EXCLUSIF. Connu sous le nom de Philippe Lamy, Philippe Clément doit comparaître à partir de ce lundi 5 octobre devant la cour criminelle de la Haute-Garonne pour viols, corruption de mineurs et exercice illégal de la médecine. Celui qui se faisait appeler « Maître Adonis » est accusé d’avoir utilisé ses prétendus dons de guérisseur pour imposer son emprise à des femmes et à des mineures. Promesses de soins, récits des plaignantes et « contrats de soumission » saisis par les enquêteurs alimentent les accusations visant cet ancien tenancier de club libertin, déjà condamné en Gironde en 2017.
Il proposait des consultations et promettait des guérisons. Des femmes décrivent surtout une emprise, un isolement et des rapports sexuels imposés. Philippe Clément, autrefois connu sous le nom de Philippe Lamy, doit être jugé à partir de ce lundi 5 octobre devant la cour criminelle de la Haute-Garonne pour viols, corruption de mineurs et exercice illégal de la médecine.
Des soins à l’emprise
« Maître Adonis », « The Tiger », le « gourou du Médoc »… Derrière les surnoms, les enquêteurs décrivent un homme assoiffé de sexe qui aurait fait de ses prétendues compétences de thérapeute un moyen d’approcher des femmes vulnérables. Certaines souffraient de dépression. Une autre était atteinte d’un cancer.
Ni médecin ni psychothérapeute, Philippe Clément organisait pourtant des consultations payantes, établissait des diagnostics et proposait des » soins spirituels « . Lors d’une précédente audience consacrée à sa demande de remise en liberté, une magistrate l’avait interpellé sur ses prescriptions : « Pour soigner une dame atteinte du cancer, vous lui avez dit d’arrêter son traitement et d’avaler des gélules de cartilage de requins. »
D’après l’accusation, ces promesses de guérison s’accompagnaient d’un discours mêlant spiritualité, chamanisme et sexualité. Il aurait prôné une « libération par le sexe », imposé des règles de vie et progressivement isolé certaines femmes de leurs proches. Plusieurs plaignantes décrivent une perte de tout discernement et des rapports sexuels imposés, parfois violents.
Des accusations concernant des mineures
Les accusations portent aussi sur des faits dénoncés par des femmes qui étaient mineures à l’époque. L’une d’elles a raconté avoir été contrainte, enfant, d’assister aux rapports sexuels de Philippe Clément avec sa mère. Elle a alerté les autorités 16 ans après, alors qu’elle était âgée de 27 ans.
L’enquête menée par les gendarmes de la brigade de recherches de Muret s’est enrichie de nouvelles plaintes après son interpellation. Au fil de l’instruction, d’autres victimes ont passé le portail de la brigade pour sortir du silence. Elles ont dénoncé des viols ou une agression sexuelle.
Les perquisitions suffisent à elles seules pour alimenter les rumeurs autour de ce dossier. En plus des disques durs remplis de vidéos pornographiques, les enquêteurs ont mis la main sur des ordonnances présentées comme falsifiées et des « contrats de soumission ». Une croix de Saint-André, utilisée pour attacher les partenaires sexuels, a aussi été saisie.
Une première condamnation
Philippe Clément ne sera pas perdu en entrant dans la salle d’audience. En 2017, il avait été condamné en appel, en Gironde, à quatre ans de prison ferme. Cet ancien tenancier d’un club libertin contestait les faits et évoquait des relations « amoureuses ».
De nouvelles plaintes avaient été déposées après sa sortie de détention. C’est à Noé, au sud de Toulouse, que les gendarmes l’avaient retrouvé le 28 septembre 2023. Son interpellation avait débouché sur une mise en examen et un placement en détention provisoire.
Dans le voisinage, il se faisait connaître sous le nom d’Adonis et proposait parfois ses services pour des travaux de jardinage. Son arrivée, quelques mois plus tôt, avait aussi suscité des nuisances. « La grille claquait sans cesse. J’ai été obligée de lui dire d’arrêter », racontait alors une voisine. Les riverains ignoraient encore son passé judiciaire.
La défense conteste
« On m’a collé une pancarte sur le dos. J’en souffre », avait déclaré Philippe Clément lors de sa demande de remise en liberté devant la chambre de l’instruction de Toulouse en 2025. Une longue barbe, les cheveux grisonnants jusqu’aux épaules, appuyé sur des béquilles, il espérait alors sortir de détention sous contrôle judiciaire.
Son avocat, Me Nicolas Raynaud de Lage, avait également contesté les éléments à charge : « C’est du déclaratif et rien que du déclaratif. Certains faits remontent à près de vingt ans. » Il dénonçait une forme « d’archéologie judiciaire ».
À partir de lundi, les débats devant la cour criminelle doivent permettre de confronter les récits des plaignantes, les éléments recueillis pendant l’instruction et les explications de Philippe Clément.













