Que se passe-t-il à Toulouse dans l’univers du pressing ? Depuis la disparition brutale du gérant de Bel&Blanc en mars dernier, une enseigne qui comptait plusieurs commerces sur la Haute-Garonne, dont Toulouse, le secteur est en crise. De nombreux clients amènent désormais leur linge « Chez Jeannette » rue de la Colombette. Dans ce pressing, qui ne sait plus où mettre les vêtements, on déplore la dévalorisation du métier. On est allé à la rencontre de Jeannette et son équipe, passionnées par le métier.
« On ne sait plus où donner de la tête. La boutique déborde. Tous les clients du centre-ville nous confient leurs vêtements ». Cette réflexion inattendue de Jeannette Bear, gérante du pressing Chez Jeannette, suscite la curiosité. Que se passe-t-il à Toulouse dans l’univers du pressing ? « La fermeture de l’enseigne de pressing Bel&Blanc en mars dernier a complètement bousculé l’activité, constate Jeannette Bear, gérante du pressing « La Petite Jeannette », rue de la Colombette. Depuis, nous croulons sous l’amoncellement de linge dans la boutique y compris dans l’arrière-boutique. Il est vrai que désormais les pressings de proximité sont ceux du Salin, des Minimes ou de Saint-Exupéry avec Natura Pressing ».
« Ce métier est trop dévalorisé »
Face à cette situation, Jeannette Bear fait un constat amer : les jeunes ne se bousculent pas pour travailler dans ce secteur « cette activité a mauvaise presse, estime-t-elle. Elle est trop souvent dévalorisée et inintéressante selon certains. Pourtant ce métier artisanal, dont on a anglicisé le nom, l’appellation initiale étant teinturerie, est passionnant notamment pour l’aspect humain. Un métier utile aussi : comment prendre soin de son linge sans pressing ? ».
Dans ce pressing climatisé, les deux salariées, Anne-Laure et Myriam sont là depuis le début de l’activité. « Elles n’ont jamais voulu bouger », assure Jeannette qui a travaillé plusieurs années au pressing des Nouvelles-Galeries (aujourd’hui Galeries Lafayette) avant d’ouvrir son local en 2001. C’est pour s’offrir sa baguette de majorette que Jeannette âgée de dix ans, découvre cet univers « pour me faire un peu d’argent, je repassais le linge chaque mercredi, chez une voisine, se souvient-elle. Cela me plaisait tellement qu’en 3e, j’ai choisi un stage dans un pressing. Mon patron, plutôt satisfait m’a demandé de venir travailler le mercredi et samedi pour 100 €. J’adorais. J’ai même abandonné l’autre proposition dans la maroquinerie ».
Avant de travailler aux Nouvelles Galeries, Jeannette suit aussi des cours de pressing à Toulouse où elle apprend comment reconnaître les différentes matières et surtout comment les nettoyer. Myriam a toujours travaillé dans ce secteur : « J’ai démarré comme stagiaire à l’âge de 14 ans, précise-t-elle. J’aime le propre, le net surtout quand le linge a été taché et qu’il redevient comme neuf ». Quant à Anne-Laure, elle a quitté son ancien métier de fleuriste pour suivre un stage de pressing aux Nouvelles-Galeries avant de rejoindre la boutique de Jeannette. « Depuis petite, je suis fascinée par tous ces vêtements, assure-t-elle. Sans corps, ils semblent des fantômes ».
« Six ans après, le client est revenu »
Jeannette et ses salariées le confirment : « les clients adorent venir chez nous. Ils parlent, se confient, rient, aiment des conseils. Ici on soigne la déprime. C’est un peu une famille ». Si les trois femmes ont parfois des propositions « indélicates » de certains clients, elles vivent aussi des moments insolites : comme cet homme, gérant d’un bar à Toulouse, incarcéré durant six ans pour meurtre sur le braqueur de son établissement » sa première sortie fut au pressing pour chercher ses vêtements, payer la facture. Il nous confia, vouloir bien redémarrer ».













