Quartier Grand Selve, minuit. Au jardin Maria-Combes à Toulouse (Haute-Garonne), une pause fraîcheur en famille, à l’abri de la canicule, bascule. Des hommes armés surgissent dans le noir, braquent femmes et enfants à la recherche d’un individu. Le groupe réussit à fuir avant d’entendre des détonations dans la nuit.
L’été et sa canicule étouffante poussent souvent les Toulousains à chercher un peu de fraîcheur en soirée. Mais pour Nadia* et ses proches, une simple sortie nocturne a viré au cauchemar. Dans la nuit du 25 au 26 juin, alors qu’elle se trouvait avec cinq amis et six enfants au jardin Maria-Combes, au cœur du quartier Grand Selve, leur groupe a été pris pour cible par des individus armés. Une agression d’une violence inouïe qui laisse aujourd’hui des traumatismes profonds.
« Ils cherchaient un certain Terry*, mais on ne le connaît pas »
Vers minuit, alors que ce parc entouré d’immeubles résidentiels commençait à se vider, l’ambiance paisible s’est brutalement évaporée. « On avait repéré deux deux-roues motorisés, pris en chasse par la police », confie Nadia. Sans en faire grand cas, les amis ont continué à profiter de leur pause fraîcheur, se séparant en deux groupes : ceux qui jouaient avec les enfants et les autres profitaient de l’air nocturne assis sur un banc.
Puis, l’angoisse a pris le dessus. Trois hommes à pied ont fait irruption, armés, visages masqués – cagoulés ou du moins dissimulés par l’absence de lumière.
« Ils sont venus vers nous en criant : ‘Il est où Terry?' », raconte Nadia, toujours tremblante. « On avait beau leur expliquer qu’on ne le connaissait pas, ils nous insultaient, menaçaient de nous ‘crever’. On ne savait pas où se trouvaient nos enfants, on ne les voyait plus… »
Une fuite opportune
En parallèle, les jeunes sont visés aussi, enjoints au silence. Les mères de famille hurlent, supplient, expliquent qu’il n’y a que des femmes et des enfants et qu’elles ignorent totalement qui est ce « Terry ». Les deux-roues reviennent, elles comprennent que les enfants sont toujours là, dans l’ombre. La tension monte, l’un des motards tente d’armer ce que Nadia identifie comme un fusil. « Il a l’air de galérer, on en profite », raisonne la jeune femme, focalisée sur l’idée de sortir les gamins de là.
Dans la panique et le noir, tout le monde court, trébuche dans les buissons, se blesse. Derrière eux, trois ou quatre détonations retentissent, réveillant tout le quartier. Les individus prennent la fuite pendant que le groupe se cache dans la pénombre. « On a vu notre vie défiler », glisse Nadia, émue aux larmes.
Le traumatisme des enfants
Si l’intervention rapide de la police a permis de sécuriser les lieux, la suite des événements laisse un goût amer aux victimes. Blessées physiquement et psychologiquement – une des adolescentes a fui Toulouse pour l’été, les plus jeunes font des cauchemars permanents –, les mères comme les enfants subissent de plein fouet les séquelles de cette nuit.
Nadia et ses amis ont dû inventer le récit d’une « blague qui a mal tourné » pour tenter de rassurer les plus petits. Les plus grands posent des questions, d’autres se renferment sur eux-mêmes.
En cette période de Coupe du monde, à chaque clameur des supporters, chaque pétard qui explose, les enfants paniquent, repensent aux détonations de la semaine passée.
Une plainte déposée
Leur avocate, Me Sarah Nabet-Claverie, a déposé plainte directement auprès du procureur de la République.
En attendant la suite, les mères de famille comme les enfants font au mieux pour gérer les traumatismes psychologiques.














