Dans l’affaire du meurtre de Lyhanna, un prérapport de 45 pages pointe successivement des erreurs d’aiguillage, des lenteurs, des défauts d’appréciation et une absence de contrôle sur le gendarme chargé de l’enquête après un premier dépôt de plainte en août 2025. Une procédure visait Jérôme Barella, neuf mois avant le viol et la mort de Lyhanna dans le Gers, et dont il est le principal suspect.
C’est bien plus un problème de gestion et d’organisation que de moyens. Voilà ce qu’il faut comprendre des conclusions du prérapport dévoilé ce lundi 22 juin sur les dysfonctionnements de la chaîne judiciaire en lien avec l’affaire Lyhanna, dans le Gers. Dans un document étayé de 45 pages, Stéphane Noël et Jean-Michel Gentil, respectivement chef de l’Inspection générale de la justice et chef de l’Inspection de la gendarmerie nationale, passent au crible les failles et défaillances dans la conduite de la plainte du 18 août 2025, visant Jérôme Barella.
Cet homme de 41 ans, soupçonné de viol et de meurtre de Lyhanna, à Fleurance (Gers), le 29 mai 2026, faisait déjà l’objet de graves accusations de viol dénoncées par une fillette de 11 ans, neuf mois avant le drame de Fleurance. Pourquoi cette procédure en cours n’a-t-elle pas permis un placement en garde à vue plus tôt de Jérôme Barella ? L’enquête administrative rendue publique ce lundi épingle à la fois le parquet d’Auch et un gendarme OPJ (officier de police judiciaire) de la brigade de Lectoure, sous commandement de la gendarmerie de Condom, pour des lenteurs, des carences et des erreurs d’aiguillage massives.
Du 8 au 12 juin 2026, les huit membres de cette mission (cinq côté justice et trois côté gendarmerie) ont réalisé 28 entretiens. Voici les cinq principales défaillances relevées :
Absence de suivi après le dessaisissement
La plainte de Rosa, fillette de 11 ans, contre Jérôme Barella est déposée le 18 août 2025 à la gendarmerie de Plaisance-du-Touch (Haute-Garonne). La mission souligne que les premiers actes d’enquête ont été faits avec diligence et dans les règles par le parquet de Toulouse. Tous ces actes sont réalisés en moins de deux mois. En revanche, la procédure de dessaisissement n’a pas intégré la notion d’urgence. La procédure est envoyée au parquet d’Auch, territorialement compétent, uniquement par voie postale. Le caractère « prioritaire » n’est pas relevé.
Déficit d’alerte sur la gravité du dossier
La signature du dessaisissement du parquet de Toulouse intervient le 28 octobre 2025. Ce n’est que le 10 novembre que le pli arrive au parquet d’Auch. L’enregistrement de la procédure au bureau d’ordre pénal (service qui est la porte d’entrée de toute procédure pénale, géré par le procureur de la République) intervient le 2 décembre, soit 23 jours après. La procédure de Rosa lui est remise dans une pochette rouge dédiée aux urgences. Ce qui souligne le caractère prioritaire du dossier s’agissant de viol sur mineure. Des directives et circulaires du ministère de la Justice sont régulièrement envoyées au sein des parquets de France pour sensibiliser les magistrats à ce type de dossier.
Retard et mauvaise gestion du parquet d’Auch
À ces successions de défauts d’appréciation s’ajoute une erreur d’aiguillage majeure. Le substitut du procureur d’Auch, en charge du suivi de la plainte de Rosa, adresse ses instructions, le 9 janvier 2026, à la brigade de Plaisance-du-Touch. Ce qui constitue une erreur d’orientation « évidente », soulignent les inspecteurs de la mission. Ce n’est plus cette brigade, près de Toulouse, qui est en charge de l’enquête depuis le dessaisissement au profit du Gers, le 28 octobre 2025. Ce n’est que le 22 janvier 2026 que la procédure parvient à la brigade de Lectoure (Gers), « sous forme dématérialisée ». Des instructions sont alors données en direction de l’OPJ de Lectoure dont le commandement est géré depuis la gendarmerie de Condom.
Lenteur côté gendarmerie
Ces instructions diligentées par le magistrat d’Auch, au sujet de la plainte de Rosa, concernent des actes d’enquête supplémentaires : auditions de témoins, écoutes téléphoniques et, au final, placement en garde à vue de Jérôme Barella. Mais sans définir de délai pour la réalisation de ces actes. « Pour moi, le dossier était sensible, mais la notion d’urgence était atténuée du fait que la victime n’était plus en contact avec le mis en cause. » L’OPJ de Lectoure devait gérer deux affaires importantes, dont une garde à vue de 96 heures dans le cadre d’une grosse affaire de stupéfiants. Au sujet de la plainte de Rosa, il explique : « J’aurais aimé avoir plus de temps. » Sa hiérarchie considère un personnel opérant « à flux tendu dans le traitement des affaires judiciaires ». Avec un bémol, puisque ces chefs admettent aussi « qu’il a néanmoins bénéficié de temps suffisant pour réaliser certains actes sur ce dossier », malgré un engagement soutenu.
Aucune prise en compte des signaux d’alerte
Il ressort des conclusions de l’Inspection que l’OPJ de Lectoure « n’a pas pris la réelle mesure de la situation et de l’urgence à traiter cette enquête qu’il avait identifiée comme sensible ». Les inspecteurs notent aussi que le placement en garde à vue de Jérôme Barella pouvait être diligenté et acté « très rapidement » après l’audition complémentaire de la mère de la victime, le 14 février 2026. À ce titre, « ce directeur d’enquête n’a pas été contrôlé ». Ni par sa hiérarchie, ni par le magistrat.
Un rapport définitif est attendu le 5 septembre.










