Une équipe de chercheurs toulousains vient de bousculer nos connaissances sur le passé de Mars. Grâce à l’instrument ChemCam du rover Curiosity, les scientifiques révèlent que la planète rouge a connu une alternance prolongée de périodes sèches et humides il y a 3,5 milliards d’années, bien loin du passage brutal vers un désert aride supposé jusqu’alors. Conclusion : il pleuvait sur la planète rouge il y a fort longtemps. Explications.
Et si l’histoire de la planète rouge était beaucoup plus mouvementée qu’on ne le pensait ? Qu’il pleuvait il y a fort longtemps ? C’est ce que révèle la dernière étude scientifique pilotée depuis Toulouse. Une équipe internationale de planétologues vient de bousculer un dogme vieux de plusieurs décennies sur le passé martien. Non, Mars n’a pas basculé brusquement d’un monde gorgé d’eau vers un désert infini et stérile. Elle a plutôt connu, il y a plus de 3,5 milliards d’années, une longue transition faite de climats alternant entre périodes sèches et phases humides.

L’œil toulousain de Curiosity décrypte le passé
Au cœur de cette découverte spatiale se trouve William Rapin, chercheur CNRS à l’Institut de Recherche en Astrophysique et Planétologie (IRAP) de Toulouse. Déjà remarqué pour ses travaux ayant mis en lumière l’existence passée d’un climat martien propice à l’apparition de la vie, le scientifique récidive aujourd’hui avec ses collègues du laboratoire Géosciences Environnement Toulouse (GET) et d’autres laboratoires français et internationaux.
Pour remonter le temps, les chercheurs ont utilisé l’instrument phare du rover Curiosity de la NASA : la caméra laser ChemCam, conçue et pilotée depuis la Ville rose en partenariat avec le CNES. En tirant au laser sur la roche pour en analyser la lumière, ChemCam agit comme une véritable machine à remonter le temps géologique.
Un secret caché dans les nodules de sulfate
En arpentant le cratère Gale et son massif sédimentaire, le rover est tombé sur une formation de 200 mètres d’épaisseur truffée de « nodules » : de petites billes de sels riches en calcium et magnésium (des sulfates). Jusqu’à présent, les scientifiques pensaient que ces minéraux témoignaient d’une disparition progressive et définitive de l’eau, ou d’une altération très tardive par des eaux souterraines profondes.
L’analyse de l’équipe toulousaine montre tout autre chose : ces nodules se sont formés en surface dans d’anciens champs de dunes balayés par des rivières éphémères. À chaque fois que le climat s’asséchait, la nappe phréatique s’évaporait près du sol et laissait derrière elle ces cristaux de sel. À la période humide suivante, l’eau revenait, avant de s’évaporer à nouveau.
Des points communs entre Mars et la Terre
Ce scénario suggère un fonctionnement semblable à certaines régions semi-arides terrestres actuelles, où les évaporations successives marquent le paysage. Bien que la pluie sur Mars soit bien différente de celle qui tombe chez nous, de par la gravité, la composition de l’atmosphère et bien d’autres éléments.
Publiés dans la revue Journal of Geophysical Research: Planets, ces travaux replacent Toulouse au premier plan de l’exploration spatiale. En montrant que l’eau a joué au yoyo pendant très longtemps sur Mars, les chercheurs ouvrent une nouvelle fenêtre pour comprendre la dynamique des environnements anciens de la planète rouge.













