Un jeune homme de 18 ans a écopé d’un an de prison ferme, en comparution immédiate, vendredi, à Toulouse. Au guidon d’un motocross électrique, il avait percuté un policier qui tentait de le contrôler. Volontairement ? Le pilote assure que non. Et dégaine un argument psychologique déroutant pour éclairer son état d’esprit au moment du choc. L’histoire.
Elle s’effondre dans la salle des pas perdus, semble étouffer, se roule par terre. Ses hurlements stridents à réveiller un mort attirent les membres de la sécurité, la trousse de premiers secours et même le procureur de Toulouse, accouru de son bureau en bras de chemise pour comprendre l’origine du désordre.
Bras en écharpe à la barre
La mère d’Adam, 18 ans, peine à encaisser la condamnation à un an de prison ferme « avec maintien en détention » à laquelle son fils vient d’être condamné, en dépit des efforts de Me Ravyn Issa. Le 13 juin, à Colomiers, le jeune majeur discute avec des amis, assis sur une moto électrique Sur-Ron lorsque deux fonctionnaires tentent de le contrôler.
« Des vols de motos semblables avaient été signalés », éclaire la présidente du tribunal correctionnel. « Y a les flics ! ». La volée de moineaux s’égaie. Un policier se retrouve sur la trajectoire de la moto. Bras droit en écharpe (14 jours d’incapacité légale, NDLR), J. décrit la scène à la barre, devant une salle comble et en nage malgré la clim.
« Arrête-toi ! Police ! »
« Je lui ai dit : Arrête-toi ! Police ! On était environ à six mètres l’un de l’autre. J’ai ouvert les bras en barrage. J’ai vu sa détermination. Il s’est penché sur sa moto, a donné un coup d’accélérateur et m’a percuté ». Les deux chutent. Touché au bras gauche, le policier voit aussi son pouce droit fracturé, avec section du tendon. « Sans doute lorsque j’ai placé mon bras devant moi pour éviter de taper face contre terre ».
Une course-poursuite à pied s’enclenche. « Avec l’adrénaline, je n’ai pas senti mes blessures ». Il parvient à rattraper Adam qui, en retour, selon le fonctionnaire, tente de lui porter un coup de poing. « Je l’ai esquivé ». Il finit par le maîtriser. « Mais il a fallu que mes collègues le menottent. Mon sang coulait. J’ai perdu deux fois connaissance sur le chemin des urgences ».
« En aucun cas… »
La position de la victime est simple : « Il aurait pu m’éviter. Mais il m’a foncé dessus. Depuis, je revois la scène du choc en boucle ». Au-delà de l’aspect psychologique, les conséquences physiques risquent d’impacter la suite de la carrière de ce papa d’un garçon de 9 ans. « Ma main droite est touchée. C’est celle avec laquelle je manipule mon arme. Les docteurs disent que je risque de perdre jusqu’à 30 % de préhension ».
Adam écoute ce récit. Sa version est tout autre. Une expression revient en boucle dans sa bouche : « en aucun cas ». En aucun cas il n’a vu le fonctionnaire ; en aucun cas, il n’a entendu l’injonction « Police ! » ; en aucun cas, il n’a voulu blesser ou faire mal ; et en aucun cas, il n’a tenté de porter un coup de poing lors de la course-poursuite. Il met cet écart de conduite sur les conséquences d’un choc psychologique déroutant.
Une semaine avant les faits, il a assisté au meurtre par balle d’un ami d’enfance, à Seysses. « Ça s’est passé sous mes yeux ». Il l’avait enterré la veille de ce que la défense considère comme « un tragique accident », loin de la « tentative de meurtre » visée lors de la garde à vue. Ce n’est la lecture ni de la partie civile, ni du procureur.
« Des faits d’une extrême gravité »
« Si on percute un policier en sang, le premier réflexe devrait être de s’arrêter, de s’excuser et de prendre de ses nouvelles, pas de s’enfuir », grimace l’avocate de la victime, Me Stéphanie Pujol. « Ces faits de violences avec arme (la moto, NDLR) sont d’une extrême gravité. Il a choisi de continuer sa route et de foncer sur le policier ». Il réclame 30 mois de prison dont dix avec sursis probatoire et une ribambelle d’amendes pour les infractions connexes (pas de casque, pas de gants, circulation à vive allure, sur le trottoir…).
« Tout s’est joué en deux secondes », assure Me Issa, évoquant « l’effet tunnel. Ce n’est pas un délinquant ». Le casier vierge d’Adam plaide en sa faveur. « La dernière fois que j’ai emmené mon fils avec moi au commissariat, il s’est mis à trembler et m’a dit : papa, je ne veux plus que tu fasses ce travail », soupire le policier. Encore choqué.
« Au vu de la gravité des faits… »
Le tribunal, qui jugeait le prévenu en comparution immédiate, l’a condamné à deux ans de prison dont un ferme avec maintien en détention, « au vu de la gravité des faits ». Le reliquat de peine s’accompagne d’un sursis probatoire, avec obligations de travail, de réparer les dommages et de soins. 1000 euros d’amendes pour les diverses infractions routières, 2000 euros de provision pour la victime en attendant de connaître son préjudice global, et interdiction de déternir une arme pendant cinq ans.










