Après le scrutin municipal du mois de mars, parole est donnée aux nouveaux élus des quartiers, et notamment du Grand Mirail. Leurs priorités et leurs idées pour les six (ou sept) années de mandat à venir à la municipalité de Toulouse et à la Métropole. Gaëtan Cognard pour la majorité. Ilham Grefi et Salah Amokrane pour l’opposition.
Gaëtan Cognard : maire de quartier du Mirail
Le maire de quartier du Mirail Gaëtan Cognard a été reconduit par Jean-Luc Moudenc pour un deuxième mandat. Son objectif : poursuivre les travaux qui amélioreront les conditions de vie et l’image du quartier.
Quelles sont vos priorités pour ce nouveau mandat ?Il n’y a pas de nouveauté mais des grands projets qui continuent à émerger. Je pense par exemple à Basso Cambo, où nous avons pour objectif de construire 400 logements avec des commerces en pied d’immeubles sur l’emplacement de l’ancien Géant Casino. Il y aura des logements en accès social à la propriété, mais aussi des équipements sportifs. Les études sont en cours, les démolitions commencent en 2027.
Quand commenceront les travaux de la Cité de la Danse ?Ils débuteront en juillet prochain et dureront un an et demi. Depuis deux ans, nous avons pour ambition d’aménager cette Cité de la Danse sur la place Abbal, à la Reynerie. Nous avons investi 18 millions d’euros pour les travaux. Ce sera un lieu de création où toutes les danses, les artistes, les compagnies, les écoles et les associations seront invitées et hébergées. Pour Rostan Chentouf, directeur de la Cité de la Danse, l’enjeu est de faire profiter les habitants du quartier et de les intégrer.
Que retenez-vous du résultat des élections municipales au Mirail ?Je retiens surtout que les habitants de ces quartiers n’ont pas assez voté. C’est important pour nous qu’ils soient impliqués, actifs et acteurs dans nos projets. Je constate aussi que l’opposition n’a rien proposé de concret pour les habitants, contrairement à nous. L’image que l’on a du Mirail quand on ne connaît pas le quartier n’est pas juste. Le quartier est vert, il est joli, et il faut continuer à le valoriser. C’est un plaisir de préparer la ville de demain au sens noble du terme, de faire une ville résiliente.
Ilham Grefi : conseillère “Assemblée des quartiers”
Ilham Grefi est ancienne directrice associative et conseillère municipale d’opposition pour la première fois. Issue des quartiers prioritaires, elle nous fait part de ses idées pour la jeunesse du Grand Mirail lors des conseils municipaux.
Vous êtes conseillère municipale d’opposition pour la première fois, qu’est-ce que cela vous fait ?Je suis très enjouée. C’est un honneur pour moi d’être élue, parce que je suis issue de la société civile et enfant d’immigrés. C’est aussi un engagement envers mon père: cela fait 45 ans qu’il est en France et il n’a toujours pas le droit de vote. Alors, toutes les voix qui se sont portées sur ma liste sont aussi pour lui. Ceci dit, lors de mon premier conseil municipal, j’ai vite réalisé que la politique était un monde avec ses propres règles du jeu. Il a fallu que j’adopte ses codes. Par exemple, on ne nous laisse que neuf minutes de temps de parole pour exprimer tout ce que l’on veut dire.
Quelles sont vos priorités pour ce mandat ?J’ai plusieurs priorités comme l’insertion professionnelle, l’égalité des chances, les personnes mal logées et les femmes seules. Mais je porte un intérêt particulier pour la jeunesse. J’ai constaté qu’il n’y avait pas assez de moyens humains et d’infrastructures pour les jeunes. Il manque des tiers-lieux comme des Maisons de quartiers pour qu’ils se rassemblent. Alors, en bas des immeubles, ils s’installent autour de petites tables pour simplement discuter ou jouer aux cartes.Le problème c’est que les policiers les suspectent toujours de faire quelque chose d’illégal. Ce genre de confusion peut leur porter préjudice. Il y a trois ans j’avais eu l’idée de créer des terrains de padel à Bellefontaine pour que les habitants puissent en faire. C’est pour répondre à leur demande et au nom du conseil citoyen.
Partagez-vous des initiatives en accord avec la majorité ?Oui, quelques-unes. Je trouve que le projet “Animons Bellefont” est important pour les quartiers du Grand Mirail. Il est porté par les associations et financé par les bailleurs sociaux, la Mairie et la Métropole avec un budget de 40 000 €. Grâce à ce dispositif, les habitants peuvent participer à des activités comme des parcours à vélo et des repas festifs dans les espaces publics. Je suis également d’accord avec la mise en place des Clean Day (ramassage de déchets dans les quartiers) et les jardins partagés. C’est essentiel pour la participation citoyenne. Cependant, à mon avis, il n’y en a malheureusement pas assez.
Salah Amokrane : élu municipal d’opposition
Conseiller municipal d’opposition et membre de l’Assemblée des quartiers, Salah Amokrane, né aux Izards, continue de s’engager dans la vie des habitants des quartiers prioritaires. Sa priorité : les mobiliser à travers des échanges et des actions de terrain.
Quelles sont vos priorités pour ce nouveau mandat ?Depuis mon premier poste de conseiller municipal en 2001, je privilégie toujours les sujets liés aux quartiers prioritaires de Toulouse. D’abord, nous voulons revitaliser la programmation des centres culturels, des médiathèques et des bibliothèques, notamment pour les jeunes. Aussi, nous souhaitons rendre accessibles des lieux de débat public afin de permettre aux habitants du Grand Mirail de s’exprimer. Enfin, les priorités les plus importantes restent la protection de la jeunesse et la lutte contre la délinquance.
Vous êtes membre de l’Assemblée des quartiers, en quoi cette démarche peut aider le Grand Mirail ?L’Assemblé des quartiers est un mouvement national et un groupe d’action. À Toulouse, on a un groupe qui va jusqu’à une cinquantaine de personnes. La majorité d’entre elles sont des habitants des quartiers prioritaires. On se voit tous les dix jours pour faire des points.
Parmi nos actions, la sensibilisation à la vie politique : le taux de participation au 1er tour des Municipales était assez faible à Bagatelle, la Reynerie et au Mirail. La plupart des habitants ne savaient même pas qu’ils étaient inscrits sur les listes ou s’en sont rendus compte trop tard. Il est primordial d’initier les personnes à la vie politique. Il faut instaurer un cadre de médiation pour leur expliquer les enjeux et les pousser à participer.
Quels sont vos moyens d’action en tant que conseiller municipal d’opposition ?Nous avons peu de moyens et de leviers d’action, mais nous n’hésitons pas à faire des propositions à la majorité. Parfois, certaines d’entre elles sont retenues. On échange avec les habitants, les associations et les commerçants. Ils nous informent quand ils rencontrent des problèmes ou quand ils ne sont pas d’accord avec une décision de la Mairie, alors je remonte leurs doléances lors des réunions. Je suis comme un relais et mon travail consiste surtout à alerter, car je n’ai pas de pouvoir de décision.
Vanessa Ekhaguere et Benjamin Bourgine pour MQML
A noter que Sofiane Oumiha, en déplacement au Chili, n’était pas joignable lors de l’interview.














