À Saint-Gaudens, la tension monte autour de l’avenir de Fibre Excellence. Élus et syndicats interpellent Emmanuel Macron après les critiques du ministre de l’Économie sur l’offre de reprise, dénonçant un déséquilibre de la filière bois et appelant l’État à agir avant la décision du tribunal de commerce, prévue le 27 juillet prochain.
À six jours du verdict du tribunal de commerce, le ton monte autour de l’avenir de Fibre Excellence. Après les critiques formulées par le ministre de l’Économie Roland Lescure contre l’offre de reprise de l’entreprise papetière, plusieurs élus locaux et responsables syndicaux ont adressé un courrier au président de la République pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme un manque de réponse de l’État face aux difficultés structurelles de la filière bois.
Dans cette lettre commune, les signataires expriment leur « plus grande inquiétude » après l’intervention du ministre à l’Assemblée nationale, estimant que l’exécutif concentre son discours sur les insuffisances supposées du projet de reprise plutôt que sur les mesures permettant, selon eux, de rétablir les conditions économiques nécessaires à la survie de l’entreprise.
Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, Frédéric Souillot, secrétaire général de FO, Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, Renaud Muselier, président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Jean-Yves Duclos, maire de Saint-Gaudens, Magali Gasto-Oustric, présidente de la communauté de communes Cœur et Coteaux du Comminges, et Sébastien Vincini, président du Conseil départemental de Haute-Garonne, demandent ainsi à l’État de prendre ses responsabilités dans ce dossier.
Un engagement de l’État pour compenser le surcoût de la matière première
Les cosignataires estiment notamment que la crise actuelle ne peut être dissociée des évolutions récentes de la filière bois. Dans leur courrier, ils affirment que « depuis plusieurs années, les politiques publiques ont profondément déséquilibré le marché du bois », citant notamment le développement du bois-énergie, les difficultés liées à la disponibilité des volumes destinés au bois d’industrie ou encore la baisse des volumes issus des forêts publiques. Selon eux, ces facteurs auraient contribué à une hausse importante du coût de la matière première, représentant un surcoût annuel évalué à plus de 25 millions d’euros pour Fibre Excellence.
Alors que le gouvernement met en avant les aides déjà mobilisées pour soutenir l’entreprise, les élus et représentants syndicaux contestent cette lecture du dossier. Ils rappellent que leur demande ne porte pas sur un financement public de l’investisseur, mais sur un accompagnement permettant de compenser les difficultés économiques auxquelles l’entreprise est confrontée : « Ils n’ont jamais demandé que l’État finance un investisseur. Ils demandent que l’État rétablisse les conditions de concurrence qu’il a lui-même profondément déséquilibrées. » Ils réclament notamment des mesures supplémentaires pour permettre à l’entreprise de rester compétitive pendant la phase de transition liée aux futurs investissements.
Les signataires évoquent également la nécessité de renforcer les dispositifs existants, estimant que la seule revalorisation du contrat de rachat de l’électricité produite par les usines Fibre Excellence, évaluée selon eux à environ 8,5 millions d’euros par an, ne permettrait pas de compenser le surcoût lié à l’approvisionnement en bois. « Il faut donc, en plus de la révision du contrat CRE, dégager environ 20 millions d’euros par an pour éviter que l’entreprise ne soit déficitaire au moment même où elle doit réaliser des investissements cruciaux pour son avenir. Pour ce faire, nous avons adressé de nombreuses propositions techniques à vos ministres et à vos services » enjoignent-ils.
Le bras de fer engagé
Cette prise de position intervient alors que l’avenir de Fibre Excellence reste suspendu à la décision du tribunal de commerce. Placée en redressement judiciaire le 27 avril dernier, l’entreprise exploite deux sites industriels, à Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, et à Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône. Une offre de reprise a été déposée par Combat Holding, le groupe du financier Matthieu Pigasse, avec le soutien de fonds d’investissement associés aux Régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Offre que Roland Lescure juge insuffisante, estimant que l’engagement financier du repreneur n’était pas à la hauteur des soutiens publics déjà accordés. Le ministre appelle à davantage de garanties pour assurer la pérennité du projet industriel.
À l’approche de l’audience décisive, les positions restent donc très éloignées. Tandis que l’État demande un engagement renforcé du repreneur, les élus et syndicats demandent désormais une intervention plus forte des pouvoirs publics pour éviter la disparition d’un outil industriel qu’ils considèrent comme stratégique pour le territoire et la filière papetière française.












