah, « bras droit et homme de confiance » de Zerrouki pourtant seulement rencontré en 2017, est détaillé par un major. Les avocats de l’intéressé, Mes Morgan Dupoux et Pierre Le Bonjour, marquent quand même quelques points. « Jouer les chauffeurs, les accompagnateurs de Monsieur Zerrouki ne fait pas de vous un trafiquant », s’agace Me Dupoux. Elle apprécie d’entendre que rien, dans les revenus ou le train de vie de ce père de famille, ne démontre le contraire.
Et puis le commissaire, chef de la division économique quand a commencé l’enquête en janvier 2020, prend la barre. Déjà plus de 18 heures, les visages traduisent de la fatigue mais l’attention revient, vite. Parce que la déposition, précise, énumère les éléments. Cette fois, on parle trafic de drogue « aux Izards mais aussi dans d’autres quartiers de Toulouse. Nous sommes avec des grossistes », prévient-il. Cette enquête « a ouvert une fenêtre sur un sujet que nous connaissions mais sur lequel nous manquions de concret. »
100 kg de cocaïne, 300 kg de cannabis, ça carbure…
Un trafic, « à grande échelle », sur lequel le policier dispose de paramètres. « Pas de l’imagination » mais des chiffres extraits des éléments notamment les écoutes des fameux Sky ECC. « Ces écoutes ont amené du concret à nos investigations ». Tentative d’achat de 100 kg de cocaïne au Brésil, importation de 300 kg de cannabis depuis le Maroc. Les chiffres donnent le tournis.
Capacité aussi à « bouger les lignes et même le marketing » pour mieux vendre du cannabis. Inventifs, Mohamed Zerrouki et Badreddine Abbou, que le commissaire place sur la même ligne, « deux associés » n’arrêtent jamais. Avec de gros bénéfices et un chiffre d’affaires conséquent : « 3,7 millions d’euros en l’espace de 18 mois. Ce n’est pas surestimé. Et c’était la période du Covid, pas la plus simple pour le commerce », prévient le patron.
Dans le public, les chiffres sonnent par leur ampleur. Les avocats aimeraient que le temps passe plus vite. Les demi-aveux du matin se sont vite envolés.
L’audience se poursuit lundi avec l’audition des accusés. Tempête sous des crânes à venir.













