EXCLUSIF. À Toulouse, deux clients ont découvert que leurs achats avaient été récupérés par des inconnus avant leur arrivée au point relais. Selon leurs témoignages, les auteurs auraient obtenu les codes de retrait en demandant leur envoi sur une autre adresse mail. Après leurs plaintes, le parquet de Toulouse a ouvert une enquête, confiée à une brigade financière de la police nationale. Comment les informations sur leurs commandes ont-elles été récupérées ? Chronopost évoque un hameçonnage visant ses utilisateurs et écarte une faille de ses systèmes. L’un des deux clients attend toujours son remboursement.
Le code est le bon. Mais devant les casiers, le moniteur indique que la commande a déjà été retirée. Ce 14 septembre 2026, à 19 h 50, Cédric vient pourtant chercher ses deux paires de Nike pour la première fois. Quelques heures plus tôt, à 10 heures, cet homme de 46 ans a reçu le SMS lui permettant de récupérer son achat dans un point relais de Toulouse. Entre-temps, quelqu’un est passé avant lui.
Un code réexpédié
« Je suis désabusé », concède le quadragénaire. Début septembre, il avait commandé ses chaussures sur le site officiel de la marque. Le transport et la livraison étaient assurés par Chronopost. « J’avais confiance. » Face au message affiché sur l’écran, il pense d’abord à un problème technique. « J’ai cru à une anomalie. J’ai appelé le service client de Nike et de Chronopost pour comprendre. »
À force de démarches, Cédric dit avoir reconstitué le scénario. Le jour de la livraison, vers 15 heures, un inconnu aurait contacté Chronopost en affirmant ne pas avoir reçu son code de retrait. Il aurait demandé son envoi sur une nouvelle adresse mail. Selon le récit de Cédric, l’inconnu aurait ainsi obtenu le code nécessaire pour récupérer les chaussures. « Le suspect possédait les accès au casier, il s’est servi », résume Cédric.
Un costume disparaît
Dix jours plus tôt, le 4 septembre, Tom avait connu la même déconvenue. Ce jeune homme de 23 ans attendait un costume Figaret, lui aussi acheminé par Chronopost. Lorsqu’il a voulu le récupérer, le colis avait déjà été remis à quelqu’un d’autre.
Tom décrit la même méthode. « Un individu possédait toutes les informations de mon colis, notamment le numéro de suivi et le contenu de la marchandise. Il a écrit pour obtenir les codes sur une autre adresse. » Dans les deux cas, les victimes décrivent donc un détournement des accès nécessaires au retrait. Reste à comprendre comment des tiers auraient obtenu les renseignements leur permettant de réclamer ces codes.
Des soupçons contestés
Tom a réussi à obtenir des images de vidéoprotection de l’enseigne où sa commande avait été livrée. « On y voit un homme dont le visage est caché par une capuche. Il semble connaître les lieux et notamment les emplacements des caméras », estime-t-il. Le jeune homme soupçonne une complicité interne et la revente d’informations sur les colis. Une hypothèse qui, à ce stade, n’est pas étayée par les éléments dont nous disposons.
Chronopost avance une autre explication : un hameçonnage visant ses utilisateurs. « Les cas signalés s’apparentent à un schéma classique de phishing (hameçonnage) visant nos utilisateurs, et non à une faille de sécurité propre à nos systèmes de transport ou de livraison », répond un porte-parole du groupe La Poste. « Nos équipes restent pleinement mobilisées et renforcent en permanence leurs dispositifs de sécurité et de sensibilisation pour protéger nos clients. »
La réponse ne précise pas quels contrôles sont effectués avant de transmettre un code de retrait à une nouvelle adresse mail.
Un seul client remboursé
Pour les deux clients, la disparition des colis a ouvert une seconde série de démarches : joindre les services clients, expliquer qu’ils n’avaient jamais récupéré leurs achats et tenter d’obtenir un remboursement. Tous deux ont déposé plainte. Le parquet de Toulouse a ouvert une enquête, confiée à une brigade financière de la police nationale.
Tom a finalement été remboursé. Cédric, lui, attend toujours. Selon le quadragénaire, Nike a clôturé son dossier tandis que Chronopost le renvoie vers le vendeur. Il n’a récupéré ni ses deux paires de chaussures ni l’argent de sa commande.
















