À Saint-Julien-sur-Garonne, Adeline dépense 175 euros de carburant sur les 200 euros gagnés ce mois-ci. Sans l’aide de ses proches pour remplir son réservoir, cette maman solo ne peut plus emmener son fils chez le kiné. À Lavaur, pour Caroline, le coût devenu insupportable. Face à la flambée des prix à la pompe, nombre d’automobilistes de Haute-Garonne réduisent leurs déplacements, renoncent à certaines sorties et se tournent davantage vers le covoiturage. Pour beaucoup, le coût des trajets pèse désormais directement sur le budget familial et professionnel. Ils témoignent.
Alors que le diesel atteint en moyenne 2,35 euros le litre en France au 16 septembre, les automobilistes cherchent à réduire leurs dépenses. Dans les communes rurales, où la voiture reste souvent indispensable pour travailler, se soigner ou accompagner ses enfants, la hausse se traduit par des renoncements très concrets.
À Saint-Julien-sur-Garonne, à 50 kilomètres au sud de Toulouse, Adeline Poncy, maman solo, voit son quotidien bouleversé. Correspondante de presse, elle dispose de moins de 1 000 euros par mois pour vivre avec son fils de 14 ans. La hausse du carburant représente désormais 100 à 150 euros de dépenses supplémentaires chaque mois.
« Dès mars, c’est devenu impossible de finir le mois sans me faire prêter de l’argent, notamment pour mettre de l’essence et emmener mon fils au collège ou chez le kiné », raconte-t-elle.
Les déplacements qui n’ont pas un caractère indispensable ont progressivement disparu. « Avant, j’essayais de nous offrir au moins une journée à la mer. Cette année, ce n’était même pas envisageable. Pas de vacances, rien. Aller rendre visite à ma mère à Grenade, à une quarantaine de kilomètres, ce n’est même plus possible aujourd’hui. Impossible de consacrer 40 euros à un simple aller-retour. »
Même les loisirs sont devenus difficiles à financer. « La piscine, par exemple, même si elle est adaptée pour mon fils qui est handicapé, c’est devenu un luxe »
Le covoiturage a la cote
Pour certains déplacements médicaux, elle privilégie désormais le covoiturage avec d’autres patients. Elle n’est pas la seule à se tourner vers cette solution.
En Haute-Garonne, entre mars et début juillet 2026, le nombre de places proposées a augmenté de 8 % par rapport à la même période en 2025, puis de 7 % entre juillet et septembre. À Toulouse, l’offre est restée globalement stable avant de reculer de 5 % durant l’été. À Balma, en revanche, la progression est beaucoup plus marquée : +51 % au printemps et +99 % durant l’été.
Son activité professionnelle ne lui permet pas non plus d’absorber cette hausse. « En août, j’ai touché 200 euros, j’ai payé 175 euros d’essence, il ne me restait rien. »
« Tout mon argent passe dans l’essence »
À Lavaur, Caroline (Les personnes citées par leur seul prénom ont souhaité rester anonymes), qui travaille dans le milieu du spectacle, fait elle aussi ses comptes. Ses déplacements professionnels réguliers vers Toulouse pèsent lourd dans son budget.
« Tout mon argent passe dans l’essence ! Je me demande si je ne devrais pas cesser de travailler » résume-t-elle.
Même constat pour Anne, enseignante dans deux écoles primaires et maman célibataire d’un adolescent de 14 ans, à Cazères, à une soixantaine de kilomètres au sud de Toulouse. Depuis le 31 août, elle estime avoir déjà dépensé 125 euros en carburant, alors que le mois n’est pas terminé.
« Je pense que je suis à environ 20 euros de plus par plein que l’année dernière. Pour les remplacements, il existe des frais de déplacement. Mais sur les postes à l’année, il n’y en a pas. Il faut donc payer pour aller travailler. Au bout d’un moment, si c’est aller travailler pour pouvoir payer l’essence pour travailler, on ne s’en sort plus. »
La hausse du carburant l’amène elle aussi à revoir ses déplacements personnels et familiaux. Désormais, chaque trajet est calculé et les déplacements sont regroupés autant que possible.
« On regarde combien il y a de kilomètres »
À Cazères, Sophie, mère de trois enfants âgés de 8 à 14 ans, fait les mêmes arbitrages. Elle ne se voit pas reprendre son ancien métier d’aide à domicile, qu’elle aimait pourtant particulièrement.
« C’est un métier que j’adorais. Je m’occupais notamment de personnes en fin de vie et j’aimais beaucoup leur permettre de rester chez elles jusqu’à la fin. Mais aujourd’hui, je préfère faire un métier qui me plaît moins mais qui ne me coûtera pas d’argent pour aller travailler. »
La hausse du carburant a aussi changé ses habitudes.
« Avant, il y avait des choses qu’on faisait sans se poser la question. Maintenant, on regarde combien il y a de kilomètres avant de décider. »
Les sorties familiales ont été les premières à être réduites. « D’habitude, le week-end, on essaie de faire des activités avec les enfants. Mais avec les dernières hausses, on les a simplement annulées. »
Le week-end prochain, la famille devait notamment se rendre à Muret pour un festival médiéval. Une sortie qui paraît proche, mais dont le coût finit par compter dans le budget familial.
« Ce n’est pas très loin, il y a environ 25 minutes de route, mais quand on cumule les kilomètres sur la semaine, ça commence à compter. On s’est dit : tant pis, on verra l’année prochaine. »
Une mobilisation pour réclamer une baisse des taxes
Des témoignages qui illustrent les arbitrages auxquels nombre d’automobilistes sont confrontés face à la hausse des prix du carburant. En parallèle, une mobilisation réclame une baisse de la fiscalité sur les carburants.
L’association 40 millions d’automobilistes a lancé le 14 septembre une manifestation numérique baptisée « Balance ton plein », qui permet aux participants de se signaler sur une carte en renseignant notamment leur commune.
Pierre Chasseray, délégué général de l’association, défend une baisse des taxes sur les carburants. »Environ 65 % du coût de votre plein correspond à des taxes. Comment les Français peuvent-ils dépenser l’argent qu’ils n’ont pas ? », interroge-t-il.
Sur la carte de la manifestation numérique, 429 participations étaient recensées à Toulouse lors de la mise à jour du mercredi 16 septembre, en début d’après-midi.
« C’est la première fois que je lance un site qui crashe en très peu de temps. Il ne tenait pas la dynamique de connexion. »













