Au mois de mai, plusieurs soirs de suite, les gendarmes ont été alertés à cause des sorties de Floréal, 76 ans dans vingt jours. Cet ancien maçon, qui a aussi fait les braquages et les mauvais coups dans sa jeunesse, supporte mal la chaleur de Bruguières, au nord de Toulouse. Alors il se promène, nu comme un ver ou presque. Ses voisins dénoncent et s’inquiètent. Explications compliquées devant le tribunal correctionnel de Toulouse.
« Comment ?!! » Venu du box du tribunal correctionnel de Toulouse, la voix de cet homme résonne. Une large calvitie, de longs cheveux argentés, un corps frêle d’acrobate et des oreilles fatiguées. Cet homme entend mal. À bientôt 76 ans, ça peut se comprendre. Mais il n’est pas contrariant. Enfin, pas toujours.
« Le 25 mai, le 27 aussi, votre voisin vous a vu nu, avec simplement une casquette et des chaussettes », détaille la présidente Gonca Murat. « Non… », répond Floreal après son guttural « Comment ?!! » Sept plaintes en une semaine. Les gendarmes de cette commune du nord de Toulouse avouent une certaine lassitude. Moins toutefois que les voisins de cet homme un peu perdu. « Chez moi, c’est un four. Cette chaleur, je n’en pouvais plus », dit-il en plissant les yeux, essayant d’identifier un soutien dans la salle d’audience presque vide.
Meurtrier, braqueur et onze condamnations pour exhibition sexuelle !
« Cela fait quand même beaucoup d’exhibitions. Il y a des enfants dans votre quartier. Leurs parents s’inquiètent », insiste la présidente. « Non, je ne les vois jamais ! » « Eux, si. » Sourire malicieux aux lèvres, l’homme croise ses bras sur son pull vert d’eau presque aussi vieux que lui.
« Et ce n’est pas la première fois », annonce la magistrate, un œil sur un casier judiciaire fourni. « Vous avez été condamné pour meurtre en 1985. » « C’était pas moi, mais des Gitans. J’étais juste complice… » Le tribunal tord le nez. « En 1991, pour des vols à main armée… » Pas de réaction. « Puis viennent des condamnations pour exhibition sexuelle en 1993, 1997, 2001, 2005, 2007, 2008, 2010, 2011, 2012, 2014 et, la dernière, en 2019. Vous avez été en prison pour ça. »
L’homme ne semble plus se souvenir. Il a perdu son frère récemment. « C’était mon tuteur… » « Son unique famille. Aujourd’hui, il est seul, un peu perdu », prévient son défenseur, Me Christian Etelin.
« Vous buvez, Monsieur ? » « Non. Des bières avec mes copains portugais et du whisky, à Ginestous, avec les Gitans, mes amis. » « Souvent ? » « Comment ?!! Non… » La présidente Murat esquisse un sourire.
Que faire de cet homme qui terrorise ses voisins ? Une dame, « à bout », réclame 1 500 euros de préjudice moral. Le procureur, peu sensible au grand âge du prévenu, ne voit qu’une solution. « Il fait vivre un enfer à ses voisins. Ce n’est pas acceptable, ni supportable. Je requiers un an de prison ! »
« Des soins ! Pas la prison »
Me Christian Etelin se désespère. « Comment peut-on envisager autre chose que des soins ? Sérieusement ? La prison ? À son âge. L’expert psychiatre le dit : cet homme, à 75 ans révolus, rencontre de sérieux soucis cognitifs. Il retient même une altération. Et on veut le placer en détention ? Monsieur le procureur, enfin ! »
L’avocat s’appuie sur un article du contrôleur des lieux de privation de liberté « qui réaffirme ce lieu de souffrance qu’est la prison et son inaptitude aux soins ». Puis après un retour rapide sur le passé agité du septuagénaire « et sur sa vie d’aujourd’hui qui n’est qu’une immense solitude », Me Etelin réclame, encore, toujours, « une prise en charge, du soutien, un accompagnement. Pas une incarcération ! »
Dans le box, est-ce que son client comprend ? Il sourit.
Le tribunal le condamne à six mois de prison avec sursis probatoire pendant deux ans, avec obligation de soins et un suivi par le juge d’application des peines. « Mais je n’ai pas de voiture. Comment je vais faire ? », s’inquiète Floreal. Il doit aussi payer 600 euros à sa voisine. Il a quitté la salle, entre deux policiers, toujours avec son sourire malicieux.












