Magistrats et greffiers se sont rassemblés ce lundi 29 juin devant le palais de justice de Toulouse, après les critiques visant l’institution judiciaire dans le sillage de l’affaire Lyhanna. Carole Louis, magistrate et déléguée régionale de l’Union syndicale des magistrats, a alerté sur une justice à bout de souffle, incapable, selon elle, de protéger durablement sans moyens supplémentaires.
Magistrats et greffiers se sont rassemblés ce lundi 29 juin, à midi, devant le palais de justice de Toulouse. Une mobilisation en réponse aux critiques visant la justice après le drame Lyhanna. Carole Louis, magistrate au tribunal judiciaire de Toulouse et déléguée régionale de l’Union syndicale des magistrats, dénonce une mise en cause précipitée. Interview.
Avez-vous eu le sentiment d’être désignés comme boucs émissaires après l’affaire Lyhanna ?
Le drame est terrible, traumatique pour absolument tout le monde, nous compris. Notre rôle, en tant qu’autorité judiciaire, est évidemment de protéger les victimes. Mais lorsqu’une inspection est annoncée pour identifier d’éventuels dysfonctionnements, on attend les conclusions de cette inspection avant de désigner des responsables. Là, nous avons eu le sentiment d’être immédiatement livrés en pâture, sans attendre le rapport, sans attendre les investigations permettant de comprendre rationnellement ce qui s’est passé.
Le ministre a parlé de fautes personnelles. Ce terme vous choque ?
La responsabilité individuelle peut exister. Ce n’est pas compliqué pour nous de l’admettre. Si une faute est commise, elle doit être recherchée et sanctionnée. Mais pas dans les médias. Dans le cadre légal prévu à cet effet. Ce qui est plus ennuyeux, c’est de parler de problèmes structurels sans parler des moyens. Quand un prérapport évoque des difficultés structurelles, il faut nécessairement mettre les mains dans le marasme des moyens humains, matériels et des outils.
La critique, c’est que dans l’affaire Lyhanna, plusieurs signaux existaient autour du suspect. Comment expliquer que la justice n’ait pas réussi à les agréger ?
Il faut regarder les orientations du prérapport. Cela suppose notamment des outils et des applicatifs beaucoup plus développés, des possibilités de faire concorder les informations entre les ministères, entre les parquets, et aussi davantage de personnels. Il faut deux fois plus de personnel pour prendre deux fois plus de temps sur les procédures. Aujourd’hui, les informations ne circulent pas toujours comme elles devraient. Ce n’est pas une excuse. C’est un constat.
L’affaire Lyhanna révèle-t-elle une incapacité spécifique de la justice à traiter les violences sexuelles et les violences faites aux enfants ?
Une incapacité, non. Ce serait injuste pour les milliers de plaintes correctement traitées, dont on ne parle jamais. Des dossiers de violences sexuelles, de violences intrafamiliales, de violences faites aux enfants, la justice en traite tous les jours. Mais avec des moyens insuffisants, nous ne sommes pas à l’abri d’un nouveau drame. Je le dis clairement : avec la moitié des moyens nécessaires, personne n’est à l’abri d’une autre affaire Lyhanna.
Concrètement, que va produire le réexamen annoncé de 70 000 procédures ?
À Toulouse, cela représente environ 1 100 procédures à reprendre. Il va falloir faire du non-stop. Deux magistrats peuvent traiter environ 100 dossiers par jour. Cela représente quasiment un mois de travail pour un magistrat à temps plein. Et ce temps, il faudra le prendre ailleurs. Les forces mobilisées sur ces dossiers ne seront pas utilisées pour traiter les autres affaires.
Que demandez-vous aujourd’hui ?
Pas des promesses. Pas des effets d’annonce. Nous demandons une ambition durable pour la justice. Une justice capable de protéger les victimes, de juger dans des délais acceptables et de garantir les droits de tous. La justice n’est pas une variable d’ajustement budgétaire. Ce n’est pas un outil de communication. C’est une condition essentielle de la démocratie et de la sécurité de tous.














