Pauline Barrat, arrière du Stade toulousain, s’est révélée au grand public lors du Tournoi des Six Nations 2026 où elle a obtenu le titre de « révélation ». La joueuse de 21 ans revient sur cette première expérience internationale réussie et se livre sur ses ambitions pour la suite de sa carrière, à commencer par sa fin de saison avec les Rouge et Noir.
Pauline Barrat, c’est l’histoire d’une joueuse pétrie de talent et d’une femme à la résilience hors normes. Elle naît à La Rochelle et commence le rugby à l’âge de huit ans. Seule fille sur le terrain, elle se heurte immédiatement au sexisme. « Les garçons ne voulaient pas me passer le ballon », explique-t-elle. Malgré ces difficultés, Pauline persévère et bascule avec les féminines à l’adolescence. La suite s’annonce brillante.
Elle fait ses débuts avec l’équipe première du Stade rochelais à dix-sept ans seulement, avant de subir un premier gros coup d’arrêt en 2021, avec une rupture des ligaments croisés du genou gauche. « Revenir d’une rééducation comme ça, forcément c’est très dur. J’ai connu de longues périodes de doute où je n’y croyais plus du tout », confesse celle qui n’osait plus imaginer « porter un jour le maillot de l’équipe de France ». Pour autant, avec du recul, elle considère que cette période a contribué à « forger (son) caractère », s’appuyant sur ces difficultés pour en faire « une force mentale ».
Pauline Barrat réintègre l’équipe pour participer à sa première finale d’Élite 2 en 2022. Malgré la défaite, elle découvrira les honneurs du maillot bleu avec les moins de vingt ans cette même année. Après une nouvelle défaite en finale avec La Rochelle, elle décide en 2023 de rejoindre le Stade toulousain pour passer un nouveau cap.
« Joueuse d’instinct »
La Française réussit son intégration express et trouve sa place, mais le sort s’acharne : nouvelle rupture des ligaments croisés, au genou droit cette fois-ci. Fin de saison. Mais, là encore, elle revient. Après une saison réussie en club (54 points inscrits), la Rochelaise fait le Grand Chelem avec les Bleues en 2025 au Summer Series Six Nations, le Tournoi des moins de vingt ans. Désormais inscrite à l’École de journalisme de Toulouse (EJT), l’étudiante-joueuse lance sa saison 2025-2026 sur les mêmes bases. Sept matchs joués pour cinq essais, six transformations et un drop dans une équipe qui pointe à la deuxième place à deux journées de la fin du championnat.
Cette montée en puissance lui permet d’intégrer à nouveau le groupe France, avec cette fois une place de titulaire. « Aujourd’hui Pauline performe sur le projet de jeu que l’on met en place », saluait son sélectionneur François Ratier avant de la lancer dans le grand bain face aux Transalpines. Sa qualité et son « jeu à l’instinct » ont incité son coach à la faire passer devant Morgane Bourgeois dans la hiérarchie. « C’est toujours un pari », assumait-il en début de compétition. Un pari qui s’est avéré gagnant pour le tacticien.
Deux essais marqués, dont un dès sa première cape face à l’Italie, 555 mètres parcourus ballon en main, quinze défenseurs battus et sept franchissements… Ses statistiques parlent pour elle. Certes, les Françaises échouent à la seconde place pour la sixième année consécutive, battues par les indétrônables Anglaises lors du dernier match, mais Pauline Barrat brille et est récompensée avec un titre de « révélation du Tournoi des VI Nations ».
Visage du « nouveau cycle » bleu
Fidèle à elle-même, l’arrière préfère mettre en avant le collectif au moment d’analyser cette distinction : « Sans l’équipe, je n’aurais jamais pu avoir ce titre, donc c’est aussi une façon de récompenser l’équipe et ce que l’on a produit. » Elle admet tout de même avoir reçu cette « reconnaissance » avec « grand plaisir », bien qu’à ses yeux, cela ne reste « que du plus ». Pas de quoi lui faire prendre la grosse tête en tout cas. « Peut-être que mon statut change, mais ça ne changera pas ma façon d’être et d’agir. Je serai toujours la même personne », assure-t-elle.
Ce qu’elle retient de cette grande aventure avec les Bleues, c’est « l’expérience » engrangée, notamment auprès de plus anciennes, comme sa capitaine, Manae Feleu, qu’elle qualifie de « source d’inspiration énorme ». Malgré son statut de petite nouvelle, Pauline Barrat a « joué ce Tournoi vraiment décomplexée ». Elle voit dans cette première compétition de l’ère Ratier « la première marche d’un long parcours » avec un objectif principal en tête : « être championnes du monde dans quatre ans ! »
Son autre objectif, et non des moindres, voir « le rugby féminin de plus en plus se développer », avec une généralisation du statut de « professionnelle ou semi-professionnelle » à « toutes les joueuses d’Élite 1 ». Pour cela, elle n’hésitera pas à prendre sa part et à jouer le jeu de « la médiatisation », pour, pourquoi pas, devenir un des « modèles féminins » qui lui ont manqué à ses débuts. D’ici là, retour au sportif avec l’envie de « décrocher un titre de championne de France » avec le Stade toulousain, qu’elle retrouve cette semaine, toujours « sans pression », mais avec ambition.














