De nombreux événements inexpliqués, des témoignages surprenants ainsi qu’une étrange photo entourent les nuits du château de Bonrepos-Riquet, au nord de Toulouse. La demeure où vécut le créateur du canal du Midi serait hantée. Son maire, qui n’a jamais voulu vérifier seul les dires, a invité La Dépêhe à une très sérieuse exploration au cœur de l’histoire… et de l’étrange.
« Je ne crois pas aux fantômes, mais je ne resterais pas seul ici la nuit ! » Philippe Seilles, maire de Bonrepos-Riquet, au nord de Toulouse, est un chef d’entreprise pragmatique. Il a relevé les finances d’une commune en difficulté mais surtout fait un pari osé : redonner vie au Château de Pierre-Paul Riquet. Depuis le rachat par la Ville en 2007, l’orangerie a été rénovée grâce à des subventions notamment. Elle accueille des centaines de personnes pour diverses manifestations. La grotte de fraîcheur, une des trois survivantes en France, est en travaux.
Pour ce qui concerne la demeure du créateur du Canal du Midi, en revanche, c’est une autre histoire. Elle survit difficilement aux affres du temps. Plus de 20 millions d’€ seraient nécessaires pour lui redonner ses lettres de noblesse. Mais elle héberge aussi une légende qui a la vie dure : elle serait hantée par Dorothée ! L’arrière-petite-fille de Riquet a été guillotinée le 27 juillet 1794, un jour avant la décapitation de Robespierre. De quoi maugréer… jusqu’à la fin des temps !
Voilà pourquoi cette dame circulerait ici, portant sa tête sous son bras… ce que Philippe Seilles a décidé de vérifier avec un groupe de curieux, la veille de la fête des morts.
Une photo inexpliquée
Dans le grand salon, la table dressée aux chandelles plonge vite dans une étrange bulle temporelle. Il ne manque aux murs que la parole pour narrer l’histoire des quelque 100 pièces de la bâtisse. « Celles et ceux qui ont dormi ici ont tous entendu des bruits de pas à l’étage, et d’autres bruits inexpliqués, toujours à trois heures. Un spécialiste du paranormal a failli partir en courant. Il y a aussi ce téléphone qui sonnait… sans être branché », raconte Philippe Seilles histoire de mettre le groupe dans l’ambiance.

Et d’évoquer surtout cette photo d’une forme floue, que personne n’a pu décrypter, prise au dernier étage par un appareil automatique… à 3 heures. « Justement, c’est là qu’il faut aller« , lance Stenka, plutôt hermétique à ces histoires… mais quand même.
Un bruit, un souffle
La déambulation commence à la frontale, par les cuisines en sous-sol, où trône l’immense cheminée devant divers ustensiles figés dans le temps. Mais il est probable que Dorothée, d’un rang très élevé, n’ait que très peu fréquenté ces lieux… Direction le premier étage.

Un cadenas protège une pièce pour le moins intrigante dans laquelle des draps recouvrent des habits d’époque. Ils sont utilisés par l’Association de Sauvegarde et de Valorisation du Domaine de Bonrepos-Riquet. Le plus étrange est cet immense placard : « Il renferme des peintures d’ Antonio Verrio de Lecce. L’artiste avait été invité à décorer des pièces du château, recomposées des années après », explique Philippe Seille avant de remettre le groupe en marche.
Dans la chambre de Riquet
« Mais où est passé Eric ? Il était là il y a une seconde ! C’est lui au fond du couloir ? » Voilà en effet Eric qui réapparaît, en chair et en os : « j’étais allé voir ces petites pièces. Ça craint ici avec ce bonhomme qui tient sa tête sous son bras ! C’est une mise en scène ou un débarras ? »
Sans doute les deux… Pourquoi se priver si l’on peut en rajouter à l’atmosphère sordide qui règne dans ces lieux sombres et poussiéreux comme c’est le cas dans la chambre de Pierre-Paul Riquet. Il est facile d’imaginer le célèbre ingénieur enveloppé dans un profond sommeil à l’époque où tout allait bien pour lui. Ce serait cependant dans son hôtel Frascati, situé au Jardin des Plantes, à Toulouse, qu’il aurait passé sa dernière nuit, le 1er octobre 1680.

« On dirait des pas »
Direction le deuxième étage. Dans le grand escalier qui monte aux dernières chambres, c’est une toute autre ambiance qui enveloppe les visiteurs. Les bavards finissent par se taire. « C’est ici que la photo a été prise ! », dit le maire, « et il est trois heures pile ! » Les regards scrutent les lieux. Les plus inquiets fixent le plafond qui menace de s’effondrer à tout moment. Un couloir, très noir, mène vers l’autre aile. Un bruit sourd surprend. « On dirait des pas ! » Tout doucement, l’avancée se fait vers une chambre sortie d’un film d’épouvante.
Un autre bruit, plus fort, est suivi d’un courant d’air. Les têtes rentrent dans les épaules. Une grande chauve-souris affolée tente de s’échapper. Soulagement, et déception : « Laissons cette pauvre bête en paix », lance François… avant que de nouveaux cris ne brisent la nuit. Ils viennent de partout cette fois. Des pigeons ! Dérangés, ils semblent vouloir pousser le groupe vers la sortie. À moins que quelqu’un d’autre n’ait déclenché ce ballet volant… qui sait ?
De retour au salon, le choix est fait de ne plus dire un mot. Les minutes s’égrènent alors dans un silence total aussi rare qu’apaisant. Il est très tard, maintenant. Les bougies se sont éteintes. La porte se referme derrière les visiteurs nocturnes.
Le château de Bonrepos-Riquet replonge dans son sommeil sombre et glacial, sans avoir révélé les secrets qui agitent ses nuits. Un magnifique ciel étoilé accroche les regards. L’un d’entre eux est attiré par le deuxième étage. Une étrange forme pâle flotte à la fenêtre! L’ombre d’un oiseau devant la lune… probablement.















