Les Coopératives d’Activité et d’Emploi séduisent de plus en plus d’entrepreneurs en quête de sécurité et de collectif. Ce modèle hybride permet de travailler en autonomie tout en bénéficiant des avantages du salariat.
Travailler en toute autonomie tout en bénéficiant du statut de salarié ? C’est possible avec les Coopératives d’Activité et d’Emploi (CAE). Ces structures regroupent plusieurs indépendants sous le statut d’entrepreneur-salarié. Un modèle qui leur permet de bénéficier d’une protection sociale proche de celle des employés, dont une couverture chômage ou du régime de retraite des salariés, tout en profitant d’un accompagnement personnalisé. « Cela peut concerner, notamment, le marketing, la communication, la recherche de clients ou le développement de réseau », indique Caroline Lacoëntre, directrice de la Fédération des CAE en France.
Autre avantage : la mutualisation des ressources. « Les entrepreneurs mettent de côté une partie de leur chiffre d’affaires afin de financer les différents services mutualisés gérés par la coopérative ». Cette dernière prend effectivement en charge les fonctions administratives et comptables, notamment le versement des salaires qui sont « fixés par la CAE avec les entrepreneurs ». « En fonction de leur activité, ils déterminent ce qu’ils pourront se verser chaque mois ». Un fonctionnement qui permet d’obtenir des fiches de paie mensuelles avec un revenu stable, un atout lorsqu’il s’agit de « demander un prêt ou acheter un bien immobilier » .
Faire collectif pour être plus fort
Rejoindre une Coopérative d’Activité et d’Emploi permet également d’intégrer un collectif d’entrepreneurs. « Il y a une réelle coopération entre ces indépendants qui partagent le même projet d’entreprendre. Ils sont dans l’échange et la volonté de rompre l’isolement qui touche souvent les travailleurs indépendants », estime Sarah Bonnet, coordinatrice et cogérante de la CAE Ozon à Septfonds, dans le Tarn-et-Garonne. Pour elle, les CAE constituent « un outil de mise en lien avec ses pairs et avec l’écosystème local ». En somme, « un accélérateur de réseau », loin d’être négligeable. « Les CAE ne se limitent pas simplement à la sécurité du statut d’entrepreneur-salarié », appuie Sarah Bonnet.
Elles représentent aussi un atout dans le cadre d’un appel d’offres ou d’un appel à projets. « Pour y répondre, il faut parfois remplir certaines conditions, comme exister depuis trois ans ou présenter une santé économique solide. Là, c’est toute la structure c’est-à-dire la coopérative, qui est engagée et pas uniquement l’activité de l’entrepreneur », explique la cogérante d’Ozon qui héberge juridiquement l’activité d’une centaine d’entrepreneurs issus de secteurs variés : formation, communication, artisanat ou vente. Ensemble, ils génèrent un chiffre d’affaires cumulé de près de trois millions d’euros.
Qui peut rejoindre une CAE ?
Le statut d’entrepreneur-salarié apparaît ainsi comme une troisième voie entre le CDI et l’autoentreprise. Un modèle qui s’adresse « à n’importe quel indépendant, à l’exception de ceux exerçant des activités réglementées comme les avocats ou les médecins ». Pour intégrer une CAE, l’entrepreneur doit simplement attester « d’un chiffre d’affaires suffisant pour générer un salaire ». Aucun autre critère n’est exigé. « Dans notre CAE, nous ne nous attachons pas à juger les projets. Pas besoin de nous convaincre qu’ils vont fonctionner : ce n’est pas notre sujet », souligne Sarah Bonnet. Il faut, toutefois, démontrer « l’envie de jouer collectif ». « La personne doit être dans une posture de coopération et non dans une logique de consommation de services ». D’autant qu’au bout de trois ans, elle peut entrer au sociétariat de la coopérative.
Si les CAE existent depuis 1995, elles ne sont juridiquement reconnues que depuis 2014, avec la loi relative à l’économie sociale et solidaire. Aujourd’hui, plus de 11 500 entrepreneurs en France, dont 1 808 en Occitanie, répartis au sein de 164 coopératives, ont choisi ce modèle. Souvent pour « éviter d’entreprendre seul », note Sarah Bonnet qui ajoute : « Les CAE permettent de briser l’isolement face à l’entreprenariat et aux démarches administratives ». En effet, « tout est prêt » : devis, factures, outils administratifs et même création de l’entreprise. L’entrepreneur peut ainsi se concentrer pleinement sur le cœur de son métier et le développement de son activité.
Un modèle encore peu connu
Malgré leurs avantages, les CAE restent encore largement méconnues du grand public. « Les entrepreneurs qui rejoignent les coopératives d’activité en ont généralement entendu parler par d’autres indépendants ». « Nous souffrons d’un déficit de notoriété sur le terrain », reconnait Caroline Lacoëntre qui l’explique par « un manque de visibilité ». Mais la création d’une fédération nationale il y a cinq ans pourrait changer la donne. « Elle a pour mission de mener des actions de communication et de plaidoyer auprès, notamment, du ministère du Travail, du ministère de l’Économie et de France Travail, pour promouvoir le statut d’entrepreneur-salarié. Elle va aussi se doter d’un observatoire afin de mettre en lumière les impacts des coopératives ». Une manière de donner davantage de visibilité à ce modèle encore discret.













