À 38 ans, Loïc Tran a trouvé dans la musique un chemin de reconstruction autant qu’un terrain d’expression. Ancien batteur de metal passé par le jazz et le monde du développement web, il a vu sa trajectoire bouleversée par un grave problème cardiaque à l’aube de ses 20 ans. De cette épreuve naît une écriture intime et une folk épurée, à l’opposé de ses débuts, qu’il façonne aujourd’hui sur scène avec une sincérité brute.
À 38 ans, Loïc Tran affiche la sérénité de ceux qui reviennent de loin. Pourtant, rien ne le destinait à cette folk épurée et suspendue qui rappelle la délicatesse d’Angus et Julia Stone ou l’intensité de Ben Howard. « J’étais batteur de metal à fond, c’est l’opposé de ce que je fais aujourd’hui », sourit-il en se remémorant ses 16 ans. Multi-instrumentiste autodidacte passé par la section jazz de la fac de Toulouse, Loïc a longtemps envisagé la musique comme un simple prétexte pour rassembler les copains. Jusqu’à ce que la vie ne déraille brutalement.

Le choc des 20 ans : quand le coeur s’arrête
À l’aube de sa vingtaine, alors qu’il vit sur ce qu’il appelle « l’autoroute » de sa vie, un diagnostic tombe : il est atteint d’une cardiomyopathie hypertrophique (CMH), une maladie cardiaque héréditaire. « Brutal », résume-t-il. Il est opéré en urgence, on lui pose un défibrillateur.
De ces traumatismes naissent de violentes crises d’angoisse et la peur viscérale de la nuit. « Je savais qu’il fallait que j’attende que le jour se lève. Une fois la nuit passée, il y aurait le soleil, les gens et la vie à reprendre », confie l’artiste. Chez Loïc Tran, l’écriture n’est pas un exercice de style, c’est un exutoire intime pour dompter ses démons.
L’électrochoc de la scène : le retour des copains
Après une parenthèse de quelques années à Paris, loin de ses instruments et étouffé par la routine d’un job de web-développeur, le besoin de créer redevient vital. Le véritable déclic a lieu en avril 2024, lors d’un concert programmé à Toulouse. Paniqué à l’idée de remonter sur scène, Loïc rassemble de vieilles compositions qui traînaient dans son ordinateur depuis 2018. Le grand soir venu, ses différents cercles d’amis remplissent la salle. Les applaudissements durent cinq minutes. « C’était très touchant, ils ont donné trop de force », se rappelle-t-il avec émotion.
Dans la foulée, hors de question de s’enfermer dans un perfectionnisme stérile. Accompagné de sa sœur et de son beau-frère, il squatte le salon de sa mère le temps d’un après-midi pour y enregistrer quatre morceaux en live. Un EP enregistré à l’arrache, balancé sur Spotify en plein été pour servir de carte de visite. Le pari est gagné : une dizaine de dates se débloque pour 2025.
Dompter le silence et l’anglais
Récemment sélectionné pour le Métro lab, le dispositif d’accompagnement du Métronom à Toulouse, Loïc Tran a remodelé son projet. Il s’entoure désormais sur scène de Manu à la contrebasse et de son amie de lycée Elsa au clavier. Lors d’un récent tremplin à l’Étoile Rose, leur folk épurée est passée juste après un groupe de metal. Un moment de tension suspendu : « Notre musique est très calme, presque molle. Dès qu’on a commencé à jouer de la gratte, tout le monde a fermé sa gueule. C’était le silence absolu ». Pourtant, à la fin du morceau, le public conquis réclamait un rappel.
Ce lien organique avec le public grandit de jour en jour, bousculant la pudeur de l’artiste. Bien qu’il chante en anglais par pure affinité esthétique avec la culture britannique, ses textes traversent les barrières de la langue. Un premier album est en préparation.












