Ne supportant plus le climat toulousain, Loo Pradel, 38 ans, son compagnon et leurs deux enfants ont choisi de s’installer en Bretagne. Trois ans après leur départ, ils ne regrettent pas leur choix. Loo voit dans le changement climatique un moteur appelé à accélérer les mobilités vers les régions plus tempérées. Mais elle alerte aussi sur le risque d’un phénomène réservé aux ménages qui en ont les moyens.
Loo Pradel est une réfugiée climatique. C’est ainsi que la jeune femme de 38 ans se définit.
Native de Toulouse, la Toulousaine supportait de moins en moins la chaleur qui y régnait. L’été 2022 a été le déclic, le point de départ d’un changement de vie. « On avait eu une semaine à 42 °C et, même à la campagne, c’était insupportable. Les moustiques le soir, la chaleur qui ne descend pas, impossible de dormir… C’est à ce moment-là qu’avec mon compagnon, on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose, surtout pour nos enfants. On voulait rester en France et la Bretagne est apparue comme une évidence : plus vivable, plus respirable, au moins l’été. »
Après une analyse du marché immobilier, le Finistère est choisi comme point d’ancrage. Loo vient de terminer une formation de paysagiste et son mari peut télétravailler.
« Des amis toulousains me disaient qu’ils vivaient l’enfer »
Tous les voyants sont au vert. Le couple et ses deux enfants, aujourd’hui âgés de 4 et 7 ans, s’installent à Quimper. « C’est vrai que ce n’est pas le cas de tout le monde. Ma meilleure amie, qui habite Toulouse, par exemple, voudrait bien partir avec son fils, mais financièrement, elle ne peut pas. »
Trois ans après leur installation en terre bretonne, Loo n’a aucun regret, surtout lorsqu’elle regarde le climat toulousain cet été. « Certes, on a eu des vagues de chaleur, mais pas aussi marquées, pas aussi longues. Le maximum, ça a été 38 °C cette année et, pour ici, c’était déjà exceptionnel. Je gardais contact avec des amis restés à Toulouse, ils me disaient qu’ils vivaient l’enfer avec 42 °C et aucune fraîcheur la nuit. En Bretagne, même quand il fait chaud, il y a de l’air, il pleut souvent, donc ça ne dure pas. »
« Un refuge pour les plus riches »
Pour Loo, le changement climatique accélérera forcément le phénomène, avec les inégalités qui en découlent. « On bouge parce que le climat, là d’où on vient, n’est plus vivable. Franchement, je suis loin d’être la seule. Je connais d’autres Toulousains qui sont récemment arrivés. C’est un vrai mouvement, je suis sûre que ça va continuer. Je pense que la Bretagne va attirer tous ceux qui peuvent partir pour fuir la chaleur du Sud ou du Centre. Mais ça va aussi accentuer les inégalités, car seuls ceux qui ont les moyens pourront le faire. Les autres vont devoir rester et subir des étés toujours plus durs. D’ici à 2050 ou 2060, la Bretagne risque d’être un refuge pour les plus riches, pendant que le Sud deviendra plus difficile à vivre pour les autres. »
Pour elle, l’été 2026 en est déjà un signe. « Ça a été un vrai raz-de-marée. Tous les coins étaient saturés et, à la plage, c’était infernal. Les prix augmentent, même pour manger une crêpe ou des moules-frites : ça a pris 0,50 € à 1 € cet été. L’immobilier devient inaccessible pour pas mal de locaux, clairement, ça accentue les inégalités. Je pense que dans deux ans, il n’y aura plus trop d’endroits bon marché. »












