Ce jeudi matin, le blocage du lycée Bellevue, à Toulouse, a rapidement dégénéré. Feux de poubelles, scooter incendié, jets de projectiles, tirs de gaz lacrymogène et violente agression d’un adolescent ont rythmé plusieurs heures de tension.
Devant le portail vert du lycée Bellevue, un sac poubelle brûle au milieu d’un cercle de lycéens. Les flammes montent, les téléphones se lèvent aussitôt. Quelques élèves reculent. Autour, des centaines de jeunes occupent l’entrée de l’établissement. Des déchets jonchent le sol. Des pancartes sont brandies. Un peu plus tôt, des mortiers d’artifice ont craché leurs gerbes colorées. Ce jeudi 1er octobre, devant l’établissement, situé en face de l’université Paul-Sabatier, à Toulouse, la mobilisation, calme au moment où l’ambiance se tendait devant d’autres lycées, s’enfonce dans le chaos. Quelques minutes avant, la présidente de la FCPE du lycée, Emélie, se réjouissait : « Les élèves ont une conscience politique, ça reste pacifique. »
Un jeune homme surgit avec un extincteur. Il asperge les flammes. Un autre vient à sa rencontre, agressif. Le premier retourne l’extincteur contre son agresseur et l’asperge à son tour. Tout s’accélère. Un adolescent se met soudain à courir sur la chaussée. Derrière lui, un groupe de garçons vêtus de noir, certains le visage dissimulé, se lance à sa poursuite. Elle se termine quelques dizaines de mètres plus loin, au milieu de la circulation.
Lorsque les policiers arrivent jusqu’à lui, le jeune est étendu sur la chaussée, le visage ensanglanté, sans chaussures. Son corps est secoué de convulsions. Un coup de pied lui a été porté. Autour, presque tout le monde filme. « Il y a des limites. Je savais qu’il allait y avoir un mort ou un truc comme ça », souffle un lycéen, encore sous le choc.
« Supprimez vos photos »
Les circonstances de cette agression restent floues. Dans la foule, certains évoquent une dette d’argent. Un peu plus loin, un petit groupe de jeunes filles hurle à ceux qui ont sorti leur téléphone : « Supprimez vos photos, sinon on va tous passer dessus. Je rigole pas. »
Le feu est rallumé devant les grilles. Un scooter Yego est jeté dans le brasier. Les flammes grossissent brutalement. Une fumée noire et épaisse monte au-dessus de l’avenue. Dans le même temps, les tensions avec les forces de l’ordre s’intensifient. Des projectiles sont lancés vers les policiers. Les premiers tirs de gaz lacrymogène dispersent les groupes les plus proches. L’air devient lourd.

Au milieu de ce chaos, un jeune homme, la capuche rabattue sur le visage, est interpellé. Une partie du groupe l’acclame. Des insultes sont lancées vers les policiers. Après avoir reçu de nouveaux projectiles, l’un des fonctionnaires se tourne vers les jeunes et leur fait signe d’approcher. D’autres équipages arrivent en renfort. Bientôt, une vingtaine de policiers sont déployés dans le secteur.
Un effet de mode ?
Au milieu du vacarme, certains élèves ne veulent plus rien avoir à faire avec le blocage. « Je vais aller en cours, moi. Mes parents, j’en ai peur », glisse l’un d’eux. Un peu plus tard, alors que le calme revient, trois lycéens se serrent autour d’un téléphone. Ils revisionnent la vidéo de l’agression. « Et là… pof, il est éteint », commente l’un d’eux en regardant le jeune s’effondrer. « C’est des déscolarisés qui ont fait ça », affirme un autre, en ajoutant que des éléments radicaux sont scolarisés à Bellevue.
Selon lui, « aujourd’hui, il y a aussi un effet de mode ». « Le manque de profs, les plannings surchargés… on comprend les revendications. Mais pas la violence. »
Dans la matinée, les tensions se déplacent ensuite vers le carrefour de Ramonville. Une vitrine est dégradée et des bouteilles d’eau sont dérobées. Ailleurs à Toulouse, des mêmes scènes de violences se multiplient.













