À Toulouse, l’école CERENE accompagne des élèves souffrant de troubles des apprentissages et de l’attention. Les cours et l’environnement y sont adaptés pour aider les enfants DYS ou TDAH à retrouver confiance, progresser et préparer leur retour dans un établissement scolaire classique.
« Noé, qu’est-ce qu’il se passe ? Tu veux aller marcher un peu ? » Le jeune garçon d’une douzaine d’années se lève sans bruit et sort de la classe pour faire les 100 pas dans le couloir en respirant profondément. C’est le quotidien de Tabata Hermand, professeure à l’école CERENE de Toulouse. Dans cette structure, qui a fait sa rentrée comme n’importe quel autre établissement scolaire début septembre, les élèves présentent tous des troubles des apprentissages et/ou de l’attention.
Dyslexiques, dysphasiques, dyspraxiques, TDAH, troubles du spectre de l’autisme (TSA) léger… Aujourd’hui, en France, 8% des enfants en âge d’être scolarisés sont diagnostiqués. Et dans la plupart des cas, ils se trouvent en difficultés scolaire et sociale. « Dans mes anciennes écoles, tout allait trop vite ! Je n’arrivais pas à suivre, j’avais du mal à écrire et j’étais harcelé dans la cour de récréation », témoigne Baptiste, 11 ans, en classe de 6e au CERENE. « J’ai changé plusieurs fois d’établissement, mais c’était toujours pareil ! » poursuit-il.
Comme pour Baptiste, le schéma est souvent le même : les troubles entraînent un sentiment d’incompétence chez l’enfant, qui cherche alors à éviter les situations d’échec. S’ensuivent un décrochage scolaire et l’impression d’être différent. Un contexte propice au harcèlement et à l’exclusion sociale par les autres ou par lui-même. Pourtant, « ils ne sont pas moins intelligents que la moyenne. Ce n’est pas une question de capacités mais de manière dont on leur transmet les connaissances. Il faut leur fournir des outils spécifiques, qui leur permettront d’acquérir les mêmes compétences que n’importe quel élève », explique Anissa Mazari, directrice du CERENE Toulouse.
Un environnement rassurant
C’est d’ailleurs la raison d’être de cette école privée, hors contrat, spécialisée dans l’accueil des enfants présentant des troubles des apprentissages. À ce jour, huit écoles CERENE sont ouvertes en France (Paris 12e, 15e et 17e, Rueil-Malmaison, Lyon, Marseille, Lille). Un réseau lancé en 2011 par le neuropsychologue Hervé Glasel. Celle de Toulouse a accueilli ses premiers élèves en 2024. « Nous suivons les mêmes programmes que les écoles traditionnelles, les mêmes matières, à la différence que nous prenons en compte les difficultés des élèves et que nous les intégrons à la vie de la classe », précise-t-elle.
Maths, français, histoire-géographie, anglais, espagnol, SVT, chimie, technologie… Tout y est ! Mais ici, on prend le temps et on s’adapte à chaque élève. « Je peux dire que je connais mes élèves par cœur, je perçois s’ils ont compris la leçon ou pas, je sais comment les rassurer et faire en sorte qu’ils acquièrent les notions exigées pour leur niveau par l’Éducation Nationale », raconte Tabata Hermand. Cela est rendu possible par l’effectif très réduit d’enfants par classe.
Actuellement, l’école ne se compose que de trois classes, une de primaire (CE2-CM1-CM2) avec quatre élèves et deux de collège (une classe de 6e– 4e et une de 5e) avec respectivement neuf et dix élèves. Une organisation dictée par le nombre et le niveau d’inscrits. Les enseignants sont donc formés au triple niveau et aux cours différenciés. D’ailleurs, dans la classe de Tabata Hermand, les 4e sont en plein cours d’histoire-géographie, ils étudient la notion de classes sociales et la Révolution industrielle. Pendant ce temps, les 6e sont en session d’autonomie : à partir d’un texte ou d’une image, ils doivent répondre à des questions pour en évaluer la compréhension.
Un à un, l’enseignante s’assure que ses élèves ont bien compris ce qui leur est demandé, qu’ils sauront comment s’y prendre et explique à chacun d’eux ce qu’ils n’ont pas saisi, quasiment de manière individuelle. « C’est très agréable de pouvoir travailler comme ça », confie Tabata Hermand, « cela permet de personnaliser les aides et de voir les progrès. C’est à la fois bénéfique pour les enfants, et d’une énorme satisfaction professionnelle pour les professeurs ». Un suivi adapté, adaptable et pourtant très codifié.
