Le métro toulousain est une cible pour les tagueurs qui cherchent à s’y introduire illégalement. Le phénomène, même marginal, fait l’objet de toute l’attention de Tisséo qui a multiplié les systèmes de protection et les caméras anti-intrusion. Avant l’été, trois tagueurs ont ainsi été interpellés à Basso-Cambo.
Chez Tisséo Voyageurs, qui gère le réseau de transports en commun de Toulouse, on n’ignore rien de ce drôle de championnat qui se joue à l’échelle de l’Europe et qui consiste à s’introduire illégalement dans les entrailles du métro pour y tracer des tags qui seront considérés comme un trophée. On sait aussi que « plus les conditions d’accès sont difficiles, plus le challenge est relevé », comme le souligne le directeur général Thierry Wischnewski. Ce qui fait du métro toulousain un sommet convoité. Pour autant, sur ce sujet sensible, Tisséo a « plutôt infléchi le nombre d’intrusions » qui était de l’ordre de cinq à dix il y a cinq ans.
« Les efforts portent leurs fruits », observe le directeur qui veut cependant rester prudent face à l’agilité de ces artistes qui n’hésitent pas à courir tous les dangers. Leurs cibles privilégiées sont les rames mais aussi les ponts ou viaducs. Les tagueurs cherchent souvent à passer entre les portes palières et le wagon même si l’espace est étroit. Le dépôt de la ligne A, à Basso Cambo, où sont stationnées les rames, est aussi une cible de choix. Il y a quelque temps, des intrus s’étaient hissés sur la station voisine, le terminus, à l’aide de grappins.
Trois interpellations
Pour faire face, Tisséo a notamment comblé l’espace des portes palières. Et la régie peut compter sur un réseau de caméras qui, avec l’aide de logiciels, signalent la présence d’un intrus dans un lieu interdit. Et cela fonctionne puisque des interpellations ont eu lieu, suivies de plaintes et de condamnations. En juin, deux Italiens et un Ukrainien ont été arrêtés à Basso Cambo dans la nuit.
Pour la troisième ligne en construction, Tisséo Ingénierie a pensé aux « dispositifs anti-intrusion dès la conception ». C’est le cas à la sortie de la station Montaudran Gare où le métro devient aérien. « Ce dispositif, particulièrement visible, prend la forme d’une structure métallique recouvrant l’ouvrage. » Mais c’est l’ensemble de l’infrastructure qui est sous surveillance « grâce à différents équipements, tels la vidéoprotection, les systèmes sécurisés d’accès des ouvertures des installations », le tout supervisé en temps réel depuis un poste de commandement. Tisséo investit en matériel de l’ordre de 10 M€ pour cela.
En juin, un marché d’1,4 M€ a ainsi été passé avec une entreprise pour construire sur le viaduc du Sud-Est, outre la charpente métallique, « un grillage retardateur » et des tôles d’habillage en aluminium.
Dans le tunnel du tram, une fresque anti-tags
Occuper le terrain laissé libre par les espaces créés par le réseau de transports en commun. En confiant à l’artiste toulousain Toncé, la fresque qui habille le tunnel du tramway, boulevard Déodat-de-Séverac, Tisséo a voulu « améliorer le cadre de vie du quartier » et « valoriser » ce lieu en particulier. Mais l’appel à un artiste du graph urbain est aussi une manière de lutter contre la prolifération des tags indésirables. Une politique voulue par Tisséo qui pourrait bien rééditer la commande de fresques. Sur 250 mètres de long et une surface de plus de 1 000 m2, Toncé a laissé libre cours à son style géométrique et coloré. Habitant du quartier, l’artiste, qui expose régulièrement à Toulouse, avait soumis son idée à Tisséo dans le cadre d’un appel à projets. La fresque a été réalisée à l’aide de cinq autres artistes pendant l’interruption du tram en juillet. Neuf jours, et dix heures par jour, ont été nécessaires pendant lesquels le groupe a dû composer avec la canicule. Il existe à Toulouse une autre façon de lutter contre les tags : la végétalisation. Depuis 2011, la Direction des routes du Sud-ouest a parié sur les haies pour masquer les grands murs antibruit construits en bordure du périphérique à Rangueil et qui ont vite été recouverts d’énormes graffitis. Aux Ponts-Jumeaux, des grilles ont été installées pour que des plantes grimpantes recouvrent ces murs.










