Courses camarguaises, abrivados, bandidos, manades : la culture camarguaise irrigue un territoire entier depuis des siècles, mais ses retombées économiques restent difficiles à quantifier précisément. La Région Occitanie vient de confier au cabinet Pluricité une étude inédite pour y remédier, menée tout au long de l’été auprès des habitants, des organisateurs et des spectateurs.

Trente millions d’euros investis, mais un impact encore mal mesuré
Depuis 2018, la Région Occitanie s’est engagée à travers son Plan Camargue dans un soutien structuré à la culture camarguaise, qui représente bien davantage qu’un folklore régional : des savoir-faire transmis de génération en génération, une économie singulière fondée sur les manades et les fêtes votives, et une identité territoriale puissante qui maille les communes du Gard et de l’Hérault. En moins de huit ans, ce sont plus de 30 millions d’euros qui ont été investis par la collectivité pour préserver ce patrimoine, soutenir les manadiers et accompagner les acteurs de la filière.
Mais la Région veut désormais aller plus loin dans la connaissance de cet écosystème, puisque les chiffres disponibles sur ses retombées économiques réelles restent partiels et souvent datés. Une première estimation fait état d’environ 850 courses par an, de quelque 2 200 événements de type abrivados ou bandidos, de plus de 300 000 spectateurs annuels, de 148 manades et 139 clubs taurins actifs, pour des retombées économiques estimées autour de 30 millions d’euros. Des données qui donnent une idée de l’ampleur du phénomène, sans pour autant permettre une évaluation fine des flux générés par l’artisanat, le tourisme, l’élevage ou les fêtes locales.
Le cabinet Pluricité aux commandes d’une enquête de terrain
C’est pour combler cet angle mort que la Région a confié au cabinet Pluricité une étude d’envergure, dont le cadre a été posé lors d’une première réunion de travail le 7 juillet dernier, en présence des associations majeures de la culture camarguaise : la Fédération Française de la Course Camarguaise, la Fédération des manadiers, le Livre généalogique, l’Association des éleveurs de chevaux Camargue, la Nacioun Gardiano et la Fédération des raseteurs. Un tour de table représentatif de la diversité des acteurs qui font vivre cette culture au quotidien, bien au-delà des seules arènes.
Tout au long de l’été, le cabinet conduira des enquêtes auprès des professionnels et des acteurs publics, mais aussi directement auprès des habitants de la Camargue gardoise et héraultaise, des organisateurs de manifestations et des spectateurs, pour recueillir des données à la fois quantitatives et qualitatives. L’objectif est de mesurer l’impact économique, social et culturel de la filière dans toutes ses dimensions, des retombées directes liées aux événements jusqu’aux effets indirects sur le tourisme, l’emploi local et l’image des territoires concernés.
Une culture vivante fragilisée, qui a besoin de données pour se défendre
L’étude intervient dans un contexte délicat pour la culture camarguaise. Depuis fin 2025, la menace du retrait d’un assureur majeur de la couverture des manifestations taurines en rue a mis en lumière la fragilité économique d’un secteur qui n’avait pas encore réussi à objectiver pleinement sa valeur pour les pouvoirs publics. Plus de cent élus du Gard avaient signé une tribune pour alerter l’État, soulignant que ces événements représentent un lien social et un moteur économique irremplaçable pour leurs communes. La Région entend précisément utiliser les résultats de cette étude pour mieux calibrer ses soutiens futurs et accompagner un modèle de développement plus résilient, d’autant que d’autres fragilités pèsent sur la filière : pression foncière, aléas sanitaires liés au réchauffement climatique, et difficultés à assurer la transmission des savoir-faire entre générations.
Pour les habitants du Gard et de l’Hérault, mais aussi pour tous les Occitans attachés à ce patrimoine vivant, les résultats de l’enquête Pluricité pourraient constituer un tournant. Disposer enfin de chiffres solides, c’est donner à la culture camarguaise les arguments qu’elle mérite pour peser dans les arbitrages publics et continuer à faire battre le cœur des territoires qui lui doivent tant.













