Ils se sont rencontrés il y a dix ans. Et s’ils se sont un jour aimés, trois enfants en attestent, la situation a bien changé. Totalement dépendante financièrement de son mari, une femme battue depuis des années a eu le courage de déposer plainte pour que ça cesse. Pas facile d’aller trouver la police quand on réside en France sans papiers. À son procès, Antonio, 32 ans, a vu son petit monde s’écrouler sous ses yeux. L’histoire, au tribunal correctionnel de Toulouse.
Valentine* peine à maintenir ouvert son œil poché. À la barre, elle réitère ses propos. « Il est très violent. On s’est rencontrés en 2017. On a trois enfants ensemble. Il me tape tout le temps. Cette fois, il m’a tiré les cheveux, m’a injuriée, donné des coups sur la tête ». Elle frappe son crâne de ses poings fermés. « Pourquoi est-il violent ? », s’enquiert le président du tribunal correctionnel de Toulouse. « Il m’aime pas, il dit. Je veux le divorce ».
« Je prends tout en charge »
Assis dans le box, Antonio, un Angolais de 32 ans, encaisse la sentence, mutique. Il arbore le maillot bleu ciel du Congo, frappé de deux étoiles, fruit de ses victoires en Coupe d’Afrique des Nations. Étranglement, coups sur l’ensemble du corps. Violences habituelles. Valentine a eu trois jours d’incapacité légale. Depuis la mi-septembre, elle subit le courroux de son compagnon.
« Je l’ai poussée et tapée, elle est tombée et c’était fini », assure le bonhomme. « J’ai aidé à la relever, et je suis parti ». À son retour, il sent l’alcool, titube et tient des propos incohérents, comme les policiers le mentionnent dans leur rapport. « J’ai bu une bière ». Les voisins, qui « le craignent », font état de grosses disputes, souvent violentes. « Je prends tout en charge à la maison, je fais tout et je paie tout. 1 500 euros chaque mois. Je demande un peu de respect », se défend Antonio.
« Il la frappe, sort et va boire une bière ! »
Les enfants ont assisté à la dispute finale. « Pas aux coups », précise leur mère. « Pourquoi l’avez-vous frappée ? », martèle le président à plusieurs reprises face à ce carreleur fuyant, jamais condamné. « Je regrette ce qui s’est passé. Elle me collait tout le temps, même aux toilettes. Moi, je voulais juste sortir prendre l’air ». Valentine n’a pas de papiers et ne peut donc pas travailler. Tenue en laisse par le porte-monnaie.
« Elle a eu le courage d’aller jusqu’au bout, de déposer plainte après des années de violences physiques et psychologiques. Un véritable calvaire », soupire l’avocate de la victime, Me Camille Gamard. « Il travaille et paie tout et donc, en retour, il veut une épouse soumise qui se taise ? », enrage la procureure. « Elle présente des traces d’étranglement. Il la frappe, sort et va boire une bière ! ».
Gestion des émotions
« Il a tellement honte d’avoir frappé sa femme qu’il a du mal à l’admettre devant vous », suggère en défense Me Laurie Castanet. Antonio tente de négocier, fataliste. « Si elle veut le divorce… Mais je veux m’occuper de mes enfants ». Un an de prison avec sursis probatoire. Obligations de travailler, d’indemniser la victime (qui obtient 2 000 euros de dommages et intérêts) et de se soigner. « Vous devez travailler sur votre colère, la gestion de vos émotions », le prévient le président.
Interdictions, enfin, de détenir une arme pendant cinq ans, et de paraître au domicile conjugal. Antonio recouvre la liberté dans un monde qui vient de changer. Sous ses yeux.
*Prénom modifié















