Lui, est considéré comme le « parrain » de la communauté dominicaine de Toulouse. Elle, comme son « bras droit » dans une affaire de proxénétisme impliquant une jeune femme tout droit débarquée de son île, en 2019. Prochainement renvoyé devant la cour d’assises pour le homejacking de deux prostituées dominicaines, Hector, 36 ans, alias « Junior » ou « Cash Money », a été condamné mardi en correctionnelle. Tout comme la « meilleure amie » de la victime. L’histoire.
Sa réputation le précède. Dans la « petite communauté dominicaine » de Toulouse, Hector, 36 ans, est considéré comme « une sorte de parrain », un « caïd ». Surnommé « Junior », « l’Espagnol » ou « Cash Money », il est poursuivi pour proxénétisme et violences devant le tribunal correctionnel. À ses côtés, Merkis, 49 ans, ancienne prostituée alias « la Tante », que la justice soupçonne d’avoir aidé à asservir Maria*, tête haute sur le banc des victimes.
Dans les griffes du réseau
Le tribunal s’immerge dans une affaire où liens d’amitié, relations intimes et exploitation supposée s’entremêlent étroitement. Mère de deux enfants restés au pays, Maria arrive en France en 2019. « Junior » propose de l’héberger chez un membre de sa famille. Dans sa plainte, la jeune femme qui ne s’exprime qu’en espagnol a indiqué qu’elle devait s’acquitter de 300 euros par semaine pour disposer des lieux.
« Vous vous prostituiez sur place et reversiez une partie de vos gains à Junior. Vous dites avoir été forcée à avoir des relations intimes avec lui ». « En tout cas, on n’a jamais été en couple », assure-t-elle. Le président déroule le fil de l’enquête. Il dépeint le quotidien de milliers de femmes sans papiers arrivées en France la tête pleine de rêves, pour tomber au final dans les griffes des réseaux de prostitution.
À minima 15 000 euros de gains par mois
« On lui demandait de 10 à 15 passes par jour, pour des prestations allant de 50 à 200 euros. À minima, elle pouvait faire 15 000 euros par mois et jusqu’à 90 000 euros. C’est une activité lucrative et c’est aussi pour ça qu’il est difficile de sortir du réseau », illustre Me Agathe David, l’avocate de l’association Équipes d’action contre le proxénétisme (EACP).
De l’autre côté de la barre, le son de cloche diffère. « On s’est connus au Nouvel An 2019. On est sorti ensemble. Je suis allé dans son appartement, je savais qu’elle se prostituait. Parfois, elle me demandait de l’accompagner en voiture, le soir. Je l’ai fait. Mais on ne s’entendait pas vraiment », déroule Junior.
« C’était mon amie »
Des langues bien pendues prétendent qu’il était plus qu’un petit ami occasionnel et blasé. « Vous avez la réputation de fabriquer de faux papiers et de faire travailler des prostituées que vous ramenez d’Espagne, d’Italie ou de République Dominicaine », constate le président. D’où l’alias de « Cash Money ». Il est d’ailleurs renvoyé prochainement devant la cour d’assises de la Haute-Garonne, commanditaire présumé d’un home-jacking visant… deux prostituées dominicaines en 2022. « Vous n’avez pas encore été jugé pour ces faits, mais ça éclaire un peu notre dossier », glisse le président.
Merkis est volubile sur les relations qui l’unissaient à la victime. « Elle ne parlait pas français, elle était sans abri, je l’aidais à faire ses courses, aller à la pharmacie, chez le médecin ». Elle rédige aussi des annonces sur des sites d’escort. « Certains lui prenaient 50 euros pour le faire ! », se récrie la prévenue. Un mantra ponctue son discours à intervalle régulier : Maria était « (s)on amie ». Était ? « On s’est fâchées car quelqu’un lui a dit que j’avais couché avec l’amour de sa vie ». Elle la dépeint « très jalouse » voire menaçante.
« Je pensais faire des ménages »
Deux visions des événements comme les deux faces d’un peso dominicain. La victime ne faiblit pas. L’interprète traduit. « J’ai été à l’école jusqu’à mes 20 ans. En arrivant en France, je pensais faire des ménages car je n’avais pas de papiers. Ce sont de mauvaises personnes qui mentent et font de mauvaises choses. Elle, c’était son bras droit. Quand je suis allée à la police pour le dénoncer, lui m’a envoyé une fille pour me frapper ».
« Il n’a jamais travaillé de sa vie ou alors au noir. Il vivait de la prostitution. Quand ma cliente s’est enfuie, on a mis la communauté dominicaine à ses trousses », s’indigne son avocate, Me Anne-Marie Villa. « Le proxénétisme, ce n’est pas uniquement forcer quelqu’un à se prostituer pour de l’argent. C’est aussi l’aider dans son activité, l’emmener à ses rendez-vous, l’héberger, publier des annonces », rappelle la procureure. Elle requiert 8 mois sursis pour elle, deux ans – dont un ferme – contre lui.
« Un dossier réchauffé »
« Si elle était vraiment le bras droit [de Junior], elle aurait eu les moyens financiers de ne pas se prostituer », recadre l’avocat de Merkis, Me Frédérick Dupuis. « Concernant les violences, on n’a que les déclarations de la victime qui se contredit sans cesse », souligne Me Camélia Dilmi, aux intérêts d’Hector. Elle dénonce des « faits anciens », un « dossier réchauffé ».
Le tribunal a relaxé son client des faits de violences. Il écope de deux ans de prison avec sursis pour le reste. Son « bras droit » supposé, d’un an. Tous deux ont interdiction d’entrer en contact avec la victime pendant trois ans. Ils devront verser 4 300 euros de dommages et intérêts aux parties civiles. Le prix médian d’une quarantaine de passes.
*Prénom modifié














