Six mois après la mort d’Audrey Cavalié et d’Angela Legobien-Cadillac et la découverte de leurs corps au Portugal, leurs familles espèrent toujours l’extradition de Cédric Prizzon malgré le refus des autorités portugaises. Leur avocats pointent des manquements dans le suivi du suspect.
C’est une affaire qui a plongé deux familles aveyronnaises dans l’horreur il y a six mois : les familles d’Audrey Cavalié et d’Angela Legobien-Cadillac. Deux femmes que Cédric Prizzon, ancien policier de 42 ans, est soupçonné d’avoir tuées. L’affaire débute le 20 mars, à Vailhourles, près de Villefranche-de-Rouergue. Audrey, 40 ans, l’ex-compagne de Cédric Prizzon, et le fils de 12 ans qu’ils ont en commun, disparaissent. Mais Angela, 26 ans, la nouvelle compagne de Cédric Prizzon, et leur fille de 18 mois sont introuvables aussi. Les corps des deux mères de famille sont retrouvés cinq jours plus tard, enterrés dans une zone isolée du nord du Portugal. Les enfants, sains et saufs, sont rapatriés en France quelques temps après.
Le Portugal refuse toujours l’extradition du suspect
Cédric Prizzon a reconnu les faits. Il est en détention provisoire au Portugal, dans l’attente de son procès sur place : la perspective d’un procès en France est très incertaine, au grand regret des familles des victimes.
La demande d’extradition de Cédric Prizzon vers la France a été refusée par le Portugal le 8 mai 2026. Les autorités françaises ont bien délivré un mandat d’arrêt européen à son encontre, mais ce mandat porte uniquement sur le volet enlèvement et séquestration de l’affaire. Pour justifier son refus d’extrader Cédric Prizzon, la Cour d’appel de Coimbra explique que les « crimes présumés ont été commis entièrement ou en partie au Portugal ».
Malgré cette fin de non-recevoir les familles continuent à espérer une extradition évoquant, selon leurs avocats, le pouvoir de la diplomatie. Maître Cédric Malandrin est l’avocat du père d’Angela Legobien-Cadillac : « C’est incompréhensible. On peut essayer de se mettre à la place des familles des victimes qui commencent à se préparer, même si c’est difficile, à ce qu’il y ait un procès au Portugal devant une justice que l’on ne connaît pas, dans une langue que l’on ne maîtrise pas. Pour le papa d’Angela, ce serait un procès où cet homme ne serait pas confronté aux personnes qui le connaissent, ce qui parait impensable. Et pour ma part, je considère que ce serait un procès totalement tronqué. »
Eurojust a été saisi par la France. Cette agence qui émane de l’Union Européenne peut jouer un rôle de médiation sur les questions d’extradition. Si le procès de Cédric Prizzon pour meurtre ou assassinat devait se tenir au Portugal, les familles espèrent qu’un second procès sur le volet enlèvement et séquestration sera organisé en France.
« Il y avait des signes avant-coureurs »
Une affaire hors norme qui a une caisse de résonance beaucoup trop faible pour Maître Fabien Arakélian, l’avocat de la famille d’Audrey Cavalié : « Je suis avocat depuis quasiment 26 ans et je plaide régulièrement ce type de dossier. Mais je n’avais jamais vu ça auparavant : un individu avec un tel passif, avec, en plus, une appartenance vraisemblable à la mouvance masculiniste, qui commet un enlèvement, une séquestration puis un double féminicide, on est au comble de l’horreur et de l’imaginable. Il y avait des signes avant-coureurs. Monsieur Prizzon avait verbalisé publiquement le côté particulièrement agressif et vindicatif qu’il avait à l’encontre d’Audrey. Ce dossier, qu’on le veuille ou non, c’est la chronique d’un féminicide annoncé. Mais là, la particularité, c’est que c’est un double féminicide. J’ai plaidé beaucoup de dossiers dans lesquels j’ai engagé la responsabilité de l’État. Nous ne savons pas encore si nous le ferons, chaque chose en son temps. J’attends déjà que l’État fasse son travail et envisage très sérieusement de bouger pour une extradition et une application de du mandat d’arrêt européen. Nous verrons ensuite. »
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