Des outils de contournement
Ici, pas de trousses ni de cahiers sur les tables, mais des ordinateurs, fournis par l’école. « C’est l’outil indispensable pour aider les élèves DYS à se concentrer sur les apprentissages : le fond, plus que la forme », précise Anissa Mazari. Pour un enfant dysgraphique ou dyspraxique par exemple, le simple fait de tenir correctement un stylo et de former les lettres est un effort tel qu’il ne peut plus se concentrer sur le contenu du cours. Sur l’ordinateur, les textes sont prédéfinis en police Arial, et en corps 14, les consignes y sont surlignées en jaune et les verbes d’action en rouge. Autant de normes qui ont vocation à faciliter la compréhension.
Dans la même optique, les énoncés sont répétés et reformulés et les consignes sont délivrées une à une. Les œuvres littéraires ne sont pas étudiées dans leur intégralité mais par extraits, « cela permet d’acquérir les mêmes compétences mais de manière moins anxiogène pour les enfants », assure Tabata Hermand.
Favoriser la concentration, l’attention et la compréhension à l’aide d’outils, c’est là la base de la pédagogie CERENE. L’enfant ne passe plus son temps et son énergie à tenter de se contenir, de se focaliser sur une leçon ou de saisir les consignes au détriment de son apprentissage. « Par cette méthode, il parvient à dépasser, à gérer ses troubles pour acquérir normalement les compétences scolaires », résume Anissa Mazari. Une méthode qui a séduit la maman de Nicolaï, 11 ans. « Avant j’habitais en Allemagne et nous avons déménagé il y a deux ans, exprès pour que je vienne dans cette école parce que je subissais des harcèlements de la part d’autres élèves mais aussi de professeurs », décrit le jeune garçon présentant un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).
Certains sont assis sur des culbutos, d’autres mettent un casque antibruit, ou encore s’isolent avec un séparateur. « Nous leur apprenons à identifier les outils qui permettront, à chacun d’eux, de surmonter leur trouble », continue-t-elle. Casques à micro, marchepieds, élastiques, chuchoteurs, fidgets… À chacun son outil. Ce qui reste commun en revanche est l’environnement de l’école. En classe, pas de décoration superflue, pas d’éléments qui pourraient détourner l’attention des élèves.
Et une “pause cerveau” : au bout de 45 minutes de cours (qui dure 1h15 au total), les enfants disposent d’une dizaine de minutes (timer à l’appui) de relaxation. Certains vont marcher, d’autres se mettent au calme avec un livre ou écoute de la musique… « Chacun fait ce qui lui fait du bien et lui permettra de revenir en classe pour travailler efficacement ! » observe Anissa Mazari. « Cela fait partie du rituel, très important pour diminuer les sources d’angoisse », constate-t-elle. Une routine que tous les enseignants reproduisent, en expliquant en début de cours ce qui va être étudié, et en effectuant un bilan à la fin pour s’assurer que la leçon a bien été comprise.
Une école pour rebondir
À tout cela s’ajoute l’accompagnement paramédical des enfants. L’équipe pédagogique est en lien avec les éventuels praticiens qu’ils consultent en dehors de l’école, pour sans cesse adapter ses conditions d’apprentissage. Mais l’établissement assure également, en interne, un suivi. « Deux ergothérapeutes et une orthophoniste libérales rencontrent régulièrement et individuellement les élèves, sur les temps de cours », indique la directrice.
« Tout est fait pour sécuriser les enfants le plus possible, leur apprendre à gérer leurs troubles et diminuer les sources d’angoisse », rappelle Anissa Mazari, ceci pour qu’ils puissent réintégrer, “outils de contournement” en main, le système scolaire traditionnel. Car l’école CERENE est un établissement passerelle. Les élèves ne peuvent pas y réaliser toute leur scolarité, seulement s’y préparer à réintégrer un dispositif classique, et ce, du CE2 à la 3e. « Avant, le diagnostic est difficilement posé. Après, ils doivent être autonomes », conclut la directrice.
Selon une enquête interne au réseau CERENE, réalisée en 2025, « 79% des anciens élèves réintègrent le système ordinaire, 84% retrouvent l’estime de soi (contre 20% à leur arrivée), 84% contournent leurs difficultés grâce aux méthodes apprises, et 91% des familles se déclarent satisfaites ». Au-delà des chiffres, les enfants témoignent de leurs progrès. À Toulouse, Justine, 13 ans, confie se sentir mieux : « Maintenant, j’ai des amis et mes notes se sont améliorées, surtout en Français et en histoire-géo. » L’année prochaine, elle passera son brevet ou le CFG (diplôme pour des parcours scolaires adaptés), espérant qu’elle fera partie des “admis”, comme 100% des élèves de l’école CERENE de Toulouse l’ayant présenté.












