Avocats de Cédric Jubillar, Mes Guy et Pierre Debuisson décrivent un homme « soulagé » après les aveux de son implication dans la mort de sa femme, Delphine Jubillar, en décembre 2020, à Cagnac-les-Mines (Tarn). Ils le disent décidés « se rendre sur les lieux pour aider les enquêteurs à retrouver le corps de Delphine ». Ses conseils racontent à La Dépêche sa réaction après les révélations et ses intentions quant à la suite de l’affaire.
Une semaine après la révélation, par La Dépêche du Midi, de l’existence d’une lettre dans laquelle Cédric Jubillar endossse la responsabilité de la mort de sa femme Delphine, les questions restent nombreuses autour du sort de ce dossier aux multiples rebondissements. La justice est désormais officiellement informée de ces aveux et peut rouvrir l’enquête, alors que le procès en appel du peintre-plaquiste tarnais doit toujours s’ouvrir dans un peu plus de deux mois, le 21 septembre. Mes Guy et Pierre Debbuisson, les avocats de l’accusé, nous livrent en exclusivité le sentiment de leur client sur les suites de l’affaire et leur espoir de voir la quête de la vérité avancer.
La Dépêche du Midi : Depuis l’annonce de ses aveux, dans quel état d’esprit se trouve aujourd’hui Cédric Jubillar ?
Nous sommes allés le voir à la maison d’arrêt le lendemain de l’annonce. Il était manifestement très soulagé d’avoir effectué ces aveux par notre intermédiaire. En même temps, nous l’avons senti stressé. Il a suivi toutes les émissions à la télé. Ce qui est clair, c’est qu’il a bien compris l’importance de retrouver le corps de Delphine, et il nous a donné l’impression qu’il fera tout pour y contribuer. En somme, il n’a qu’une hâte : décrire la chronologie de cette soirée à la présidente de la cour d’assises et se rendre sur les lieux pour aider les enquêteurs à retrouver le corps de Delphine.
Vous avez choisi, dans un premier temps, de ne pas en informer la justice, pour quelles raisons ?
Comme vous l’avez compris, un travail psychologique a été fait avec l’intéressé afin de l’aider à sortir de l’engrenage du mensonge dans lequel il s’était enferré. Il a fallu du temps pour que celui-ci se déverrouille psychiquement. Cela ne se fait pas du jour au lendemain. Il fallait donc attendre que celui-ci soit prêt afin que la révélation des aveux intervienne de façon sereine. C’est un processus fascinant qui prend du temps et qui se fait étape par étape. Il était essentiel de suivre ce rythme afin que les choses puissent ensuite se dérouler au mieux auprès de l’institution judiciaire, et ce d’autant plus que l’intéressé nous a souvent indiqué que les différentes pressions exercées sur lui ont contribué à l’enfermer encore davantage dans un engrenage de déni. En parallèle, il fallait être certain que ses aveux ne soient pas pollués et il fallait éviter tout risque de fuite qui aurait pu entraîner des réactions de méfiance sur un psychisme trop longtemps malmené.
En quoi le fait qu’il reconnaisse être à l’origine de la mort de son épouse se différencie-t-il des précédentes confidences qu’il aurait pu faire à d’autres personnes en détention, avant de les nier ?
Nous ne savons pas s’il a réellement tenu ces propos ; si tel était le cas, les propos qu’il aurait pu tenir en détention ont souvent été transformés, dénaturés ou même détournés. Ils auraient surtout été tenus auprès de personnes mal intentionnées qui ont agi à la fois contre les intérêts de Cédric Jubillar, mais également contre les intérêts de la famille de Delphine et de la justice. En ce sens, ils se devaient d’être appréhendés avec la plus grande circonspection. Les déclarations qui ont pu être faites par certaines personnes apparaissaient déloyales et n’obéissaient pas à un double objectif de vérité et de justice.
Les révélations qu’il nous a faites s’inscrivent, au contraire, dans un cadre extrêmement positif qui permet de réconcilier le droit et la morale et d’apporter des réponses à la famille de Delphine et notamment à ses enfants, qui sont les autres grandes victimes de ce drame. Nous n’imaginons pas à quel point il a dû être difficile pour eux de vivre pendant cinq ans dans une incertitude totale concernant le déroulé des faits.
En affirmant vouloir collaborer avec la justice pour tenter de retrouver le corps de sa femme, Cédric Jubillar espère-t-il une peine plus allégée lors de son procès en appel ?
Ce n’est pas du tout l’objectif qui l’intéresse. Sa première préoccupation concerne ses enfants, il leur devait la vérité et c’est désormais chose faite. Il aimerait pouvoir reprendre contact avec eux, même s’il sait parfaitement qu’à ce stade cette démarche est prématurée. Concernant l’acte terrible qu’il a commis sur sa femme Delphine, il exprime évidemment des regrets très forts. Il lui a fallu beaucoup de temps pour admettre s’être transformé en criminel, mais aujourd’hui il a fini par accepter la réalité. Il ne cherche aucune mansuétude de la part de ses futurs juges ou de l’opinion. Il conserve néanmoins encore un tout petit espoir d’être un jour, dans de nombreuses années, réhabilité.
En avouant être à l’origine de la mort de son épouse, quel est son vœu le plus cher ?
Tout d’abord, il veut que toute la transparence soit faite sur les circonstances de ce drame. Il a encore besoin de comprendre lui-même les contours du mécanisme de son passage à l’acte et de continuer à se faire aider pour cela. Il est très en demande d’accompagnement sur le plan psychologique, pour continuer à « faire sauter » les mécanismes de défense psychique qui se sont mis en place et qui l’ont totalement bloqué, lesquels ont rendu difficile, pendant des années, un véritable travail d’introspection. En même temps, il est bien conscient que son parcours de vie ainsi que la détention dans les conditions si particulières que l’on connaît – il est en effet soumis à un régime punitif d’isolement total accompagné de lumière et de bruits permanents la nuit depuis cinq ans – ont contribué à le fragiliser encore plus sur le plan intellectuel et sur le plan psychique. Un travail important a déjà été fait, mais il sait que le chemin est encore long.















