Là où la violence a laissé ses traces, Loïc Quiers intervient pour effacer les stigmates de l’horreur. À la tête de NDS Nettoyage, cet entrepreneur toulousain sillonne la France, et notamment le Gers, pour décontaminer les scènes de crime. Il nous raconte un métier hors du commun, où la rigueur sanitaire se double d’une profonde humanité pour épargner aux familles des victimes l’épreuve de trop. Rencontre.
Il y a des images qui ne s’effacent pas d’un coup d’éponge. Celles de photos de famille encore accrochées aux murs, de jouets d’enfants abandonnés dans une chambre… « Les crimes commis contre des enfants sont les plus difficiles. Forcément, on y repense en rentrant chez soi. Mais on sort, on voit des amis et la vie reprend ses droits. » À 31 ans, Loïc Quiers côtoie la mort dans ce qu’elle a de plus brutal. Pourtant, ce qu’il retient de son métier, c’est avant tout la vie. Celle des proches qu’il tente de préserver d’un traumatisme supplémentaire.
De Bordeaux à Nice, de Paris à Toulouse, en passant par le Gers où il est intervenu à plusieurs reprises, cet entrepreneur toulousain parcourt la France avec sa société NDS Nettoyage, créée en 2015. Il intervient notamment sur des scènes d’homicides, comme lors d’un féminicide particulièrement violent dans le Gers. Des interventions dont il tait les détails par éthique professionnelle.
À l’origine, rien ne prédestinait ce spécialiste du nettoyage classique à fréquenter les scènes de crime. « C’est en discutant avec un ami des pompes funèbres que l’idée a fait son chemin. Il m’a expliqué combien les familles étaient démunies face au nettoyage des lieux. » Mais on ne s’improvise pas nettoyeur de l’extrême. Équipements adaptés, protocoles sanitaires, machines spécifiques, habilitations pour manipuler les désinfectants et évacuer les déchets infectieux… L’activité est strictement encadrée. Selon lui, une dizaine d’entreprises seulement en France seraient habilitées à intervenir sur réquisition judiciaire.
Sous le parquet, parfois l’horreur

Pour un crime commis sur la voie publique, Loïc peut intervenir dès la fin des constatations des enquêteurs. Dans une habitation, l’attente est parfois interminable. « Les lieux restent sous scellés jusqu’à la reconstitution. Cela peut prendre un ou deux ans, voire davantage. »
Une fois l’accès autorisé, Loïc enfile sa combinaison blanche et son masque avant d’entamer un travail presque chirurgical. « On effectue des sondages pour vérifier si des fluides se sont infiltrés sous le carrelage, les plinthes ou dans les cloisons. » Parfois, il faut arracher le parquet, démonter les murs, jusqu’à piquer une chape de béton.
« Si on laisse des matières contaminées, les odeurs reviendront toujours. » Literie, vêtements, gravats… Tout ce qui est souillé est placé dans des contenants spécifiques, scellés, puis acheminé vers une filière de traitement des déchets infectieux pour être incinéré. Chaque opération donne lieu à un certificat de traçabilité destiné aux autorités judiciaires.
« On ne peut pas laisser les familles faire ça »
Mais le plus douloureux n’est pas toujours ce que Loïc découvre derrière une porte. C’est aussi la détresse financière des proches. « Une intervention de décontamination coûte entre 1 200 euros et plusieurs milliers d’euros. Et les assurances ne prennent pas en charge ce type de sinistre. » Et lorsque les familles doivent avancer les frais, avec l’espoir incertain d’un remboursement ultérieur par l’auteur condamné, la facture devient une seconde épreuve.
« Certaines n’ont tout simplement pas les moyens. Alors on propose des facilités de paiement. » Hors de question, pourtant, de les laisser s’improviser nettoyeurs. « Après un crime par arme à feu, les projections peuvent être terribles et choquer. Et un nettoyage ordinaire ne suffit pas à éliminer les risques sanitaires. »
Loïc intervient également lors de découvertes tardives de corps ou dans des logements dont les occupants sont touchés par le syndrome de Diogène. Un quotidien peu propice aux conversations légères à l’heure de l’apéritif. Mais derrière cette activité singulière, il revendique sa conviction de faire écran entre les familles et l’horreur.
Son dernier conseil est d’ailleurs très terre à terre. « Si les secours ont forcé une porte pour entrer, réclamez leur bon d’intervention. Cela peut permettre de se faire rembourser les menuiseries. » Parce qu’après un drame, même les petites dépenses comptent. Et qu’effacer les traces de l’horreur, c’est aussi épargner aux proches des images qui pourraient les hanter à jamais.














