C’est une annonce qui a traversé le monde scientifique en quelques heures. Le 2 septembre 2026, Transgene et NEC Corporation ont publié les résultats finaux de la phase 1 d’un essai clinique sur un vaccin thérapeutique individualisé contre le cancer : aucune rechute observée en trois ans chez les 16 patients traités. L’Oncopole de Toulouse, premier centre européen à avoir administré ce vaccin, est au cœur de cette avancée.
Un vaccin taillé sur mesure pour chaque tumeur
Ce que les chercheurs appellent le TG4050 n’a pas grand-chose à voir avec un vaccin préventif ordinaire. Il ne s’agit pas d’empêcher la maladie d’apparaître, mais d’armer le système immunitaire du patient pour qu’il reconnaisse et détruise ses propres cellules cancéreuses après une chirurgie, réduisant ainsi le risque de rechute. Le vaccin est dit « thérapeutique », ce qui change entièrement la logique de traitement.
Sa fabrication repose sur une approche de médecine personnalisée poussée à l’extrême. Lors de l’intervention chirurgicale, un échantillon de la tumeur est prélevé et analysé pour identifier ses mutations spécifiques. Une intelligence artificielle développée par NEC Corporation sélectionne ensuite jusqu’à 30 néoantigènes propres au patient, c’est-à-dire les protéines anormales les plus susceptibles de déclencher une réaction immunitaire ciblée. Le vaccin est ensuite fabriqué en laboratoire durant les six semaines de radiothérapie qui suivent l’opération, avant d’être administré. Chaque traitement est donc, par définition, unique.
C’est à l’Oncopole de Toulouse que ce programme a pris son envol en Europe. Dès janvier 2021, l’IUCT-Oncopole est devenu le premier centre du continent à administrer le TG4050 à un patient, sous la direction du professeur Jean-Pierre Delord, directeur général de l’établissement et premier auteur de la publication dans Nature Communications. Sur les 32 patients inclus dans la phase 1 mondiale, 13 ont été pris en charge à Toulouse, ce qui en fait de loin le site le plus actif de cet essai.
Zéro rechute sur trois ans : des données qui font date
Les chiffres publiés le 2 septembre dans la revue scientifique internationale Nature Communications sont, pour être franc, difficiles à relativiser. Les 16 patients ayant reçu le vaccin sont tous encore en rémission, sans aucun cas de récidive, après un suivi médian de 41 mois. Dans le groupe observationnel parallèle, qui comptait lui aussi 16 patients mais n’avait pas bénéficié du vaccin, trois rechutes ont été enregistrées sur la même période.
L’essai concerne des cancers particulièrement redoutables : les cancers de la tête et du cou HPV-négatifs, opérés mais à haut risque de récidive, qui frappent souvent dans les deux à trois ans suivant le traitement initial et résistent difficilement aux thérapies classiques. Le profil de tolérance du vaccin s’est avéré favorable tout au long de l’essai, sans effet indésirable inattendu, ce qui renforce la pertinence des données cliniques.
Au-delà de l’absence de rechute, les chercheurs ont documenté une réponse immunitaire durable. Les lymphocytes T réactivés par le vaccin, ces globules blancs capables de traquer les cellules tumorales, restent présents dans le sang des patients sur le long terme, puisque cette immunité persistante est précisément ce que les oncologues cherchent à obtenir pour tenir le cancer à distance durablement.
La phase 2 en cours, et des perspectives qui s’élargissent
Ces résultats ne marquent pas une ligne d’arrivée, car la phase 2 randomisée de l’essai est déjà en cours. Son premier patient a été inclus à l’Oncopole de Toulouse en mai 2024. Avec désormais dix centres investigateurs mobilisés dans le monde et une cohorte portée à 46 patients, l’objectif de cette nouvelle étape est de confirmer statistiquement le bénéfice médical du vaccin, avec une rigueur méthodologique accrue. Les résultats de la phase 1, partagés en amont sur la plateforme scientifique medRxiv avant leur validation par les pairs, donnent aux équipes une base solide pour aller plus loin.
L’horizon s’élargit aussi du côté des indications : des essais sont également conduits sur les cancers de l’ovaire, et les chercheurs évoquent ouvertement la possibilité d’étendre l’approche vaccinale à d’autres types de tumeurs à haut risque de rechute. Dans un contexte mondial où les vaccins thérapeutiques contre le cancer connaissent un regain d’intérêt marqué, avec notamment les données prometteuses du vaccin à ARN de Moderna et Merck sur le mélanome publiées en août 2026, Toulouse se retrouve à un carrefour de la recherche oncologique internationale. Pour les patients de l’Oncopole et les équipes qui les accompagnent, la publication dans Nature Communications n’est pas qu’une validation scientifique : c’est une confirmation que la piste était la bonne.














