La canicule de ce moment rappelle aux vignerons de Fronton, près de Toulouse, qu’il est désormais impossible d’envisager un retour en arrière. Véritable fléau, comme le sont le gel et la grêle, elle finit par tuer le raisin, réduisant parfois à néant les récoltes. D’où la nécessité d’expérimenter tout ce qui est possible pour se préparer à des années compliquées. Reportage pour mieux comprendre
« Monaco, 28 degrés à l’ombre… » Le tube de 1978 qui, rien que par sa pochette, faisait rêver ados, jeunes et moins jeunes, est bel et bien d’une autre époque… Près de cinquante ans plus tard, pas la peine de flâner sur le Rocher pour faire grimper le thermomètre ! Partout, c’est au minimum 10 degrés, voire 15 de plus, désormais dans quasiment tout le pays. Et ce, dès le printemps ! On peut,dans ce contexte, comprendre l’inquiétude des agriculteurs et des viticulteurs particulièrement exposés. Ces derniers savent qu’au même titre que la grêle et le gel, les canicules sont souvent fatales à la vigne. Dans le vignoble de Fronton, à cheval sur la Haute-Garonne et le Tarn-et-Garonne, on sait que l’avenir sera synonyme d’incontournables modifications des comportements.*
Voiles d’ombrage… un peu chers
Au groupement de caves Vinovalie, on s’est donc lancé dans des expérimentations visant à mieux appréhender de prochains épisodes météo particulièrement anxiogènes. À Vacquiers, en Haute-Garonne, un coopérateur a accepté de partager quelques-unes de ses parcelles à des fins expérimentales.
L’une servira de comparatif et restera en l’état ; une autre sera entourée de voiles d’ombrage ; une troisième sera littéralement blanchie : « Cette expérimentation est réalisée chez Yannick Brousse dans le cadre du projet DECSO (Démonstration et évaluation de combinaisons de pratiques résilientes et durables dans le Sud-Ouest). Elle vise à évaluer l’intérêt des filets d’ombrage comme levier d’adaptation face aux épisodes de fortes chaleurs et aux risques d’échaudage des raisins. Ces chaleurs sont un fléau qui peut réduire de 30 % à 80 % les récoltes dans certains endroits. En ce moment, elles sont moins impactantes parce que les baies sont dures. Mais en août, elles sont mûres, et là, les chaleurs comme celles qu’on connaît en ce moment sont fatales », explique Romain Cogo, technicien viticole chez Vinovalie.
Du blanc, facile et efficace
Tout proche de cette parcelle, une autre sera couverte d’argiles blanches. Il s’agit là de carbonate de calcium, pour faire simple : de la craie d’écolier : « C’est le principe de la crème solaire mais adaptée aux vignes », explique le technicien. Cette solution apparaît comme plus avantageuse notamment en termes de coûts.
Car si l’efficacité des filets d’ombrage est avérée à l’issue du test, le choix reste coûteux : entre 10 000 et 15 000 euros pour environ cinq cents m2 couverts… De quoi y réfléchir à deux fois à une période où les ventes de vin ne sont pas en forme… ou se diriger vers l’autre solution : la « crème solaire ». Toujours à Vacquiers, c’est le choix de Marc Pénavayre, propriétaire du célèbre domaine labellisé bio, Plaisance : « On utilise ce procédé depuis quelques années. Il est efficace car il baisse la température des feuilles à l’intérieur aussi et celle des grappes tout en évitant la brûlure du raisin qui sort des feuilles. En plus, le carbonate est un rempart à la cicadelle des vignes qui est un fléau ».
Le vigneron poursuivra cette méthode qu’il adaptera, dit-il, « en remplaçant prochainement le carbonate par du talc de Luzenac, un produit naturel ». Chez Vinovalie, on attend maintenant les résultats des différents essais pour mesurer à la fois leur efficacité et accompagner les viticulteurs coopérateurs dans les nouvelles méthodes auxquelles ils risquent fort de ne pouvoir échapper.












