EXCLUSIF. Comment 4,3 millions d’euros ont-ils pu s’évaporer vers le Panama et la Lituanie ? L’enquête sur l’escroquerie du Cabinet l’Immeuble à Toulouse révèle le rôle central d’un compte baptisé ‘EJZ’. Selon nos informations, cet argent, issu à 90 % des économies d’investisseurs et petits porteurs, aurait été détourné par un mystérieux Toulousain pour financer un train de vie occulte à l’étranger. Révélations sur un système pyramidal qui a fait des centaines de victimes en Haute-Garonne.
C’est un ami de longue date de Jean-Claude Vergnes, le gérant du syndic Cabinet l’Immeuble, mis en examen pour une escroquerie gigantesque estimée à 30 millions d’euros. Eric J., né à Toulouse en 1964, a quitté la Ville rose depuis plus de cinq ans déjà. Il pourrait pourtant être la clé d’un dossier ayant fait des centaines de victimes en Haute-Garonne.
Un système pyramidal dans lequel Jean-Claude Vergnes est suspecté d’avoir collecté les finances de particuliers en promettant des rendements supérieurs à 7 %. À chaque fois qu’un client investissait, il signait une convention de trésorerie. Sur une période de douze ans, 230 conventions de trésorerie auraient été régularisées, totalisant un préjudice de 30 millions d’euros. Nos sources indiquent qu’une cinquantaine de ces documents ont été souscrits au nom de sociétés appartenant à la « sphère Oldak » (Groupe Thierry Oldak – GTO) (1).
Pourtant, selon nos informations, cet argent n’a pas forcément été versé dans les SCI officiellement désignées. Des fonds initialement destinés à des sociétés locales ont été détournés vers un compte opaque au nom d’EJZ. Eric J. est en réalité un ami de longue date de Vergnes, également ancien propriétaire d’un bien vendu à GTO dans les années 2017 à rue Saint-Rome. En octobre 2017, cet homme de 62 ans, originaire de Toulouse, voyageait régulièrement entre Panama, le Portugal et d’autres pays lointains. Lors d’un passage à Toulouse, l’homme se rend chez le notaire pour donner une procuration totale sur ses comptes à Jean-Claude Vergnes, lui octroyant « tout pouvoir pour gérer ses biens en France et à l’étranger ».
90 % de cet argent a été pris aux investisseurs
À partir de cette date et jusqu’en 2023, des centaines de virements sont effectuées depuis les comptes du Cabinet l’Immeuble vers celui de « EJZ » pour une somme totale de 4,3 millions d’euros. Au fil des investigations, les enquêteurs de la division financière de la police judiciaire toulousaine estiment que 90 % de cet argent proviendraient en réalité des conventions signées avec les particuliers.
Eric J. possède plusieurs comptes en banque en Lituanie, au Panama et son épouse en a souscrit d’autres en Colombie. En France, un de ses comptes a même été ouvert au nom du Cabinet l’Immeuble. Ce qui soulève des interrogations. « Je connais très bien Eric, depuis mon enfance mais je ne l’ai pas vu depuis plus de 20 ans. Il était proche de Jean-Claude Vergnes ces dernières années », confirme Thierry Oldak.
Restaurant, achat de commerce, retrait d’espèces…
Une partie des 4,3 millions d’euros issus des conventions de trésorerie aurait été utilisée pour payer des notes de restaurants, des commerces et retirer des espèces. Après vérification, les policiers se sont aperçus qu’Eric J. n’avait pas pu réaliser ces dépenses car il n’était pas en France le jour où elles ont été effectuées. À ce stade des investigations, il se pourrait que son compte soit « fictif ». Une manière de blanchir l’argent de l’escroquerie pour l’utiliser au quotidien. Qui s’en sert ? Eric J., le principal intéressé, n’a jamais répondu aux convocations des enquêteurs. Il pourrait pourtant détenir la clé d’un système complexe. Les victimes espèrent toujours récupérer les sommes perdues dans ces investissements frauduleux.
Sollicités, les conseils de Jean-Claude Vergnes n’ont pas répondu.
(1) Thierry Oldak n’est, à ce jour, pas poursuivi dans cette enquête contrairement aux membres du Cabinet l’Immeuble.




















