Pour encourager la sobriété dans la consommation de l’eau des Toulousains, la métropole la fait payer plus cher en été, quand la sécheresse sévit, et moins en hiver, quand elle est abondante. Mais ce principe vertueux a ses limites. Comment faire pour ne pas faire exploser la facture estivale quand la canicule s’installe et qu’il est recommandé de s’hydrater et de prendre des douches, notamment pour les personnes âgées… Un casse-tête de plus au compte du réchauffement climatique.
La boucle de rétroaction positive, vous connaissez ? C’est, en gros, la mise en place d’un cercle vicieux dans lequel une perturbation initiale se renforce à l’infini. Exemple : avec le changement climatique, l’atmosphère se réchauffe, les océans aussi. Ils capturent moins de gaz carbonique (CO₂), qui augmente dans l’air en contribuant à nouveau à faire augmenter les températures. Un cycle infernal qui peut s’appliquer à nos ressources en eau. Plus il fait chaud, plus la sécheresse menace et plus on a tendance à en consommer, en accentuant la pénurie.

C’est pour prévenir ce gaspillage que la métropole de Toulouse (et ses 37 communes) a mis en place, depuis deux ans, une tarification saisonnière pour l’eau potable et l’assainissement. Avec des prix au m³ moins chers durant sept mois en hiver (-30 %), et plus chers durant cinq mois en été (+42 %) par rapport au prix de base de l’ordre de 3,39 € le m³. À l’arrivée, la péréquation devait être indolore pour les usagers en lissant leurs factures sur l’année. « En dessous du prix de l’eau moyen en France, qui en 2024 était de 4,34 €/m³ », assure la métropole. Mais voilà, la canicule qui sévit depuis plusieurs semaines a singulièrement fait remonter la consommation et donc les factures à venir…
Tarification saisonnière ou progressive ?
« C’est quand même paradoxal, s’indigne un usager. Le système n’est pas si vertueux que ça. On se retrouve à payer plein pot au moment où on a besoin d’eau. Il faut boire, s’hydrater et on est obligés de prendre plusieurs douches par jour. C’est sûr qu’à la fin de l’année, on risque d’avoir des surprises sur la note finale. » Et d’imaginer une tarification dérogatoire qui tienne compte des nouveaux aléas climatiques. Mais à la métropole, que nous avons contactée, il n’y a visiblement pas de sujet. En tout cas, la tarification saisonnière est toujours présentée comme la meilleure.
« Avec près de 70 % de compteurs d’eau collectifs dans l’agglomération toulousaine, un par immeuble ou résidence et non pour chaque logement s’y trouvant, la mise en place d’autres systèmes tels que la tarification progressive semble inadaptée et injuste, nous a-t-on expliqué. Ce modèle ne pourrait tenir suffisamment compte des disparités de consommation et créer un effet contre-productif en sanctionnant les foyers les plus économes. » Mais la démonstration est loin de convaincre tout le monde.
L’enfer des bouilloires thermiques
« Hasard du calendrier, alors que s’achèvent deux périodes de canicule intenses et précoces, inédites, et que démarre un nouvel épisode, les habitant·es de la métropole toulousaine viennent de recevoir leur facture d’eau pour la période allant de novembre à mai, les projetant sur ce que sera celle de la période d’été avec la tarification saisonnière à +42 % en ces temps de surchauffe, s’inquiète l’association Eau Secours 31. Plutôt qu’une tarification saisonnière mettant tout le monde à la même enseigne de la restriction, nous demandons la mise en place d’une tarification progressive avec les premiers m³ gratuits, qui permettrait à tout le monde, et particulièrement à celles et ceux qui en ont le plus besoin, car logés dans des bouilloires thermiques, de prendre les douches nécessaires pour ne pas mettre leur santé en danger. »
Pour les militants écologiques, « il est urgent aussi de politiser davantage la question de l’eau dans ce paysage difficile, d’apporter des réponses concrètes et immédiates aux difficultés vécues par la population, tout en dessinant un horizon de transformations structurelles indispensables. Pour ne pas avoir à mettre en balance notre usage de l’eau vitale avec d’autres nécessités impérieuses de consommation »…
« Une véritable démocratie de l’eau »
Pour l’association Eau Secours 31, « il est indispensable de mesurer l’importance majeure de la question de l’eau pour les temps qui viennent, qui rend indispensable un autre équilibre des usages et une véritable démocratie de l’eau ». Lutter de manière conséquente contre les pollutions de l’eau, en les empêchant au maximum à la source, mieux protéger les captages d’eau potable permettrait de bénéficier de rivières dans un meilleur état biologique et chimique, mieux à même d’assurer leurs services écosystémiques fondamentaux, selon les écologistes. « Cela permettrait également de pouvoir s’y baigner sans crainte dans les endroits sécurisés, pour faire face au mieux aux périodes de canicule que nous connaissons, soulignent-ils. Alors que se multiplient les piscines particulières, au bénéfice de quelques-uns, favoriser le développement et la pérennité des piscines publiques participerait également d’une adaptation nécessaire au changement climatique pour le plus grand nombre. Il ne s’agit pas aujourd’hui de défendre quelques intérêts particuliers, mais bien de préserver une planète habitable pour tous dans un proche avenir ».











