REPORTAGE. Cinquième vague de canicule depuis le mois de mai, sécheresse persistante : sur les marchés toulousains, comme chez les primeurs du quartier, les maraîchers et vendeurs dressent le même constat. Tomates, fraises, petits pois : les récoltes fondent, les prix doublent. Toutefois, la qualité tient encore, mais à quel prix pour les producteurs et pour les clients ? On fait le point à Toulouse.
« Il y a un choc terrible sur le prix », résume Jeannot, 80 ans, vendeur au marché Cristal. Ce jeudi comme les précédents, la canicule et la sécheresse s’invitent directement et par ricochet sur les étals toulousains, et avec elles leur lot de récoltes amputées, de fruits abîmés et de prix qui s’envolent.
Des récoltes qui fondent sous la chaleur
Chez Terre-Terre (64 rue Pierre-Paul Riquet), épicerie et primeur travaillant en lien direct avec des producteurs de Montauban, Saint-Jory, de l’Ariège ou du Gers, le constat est sans appel. « Un producteur avec qui on travaille exclusivement les petits pois et les haricots a vu toute sa récolte de petits pois brûler et une partie de ses haricots », rapporte Clément Demoures, co-gérant de l’enseigne avec son frère.
Même son de cloche chez David Ô Quatre Saisons, marchand des Carmes : « On a de la difficulté avec les tomates, on a même du mal à en trouver. Les productions sont à l’arrêt. » Quant aux pêches, elles peinent à mûrir. Chez Maylis, aux Carmes également, son vendeur, Tom, évoque aussi le cas des cultures de tomates : « son pied grille avec la chaleur, cela fait que la tomate n’a pas le temps de mûrir ». Il partage le constat de son collègue. En effet, son producteur agenais de fraises, tomates et melons se trouve à « moitié moins de production et de rendement ».
Chez Les Primeurs Bio au marché Victor-Hugo, le responsable de ventes Maxime confirme que tomates, poivrons, concombres et haricots verts manquent en quantité suffisante, ayant besoin d’être arrosés massivement. La quantité produite peine à suivre le débit d’eau. Un constat que partagent Laura et Cédric, maraîchers interrogés au marché de Carbonne : la quantité de tomates, aubergines, salades et haricots recule déjà alors que la saison n’est pas terminée.
Une qualité qui tient, des prix qui s’envolent
Sur les étals, la qualité résiste globalement : les reines-claudes sont succulentes chez Jeannot, les tomates bien charnues, et chez Terre-Terre, on affirme que le goût reste au rendez-vous malgré des fruits « moins juteux, moins jolis ». Avant leur mise en vente, quelques poires du producteur de Jeannot, vendeur au marché Cristal, sont abîmées voire pourries. C’est pourquoi il les trie pour vendre les plus belles à 1,50 € le kilo.
C’est d’ailleurs sur les prix que la canicule frappe le plus fort. Chez Les Primeurs Bio, le kilo de tomates est passé de 3,90 à 7,90 € en pleine saison, « plus du double » de la normale. Même tendance chez Terre-Terre, où le prix évolutif selon l’évolution de la sécheresse des terres a « quasiment doublé » depuis juillet, et chez David, le vendeur qui évoque des coûts d’achat devenus « onéreux ».
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Par rapport au dernier été, le prix du kilo de poires a grimpé d’environ 30 % sur l’étal de Jeannot dans le marché autrefois réputé « le moins cher de France«
L’inquiétude pour l’automne
Derrière les étals, la lassitude affleure. « C’est une période délicate pour l’ensemble de la profession. Ils ont du mal à ramasser », visualise le vendeur de Chez David, aux Carmes. Chez Maylis, Tom décrit un producteur « très stressé », venu de racheter son exploitation et déjà endetté par les pertes de rendements. Chez Les Primeurs Bio comme chez Terre-Terre, les marges entre achat et vente, autour de 30 %, fondent face aux pertes.
La Haute-Garonne reste, d’ailleurs, l’un des départements au revenu agricole le plus bas de France. De quoi nourrir une inquiétude commune, tournée vers l’automne et l’hiver : pour les producteurs de chez Terre-Terre, les choux et pommes de terre, déjà en terre, souffrent déjà de la chaleur.
« Il va falloir s’adapter », glisse le vendeur des Primeurs Bio, sans certitude sur la suite.
Repères
C’est le nombre de communes de Haute-Garonne placées, depuis le 1ᵉʳ août 2026, sous restrictions totales sur certains usages de l’eau potable par arrêté préfectoral, face à une sécheresse jugée « particulièrement précoce et intense ». Dans plusieurs secteurs du département, l’irrigation agricole est interdite en cas de crise sauf dérogations pour le maraîchage.












