La présence du castor se confirme aux portes de Toulouse. Des traces de ce gros rongeur ont été repérées à plusieurs reprises depuis le mois de décembre dernier sur les berges de l’Ariège dans la Réserve naturelle régionale Confluence Garonne-Ariège. Grâce à des excréments prélevés sur le site, des analyses ADN ont pu être effectuées. Elles confirment la présence d’un castor de type européen, de souche issue de Camargue. Une bonne nouvelle pour la biodiversité alors que l’espèce avait pratiquement disparu d’Europe et n’avait plus été vue en Haute-Garonne depuis plusieurs centaines d’années.
Il reste caché mais il est bien là. Sur le vaste territoire de la Réserve naturelle régionale (RNR) Confluence Garonne-Ariège, le castor d’Europe est de retour. Absent depuis plusieurs siècles dans ce secteur aux portes de Toulouse, le mammifère a été observé cet hiver par des kayakistes de Portet-sur-Garonne et plusieurs traces attestant de sa présence ont été relevées depuis.
Au printemps dernier, les équipes de la RNR ont repéré plusieurs indices : des saules taillés en crayon, des branches écorcées près des berges de l’Ariège, typiques de l’activité du castor pour accéder aux végétaux dont il se nourrit, mais aussi des dépôts très odorants de castoréum, des sécrétions que le mammifère utilise pour marquer son territoire. Des clichés nocturnes, pris par des pièges photographiques installés sur la zone, ont confirmé la présence d’au moins un castor.

Cet ensemble d’arguments était suffisant pour que l’enquête soit un peu plus poussée. Ce castor était-il tout seul ? Était-il de souche européenne et non pas canadienne ? Disparu d’Europe à la fin du XIXe siècle où il a longtemps été chassé pour sa fourrure, sa viande et le castoréum (un ingrédient très recherché en parfumerie), le castor est aujourd’hui une espèce protégée. Il a fait l’objet de plusieurs programmes de réintroduction en France depuis les années 1960-1970, notamment à partir de la basse vallée du Rhône. Son installation est confirmée depuis plusieurs années dans l’Aveyron, le Tarn et le Tarn-et-Garonne.
L’ADN a parlé : le castor est issu d’une souche de Camargue
Pour compléter les observations, une analyse ADN a été commandée par l’Office français de la biodiversité (OFB) à partir d’une petite crotte prélevée sur la Réserve naturelle. Et le résultat est à la hauteur de l’engouement suscité par ce gros rongeur, connu du grand public pour ses qualités d’ingénierie dans la construction de son habitat. « Déjà, il s’agit bien d’un castor et non d’un ragondin. Les analyses indiquent que nous sommes en présence d’un castor européen, qui plus est de la souche issue de Camargue, la dernière qui restait en France et qui a servi au programme de réintroduction. Il a mis trente ans pour arriver des Cévennes, depuis les rivières Tarn et Dourbie, jusqu’à notre Confluence », se réjouissent Mathieu Orth et Antoine Firmin, respectivement conservateur et garde-chargé d’études sur la RNR Confluence Garonne-Ariège.
L’été n’est pas une saison propice pour poursuivre les recherches sur l’implantation du castor, les gardes de la RNR, par ailleurs très occupés par la fréquentation du site, la prévention des risques d’incendie, et leur travail sur les autres espèces (2 400 espèces animales et végétales sont suivies), ne peuvent pas compter sur des indices visibles. « Contrairement à l’hiver où il n’y a que de l’écorce à manger, les castors se nourrissent de plantes aquatiques en été, ils laissent moins de traces sur les arbres. Mais on continue à voir des branches taillées et à trouver du castoréum. Ce sont des mammifères nocturnes qu’il est plus facile d’observer lors des nuits d’hiver », confirme Antoine Firmin.

Préserver les gîtes près des sentiers
L’objectif est désormais de sensibiliser tous les acteurs du secteur pour laisser une chance au castor de s’installer durablement. « Si on repère les gîtes, il faudra les préserver, sinon le castor -et sa famille s’il y a un couple et des petits- partira. Pour cela, on peut par exemple déplacer un sentier : nous l’avons fait pour l’aigle botté pour protéger une zone de 200 mètres autour de son nid, et ça a fonctionné, il se reproduit depuis plusieurs années. Nous travaillerons aussi avec les kayakistes, qui sont aussi nos sentinelles et de bons observateurs, pour les sensibiliser à cette présence et éviter la fréquentation près des habitats », explique Mathieu Orth qui sait que les attentes du public sont grandes. « C’est une espèce attachante dont on peut voir le travail », conclut le conservateur.


















