L’ex-député LREM de la 10e circonscription de la Haute-Garonne (2017-2022), qui avait fait grand bruit en 2019 en déployant une banderole dans l’hémicycle sur laquelle était inscrit : « La France tue au Yémen », s’est reconverti dans l’enseignement dans un collège de Quint-Fonsegrives près de Toulouse. A 54 ans, le professeur agrégé d’éducation physique et docteur en histoire publie un dernier ouvrage, « Les armes, citoyens » (La guerre tue aussi la Terre), aux éditions Sang de la Terre, considérant qu’il « est urgent de désarmer ce monde avant qu’il ne soit trop tard ». Entretien.
Dans votre dernier livre, vous expliquez, en revisitant l’histoire des guerres de l’époque médiévale à nos jours, combien la technologie a fait évoluer le nombre de victimes, les destructions de l’environnement, en quoi c’était le moment d’écrire cela ?
Pourquoi aujourd’hui ? C’est toujours un concours de circonstances. D’abord, il y avait la volonté d’un partage d’expérience par rapport à mon parcours. J’ai été parlementaire. Oui, j’ai eu accès à beaucoup d’informations, non pas qu’elles soient secrètes, mais beaucoup d’informations dans les différentes commissions dans lesquelles j’étais. Et ces informations se transformaient souvent en des alertes. L’actualité, je crois que c’est l’accélération technologique que nous sommes en train de vivre à travers l’intelligence artificielle. Plus on progresse technologiquement, plus les destructions sont importantes.
Pour résumer, quand on se battait au Moyen Âge avec des épées, on massacrait éventuellement quelques arbres, on massacrait éventuellement quelques adversaires, ça pouvait monter jusqu’à 7 000, 8 000 morts sur les grosses batailles, mais on en restait là. Puis on a progressé, on a eu la guerre de 1870, puis celle de 14-18, avec 20 millions de morts. Des obus qui sont répartis un peu partout sur les champs de bataille, et encore aujourd’hui, on en découvre encore. Et puis celle de 39-45 avec ses 90 millions de morts et encore plus de destructions avec l’usage de l’arme atomique. Le progrès technologique s’accélérant, si la courbe s’accélère, l’inquiétude devient majeure.
L’intelligence artificielle et ses possibilités d’anéantir la planète ne sont pas faites pour rassurer ?
Cette fuite en avant de l’IA a un effet sur les décideurs et les industriels qui commencent à un petit peu paniquer. Imaginez simplement l’IA au service de la guerre, ça démultiplie les dégâts, les dégâts humains, les dégâts environnementaux. On est quand même à un moment où il y a fort à espérer, qu’on passe à une régulation de l’IA. Parce que si on ne passe pas à une régulation de l’IA, nos sociétés vont disparaître sous la forme qu’on connaît et peut-être assez rapidement, probablement plus vite qu’on ne le pense.
Le monde que vous dépeignez n’est pas franchement idyllique ?
Il ne l’est pas. De temps en temps, il y a des bonnes nouvelles. Par exemple, les fameux trous dans la couche d’ozone qui sont quasiment devenus inexistants. Un rapport de cette année de l’Organisation mondiale de la météorologie le confirme. Parce qu’il y a eu une régulation, qui date du tout début des années 2000, fin des années 90, et on en mesure des essais vingt ans plus tard. Je ne dépeins pas un futur très très souriant, c’est vrai, mais en même temps, c’est à la mesure de ce que je vois et des mécanismes qui sont à l’œuvre. La régulation sur les armes ? Ce sont tous ces traités qui sont signés par la moitié des pays de la Terre et l’autre moitié qui continue à s’en servir.
Dans le monde d’aujourd’hui, ne vous sentez-vous pas isolé en réclamant l’interdiction des armes ?
J’ai construit un raisonnement à la lumière des données historiques. Ensuite, j’ai mis au point un outil de mesure de la destruction qui est anthropique. Je précise que je n’ai rien contre le militaire à qui on demande d’agir pour la sécurité. Le problème c’est qu’à l’heure actuelle, l’activité militaire ne renvoie pas vers la sécurité. Avec ce livre, je fournis la possibilité d’accéder à un indice de la destruction par l’activité militaire de l’environnement. On me renvoie généralement uniquement sur le problème du CO2, mais c’est peut-être pas ça qui jouera un rôle fondamental. Peut-être que ce sera l’acidification des océans, un problème de biodiversité.
Je m’appuie sur des travaux scientifiques qui évaluent neuf limites planétaires. Je veux bien être taxé d’utopisme, mais quand on regarde une courbe de la destruction par l’activité militaire, elle est asymptotique, c’est-à-dire qu’elle monte en flèche vers le haut. Je lance un appel au désarmement, en étant conscient que cela ne se fera pas dans l’instant. La question qui se pose, c’est faut-il chaque année s’armer plus ou construire une politique de sécurité, puisque c’est ça dont il est question, qui permet de s’armer moins ? Je considère qu’on est dans un pays démocratique, avec tous ses défauts, mais je me suis aperçu que le champ militaire échappait à la question démocratique.













