Brisé par une agression et à bout de forces, un locataire est en guerre ouverte contre son bailleur social à Toulouse (Haute-Garonne). Punaises de lit, squat… un long bras de fer se poursuit entre les deux parties, qui portent plainte l’une contre l’autre. L’histoire.
C’est un conflit d’une rare complexité qui oppose Mohamed E. à son bailleur social ICF Habitat.
Aujourd’hui reconnu travailleur handicapé par la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées), diagnostiqué d’une « dépression sévère et d’un stress post-traumatique », ce Toulousain a décidé de lui-même de s’installer dans un nouveau logement, las d’attendre une mutation qui aura mis plus d’un an à se concrétiser.
La descente aux enfers : « Ils ont détruit ma vie »
Le point de départ de ce calvaire remonte à la nuit du 26 mai 2025. Mohamed E. est sauvagement agressé dans les parties communes de sa résidence, rue Prends-y-Garde. « Ils m’ont piétiné », confie-t-il, encore hanté par des cauchemars récurrents. Bilan : trente-cinq jours d’ITT (incapacité totale de travail) en raison des coups de couteau et du tabassage.
S’ensuit une descente aux enfers personnelle. « Sans antidépresseurs, je pourrais carrément me mettre la corde au cou », lâche-t-il avec détresse.
Problème majeur : les agresseurs présumés vivent toujours dans la même résidence. Pendant treize mois, le locataire multiplie les alertes pour obtenir un « relogement d’urgence ». En vain. Pour lui, ICF Habitat a fait preuve d’un « silence institutionnel dégueulasse ». « Ils ont détruit ma vie », affirme sans détour l’ancien agent de sécurité d’1,93 m pour 100 kilos, qui affirme ne plus pouvoir exercer son métier en raison des traumatismes.
Pour couronner le tout, une infestation massive de punaises de lit dans la résidence est venue rendre son logement totalement insalubre ces dernières semaines. ICF Habitat a mandaté une entreprise pour traiter le problème, encore présent d’après les voisins à l’heure de l’écriture de ces lignes.

« Nos équipes prennent cette situation très au sérieux »
Face à ces accusations, ICF Habitat se défend fermement de toute inertie ou mauvaise foi. « Nos équipes prennent cette situation très au sérieux. Nous suivons le dossier de M. E. depuis plusieurs mois », affirme le bailleur social.
Concernant l’insécurité, le bailleur précise avoir signalé les faits au procureur de la République, tout en rappelant ses limites réglementaires : « L’auteur présumé serait une personne hébergée par l’un de nos locataires et non titulaire d’un bail, ce qui ne nous permet pas d’intervenir directement. »
« C’est de la torture administrative ! »
La situation semble pourtant se débloquer début juillet 2026. Le bailleur propose deux appartements, dont un chemin de Pelleport à Toulouse. Une visite officielle est programmée le 6 juillet avant un passage en commission d’attribution prévu le 21 juillet. Mais Mohamed E., « à bout de forces », décide de « prendre les devants ». Fin juin, il investit les lieux de son propre chef, change les serrures et souscrit des contrats à son nom.

« Pourquoi attendre le 21 juillet ? C’est de la torture administrative ! Je n’aurais peut-être pas eu le logement après la commission », s’insurge le locataire, désormais squatteur.
Le bailleur et le locataire portent plainte
Le 6 juillet, jour prévu de la visite du logement, ICF prévient la police et des agents de sécurité privée. Un huissier de justice passe le lendemain constater le squat. Le bailleur a immédiatement déposé plainte pour « occupation sans droit ni titre ». « Le dossier est désormais traité dans le cadre de la procédure juridique », conclut ICF Habitat. Les badges d’accès à la résidence ont été désactivés dans la foulée.
Mohamed E. a quant à lui déposé plainte contre ICF Habitat en mai dernier pour diverses raisons, dont « non-assistance à personne en danger, manquement à l’obligation de délivrance d’un logement décent ». « Aujourd’hui, je veux juste signer un bail et pouvoir reconstruire ma vie », souffle Mohamed E.
Entre les deux parties, la trêve semble pourtant bien éloignée. Les batailles judiciaires ne font que commencer.












