Le maire de Mazamet, Olivier Fabre, a été élu président de la communauté d’agglomération Castres-Mazamet le 20 avril dernier, a pris ses fonctions. Il revient sur les conditions de son élection, le rôle de Castres au sein de la collectivité, les enjeux autour de l’aéroport, ainsi que les premiers grands dossiers sur lesquels il entend se concentrer.
Olivier Fabre, vous avez été élu de justesse, à seulement quatre voix près, à la tête de communauté d’agglomération Castres-Mazamet. Que révèle ce résultat de l’équilibre politique actuel ?Une partie de la classe politique castraise s’est laissé enfermer dans l’idée selon laquelle le maire de la plus grande commune doit forcément présider la communauté d’agglomération. Pourtant, ce n’est pas le cas partout ailleurs, et cela peut très bien fonctionner autrement. Il faut simplement savoir faire vivre l’orchestre. À moi, le maire de Mazamet, de prouver désormais que Castres sera bien représentée et correctement traitée.
Lors de cette élection, des tensions sont apparues. Dans ce contexte, comment envisagez-vous la collaboration avec Castres, principal contributeur en compétences au sein de l’agglomération ?Je ne parlerais pas de tensions. Il y avait surtout cette idée selon laquelle ne pas voir le maire de Castres à la présidence de l’agglomération serait presque une catastrophe, mais ce n’est pas le cas. Nous avons fait en sorte que tout le monde soit représenté. Le travail de chacun démontrera que personne ne sera oublié et que toutes les communes seront prises au sérieux. C’est dans cet esprit que les choses ont été mises en place. Depuis quelques semaines, le climat est d’ailleurs beaucoup plus apaisé. La période politique est passée, il faut maintenant avancer sur un travail plus technique et concret.
Castres joue un rôle central. Comment présider une collectivité où une commune dispose d’un poids aussi important ?Ce qu’il faut regarder avant tout, c’est que les services fonctionnent de la meilleure des manières. L’objectif est de s’assurer que le service rendu soit satisfaisant pour l’ensemble de la population. Castres a naturellement un poids important au sein de la communauté d’agglomération, mais nous veillons à ce que le service rendu soit équilibré à l’échelle du territoire et que la ville conserve une juste pondération.
La collectivité avance, différemment
Comment s’annonce ce nouveau mandat à la présidence de la communauté d’agglomération ?Je trouve qu’il arrive dans un contexte particulièrement intéressant. Ce mandat débute justement au moment où le territoire va davantage s’ouvrir. Pour la première fois, Castres sera reliée plus facilement à la capitale régionale et commencera aussi à être connectée au réseau autoroutier. C’est un moment important, une vraie opportunité à saisir, et cela tombe dès le début du mandat. Je pense que la fenêtre de tir est intéressante. Politiquement, la situation de départ était pourtant assez compliquée, notamment avec l’élection d’un maire Rassemblement National à Castres aux Municipales. Finalement, je trouve que nous avons réussi à construire une majorité assez diverse. Nous avons aussi fait le choix de ne pas exclure le RN de l’exécutif et du bureau. Il ne paraissait pas envisageable d’écarter la principale commune. Dans les différents organismes extérieurs comme l’office de tourisme de Castres ou encore les écoles, nous avons essayé de faire en sorte que toutes les sensibilités et toutes les communes soient représentées. C’est une méthode basée sur le compromis, mais jusqu’ici, nous nous en sortons plutôt bien.
La désignation des représentants au sein des commissions de l’agglomération est en cours. Comment allez-vous structurer ces instances pour qu’elles soient réellement efficaces sur les compétences exercées ?Ce que je souhaite, c’est que les vice-présidents disposent d’une pleine autonomie pour travailler. Je ne peux pas tout porter seul. L’idée est qu’ils puissent mener leurs projets de A à Z, avec une réelle autorité sur les services. Mais je rappelle que la primauté des décisions revient toujours aux élus. J’ai donc accordé des délégations larges à ces vice-présidents. Cela permettra de travailler plus efficacement et d’avancer de manière plus fluide.
Lors du dernier conseil municipal, l’ancien président de l’intercommunalité, Pascal Bugis, évoquait une collectivité « en voie d’extinction ». Partagez-vous ce constat ? Quel avenir voyez-vous pour la communauté d’agglomération ?Je suis assez surpris par ces propos tenus lors du dernier conseil, au mois de février dernier. Je ne partage pas ce pessimisme. Je suis, au contraire, de nature optimiste. Quand on fait de la politique, il faut être lucide face aux difficultés du quotidien, mais cela doit aussi consister à donner de l’espoir, à rester positif. Je ne crois pas que la situation soit menacée ou en danger, sauf si, demain, une nouvelle majorité nationale décidait de supprimer l’intercommunalité. Il existe aujourd’hui une réelle volonté de travailler ensemble, un sentiment partagé par plusieurs collègues. Je ne suis donc pas pessimiste. Nous disposons encore de capacités financières. Le territoire présente une résilience industrielle et entrepreneuriale. Et des zones d’accueil d’entreprises de très haute qualité comme la Causse, avec sa végétation méditerranéenne qui donne l’impression de travailler dans un paysage de vacances. Nous avons traversé des crises majeures, des “tsunamis économiques”, notamment dans le textile et le lainage, et nous nous en sommes relevés parce que nous sommes résilients. Aujourd’hui encore, nous pouvons trouver une place plus importante, être davantage visibles et plus pertinents. Je me rappelle d’un ancien dirigent américain qui disait “America is back”, j’ai aujourd’hui envie de dire “Castres-Mazamet is back”.
Les priorités du mandat
Quels seront les premiers dossiers sur lesquels vous comptez vous concentrer ?Le premier grand dossier concerne le développement économique. L’objectif est de poursuivre notre offre foncière, à la fois sur le plan quantitatif et qualitatif. C’est un véritable marqueur et un élément différenciant pour le territoire. Il s’agit de disposer de terrains prêts à accueillir des entreprises, avec un accompagnement personnalisé des porteurs de projets. Il faut également renforcer l’appui au développement des projets industriels, mais aussi poursuivre le travail autour de la technopole et de ses dynamiques. Le deuxième axe concerne les déplacements et les transports. Avec l’amélioration des transports en commun, qui sont ici gratuits, ce qui n’est pas si courant. L’enjeu est notamment d’améliorer les dessertes et les horaires. Une fois l’autoroute terminée, la communauté d’agglomération devra être au rendez-vous pour accompagner les travaux envisagés par le Conseil départemental sur la route entre Castres et Mazamet. Et, à plus long terme, réfléchir également à un axe vers la Méditerranée.
Quant à la question du maintien de l’aéroport… Comment la communauté d’agglomération peut-elle l’influencer ?Sur le plan des infrastructures, la communauté d’agglomération souhaite se positionner comme un acteur moteur dans la pérennisation des activités liées au militaire et à l’aviation privée. Des travaux vont être soumis au vote afin de permettre cette mise à niveau, qui sera ensuite réalisée.L’État a annoncé prolonger le financement de la ligne aérienne vers Paris jusqu’à mi-octobre. Cela va nous laisser le temps d’étudier la situation et de voir si la ligne peut être maintenue en cas de retrait des financements de l’État et de la Région. Mais de notre côté, il serait difficile d’en assumer seuls la charge financière.
Gauthier Agius










