Déjà condamnée à de multiples reprises pour des escroqueries, une femme de 64 ans a été jugée ce jeudi 3 septembre à Toulouse pour avoir dépouillé cinq hommes âgés et vulnérables. Elle reconnaît avoir utilisé leur confiance pour financer une addiction aux machines à sous.
Les images défilent les unes après les autres sur l’écran de la machine à sous. Des chiffres, des symboles, des couleurs qui tournent jusqu’à s’arrêter. Puis elle recommence. Jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. « Quand je suis dans un casino, je suis bien », souffle Chantal devant le tribunal correctionnel de Toulouse, ce jeudi. À 64 ans, cette femme aux cheveux courts et au corps tassé, vêtue d’un large tee-shirt vert, dit avoir trouvé dans les salles de jeux l’un des rares endroits où elle se sent apaisée. Pour rester devant les machines, elle a escroqué des hommes. Quatre des cinq victimes dont elle a utilisé l’argent sont assises à quelques mètres d’elle. Cheveux gris, cannes, appareil auditif ou encore en fauteuil roulant : Chantal a ciblé des hommes, vieux, isolés.
Entre juillet 2024 et octobre 2025, ils ont ainsi croisé sa route. À chaque fois ou presque, l’approche paraît fortuite. Dans un centre commercial, au détour d’une rue, devant un commerce. Elle croit reconnaître quelqu’un, engage la conversation, sympathise. Puis vient un problème à résoudre, un déplacement à financer, une voiture en panne, une fille qu’il faudrait rejoindre à Montpellier. Une carte bancaire passe entre ses mains.
L’une des victimes raconte avoir été abordée au début de l’année 2025 dans un centre commercial. La femme prétend connaître son frère. Elle se présente sous un autre nom, « Anna Giovanni », et ne le quitte pratiquement plus de la journée. Rapidement, elle lui demande de l’argent. Une plainte permettra aux enquêteurs de remonter le fil et d’identifier d’autres hommes.
Plus de 15 000 euros
Les préjudices s’additionnent : plus de 15 000 euros au total. Les caméras de vidéosurveillance, des factures et les opérations bancaires finissent par dessiner le même visage.
« Vous allez loin dans vos stratagèmes. Vous avez des idées », relève la présidente. Chantal ne nie plus. « Je me sers de leur carte bleue, c’est vrai », reconnaît-elle. Pourquoi, alors, toujours des personnes âgées ? « Je ne réfléchis pas. C’est parce que je suis âgée, je prends des personnes âgées », répond-elle.
Mais son casier judiciaire donne à ces nouvelles affaires une profondeur particulière. Dix condamnations y figurent. Depuis une quinzaine d’années, elle a régulièrement été jugée pour des escroqueries ou des faits comparables. Depuis le 7 octobre 2025, elle est détenue à Seysses après une précédente condamnation à 18 mois de prison.
« Le jeu… j’aime bien »
Et, derrière ces sommes détournées, les enquêteurs ne retrouvent ni patrimoine ni train de vie spectaculaire. Avec 1 175 euros de retraite après avoir travaillé dans la restauration, Chantal ne dispose pratiquement d’aucune rentrée d’argent supplémentaire. L’argent disparaît ailleurs : dans les casinos. « Tout est cramé au jeu », résume l’audience. Elle a déjà été interdite de casino pendant trois ans. « J’ai replongé, reconnaît-elle. Je ne me suis pas bien soignée et le jeu… j’aime bien. »
Le parquet requiert 30 mois d’emprisonnement, avec maintien en détention. Son avocate, Me Floriane Peyraud, demande une confusion de peine. Elle rappelle la personnalité particulière de sa cliente. Enfin, ce qu’on en sait. Sa demande d’expertise psychologique a été refusée par le parquet en début d’audience. « Pourquoi on a ce type de passage à l’acte ? Ni vous ni moi ne sommes psychologues, nous n’avons pas de réponses à cette question », avait-elle souligné.
Le tribunal suit finalement les réquisitions : 30 mois de prison.















