Dans cette commune du Lauragais, un bourdonnement mécanique continu brise le silence et fait trembler les murs chez Agnès. La promesse faite par un géant local de la distribution vole en éclat. Plusieurs habitants de ce hameau de Baziège, surplombant la plate-forme logistique Lidl, se plaignent depuis des années des nuisances sonores. Cette installation immense irrigue jusqu’à 70 magasins. La préfecture tente en vain de faire appliquer la règlementation en vigueur. On vous raconte leur calvaire.
Sur les hauteurs de Baziège, bourgade du sud-est toulousain, la vie pourrait être paisible pour les riverains de l’ex-lieu-dit Limoges. Bien sûr on y a toujours entendu au loin le flot continu des autos de l’ex-Nationale 113 (aujourd’hui D 813), ajouté au passage régulier des trains de la ligne Toulouse Carcassonne. Jusqu’à l’arrivée en 1999 d’un premier entrepôt du hard-discounteur Lidl, jugé bientôt trop exigü, dès lors abandonné en 2018, toujours à l’état de friche huit ans plus tard.
« Tout a changé à partir de cette date, quand Lidl a décidé et obtenu l’accord de construire sa géante plate-forme de stockage. Notre vie s’est transformée avec les bruits permanents des camions qui vont et qui viennent. Et cette réfrigération utile à la plate-forme pour stocker ses denrées, mais qui fait du bruit même la nuit… », exposent Agnès et Laurent, occupants de la propriété la plus située en contre-haut de ladite plate-forme. Lorsque les vents soufflent en sud/sud-ouest -cas le plus fréquent- c’est une « musique » infernale qui envahit le jardin pourtant si paisible de ce couple… au bord de la crise de nerfs.
La Dreal saisie, elle se décide à agir
Tous deux, copieusement soutenus par leurs voisins demeurant en contrebas du hameau, n’ont jamais cessé de se battre pour faire stopper les décibels émis par l’activité de la plate-forme (allers-venues des camions, climatisation, tours aéroréfrigérantes le week-end…). Lidl, qui d’entrée écrit « ne pas souhaiter communiquer sur ce dossier », ne serait pas plus à l’aise que la municipalité baziégeoise pour répondre concrètement aux doléances des riverains. « Ca semblait pourtant un temps bien engagé », rappellent ces derniers, à qui la direction de la plate-forme annonce fièrement en mai 2021 : « C’est votre dernier été bruyant ! »
C’est là que s’ouvre la bataille des mesures. Celle des décibels. Un conciliateur de justice est nommé, mais une première plainte à la DREAL (1) engage le conflit pour de bon. L’instance est réactive et une première mise en demeure intervient en 2020, puis une seconde en 2022, et encore une troisième en 2025, toutes assorties de recommandations précises adressées au géant allemand de la distribution.
Dépassement de décibels ?
Agnès et Laurent ont d’ores et déjà déboursé 32.000 euros en frais d’avocat et d’expertises judiciaires. Avec ce fol espoir qu’une ultime mise en demeure (en date du 4 mars 2026) puisse aboutir eu égard à la non-conformité de la plate-forme. Celle-ci accuserait un seuil de dépassement de 16,5 décibels/jour, et encore 5, 5 dB/nuit. « Que voulez-vous faire de plus ?, questionnent en colère les riverains. Notre combat, c’est que la préfecture, via la DREAL, puisse faire respecter ses propres normes, et que la plate-forme respecte les arrêtés préfectoraux. »
Pour l’heure, Lidl continue d’exploiter légalement depuis 2017 sa plate-forme de stockage, principalement constituée de marchandises et d’emballages destinés à approvisionner au moins 70 magasins de l’enseigne. Opérationnelle donc depuis 2018, la plate-forme fonctionne 24 heures sur 24 en semaine, et jusqu’à 20 h 30 le samedi. Ce qui, selon les riverains, n’empêcherait pas le bal des camions qui tournent et retournent devant la plate-forme, y compris le week-end, « jusqu’à se perdre parfois dans le village de Baziège et ses voies étroites ».












