Fils de l’acteur Jean Rochefort et de la comédienne et réalisatrice Nicole Garcia, Pierre Rochefort poursuit sa propre trajectoire artistique, entre cinéma, théâtre et musique. À Toulouse, il anime le « Daily Rourou », sur Campus FM, une émission consacrée au hip-hop et aux sonorités venues du monde entier. Interview.
Qu’est-ce qui vous a amené à vous engager sur l’antenne de Campus FM Toulouse ?
Un heureux hasard. J’étais à Toulouse pour le Marathon des Mots, auquel j’ai eu la chance de participer cinq ou six fois. En me promenant, je suis tombé sur un sticker ou une affiche. J’ai écrit dans la foulée à la radio sur Instagram en évoquant mon émission et le lendemain on buvait un café avec Thomas Delafosse (le directeur des programmes, ndlr) pour faire connaissance et parler d’une éventuelle collaboration. Organique et fluide. Le hasard fait bien les choses.
Quel est le concept de votre émission, le « Daily Rourou », sa ligne musicale ?
Le Daily Rourou est une émission/mixtape déguisée en road trip à travers le monde, les langues et les sonorités. Le fil rouge étant le hip hop. Un certain hip hop, dit « à l’ancienne », mais qui continue à fleurir et s’exprimer partout sur le globe. Adolescent, je passais un temps fou à faire des compilations sur cassette pour les copains/copines. C’est la continuité de cette passion-là : partager la musique, faire découvrir des sons nouveaux.
Vous portez une longue histoire avec le hip-hop, de vos premiers collectifs à vos albums solo : d’où vient cet attachement pour cette culture ?
Je suis né en 1981. Dans les années 90, cette culture m’est apparue comme un vent nouveau, vibrant, contestataire et résolument artistique. J’étais fasciné de voir ces jeunes s’exprimer avec une telle soif de liberté, inventer un langage, une mode nouvelle, une attitude. Et j’aimais le fait que rien n’était gagné d’avance… que cette musique soit négligée par les médias, méprisée par la bourgeoisie, détestée par l’extrême droite. C’est ce qui m’a séduit à l’époque. Je voulais en être. Alors assez rapidement, je m’y suis essayé : écrire, rapper, monter un label, rencontrer les autres.
Toulouse possède une histoire forte avec la culture rap : quel regard portez-vous sur la scène locale ?
Tout de suite, je pense au groupe KDD qui a fait partie de l’âge d’or du hip hop français, mené par le talentueux Dadoo. Les Fabulous Trobadors qui ont flirté très tôt avec le flow rap tout en créant un style folklorique occitan inclassable. Et puis plus récemment, la plume trempée et affûtée de Furax Barbarossa, un des meilleurs lyricistes de notre époque. Melan aussi, très fort ! Et bien sûr, Bigflo & Oli !

Vous avez grandi dans une grande famille du cinéma, mais vous avancez en musique sous le nom de Pierro : la culture hip-hop a-t-elle été un moyen de construire votre propre identité artistique ?
Oui. Un moyen en tout cas de m’écrire différemment. J’y ai trouvé une voie artistique que je pouvais tracer seul, sans ombre portée, une voie libre. Mon dernier album « Brumance » est sorti sous mon vrai nom, Pierre Rochefort.
La musique a-t-elle fait partie de votre éducation lorsque vous étiez enfant ?
Elle a toujours été présente. Je me souviens d’écouter en boucle avec ma mère « Tout simplement » de la chanteuse Bibie, les chansons d’Aznavour, Reggiani. Le goût des beaux mots et des chansons plutôt mélancoliques. Mon père chantait toujours « J’aimerais tant voir Syracuse… », une chanson d’Henri Salvador. Il ne chantait que cette phrase-là. Il aimait aussi beaucoup le jazz, Thelonious Monk. Avant qu’il ne s’en aille, il m’a offert ses vinyles, une vingtaine variée, que je garde précieusement.
Pourquoi avoir choisi la voie indépendante en créant votre label, Homworkz ?
Une envie de liberté. Je pouvais sortir des projets sans attendre la validation ni le calendrier d’une maison de disques. Cette liberté m’a aussi enfermé parfois, notamment pour mes deux albums solo. Avec le recul, j’aurais aimé croiser des producteurs ou des réalisateurs artistiques capables de pousser les morceaux plus loin, de déplacer les lignes.
Vous menez en parallèle une carrière d’acteur au cinéma et au théâtre : qu’est-ce que l’exercice de la sélection musicale vous apporte de différent ?
On ne va pas se mentir, aujourd’hui je suis beaucoup plus comédien que patron de label. Un de ces métiers me nourrit, l’autre me met sur la paille. La musique est une bulle. Une passion restée intacte toutes ces années. Cette même soif d’écouter ce qui se fait partout, d’aller voir des concerts. Pour le moment, je me concentre sur mon parcours de comédien et le temps venu, je reprendrai le chemin de l’écriture et du studio.
Quels ont été vos grands moments artistiques vécus en 2026 ?
Il y a eu une belle tournée théâtrale, « La Veuve Rusée » de Goldoni avec une super bande de comédiens. La pièce « L’Amant » de Harold Pinter qu’on a reprise au Théâtre de Paris avec Sarah Biasini avant l’été. Une série France TV, « Les Évaporés », dont la première saison a été diffusée il y a peu. J’ai aussi enregistré le roman « La Collision » de Paul Gasnier dont le livre audio a remporté le prix Gingko cette année.
Quels sont vos projets, aussi bien musicalement que sur les plateaux de tournage ou les planches de théâtre ?
J’espère revenir à Toulouse pour le Marathon des Mots en avril 2027. C’est un rendez-vous que j’aime et que j’attends chaque année avec impatience. J’ai un projet de théâtre en cours, mis en scène par ma mère Nicole Garcia, et qui devrait voir le jour fin 2027. Ainsi que la saison 2 des « Évaporés ». Et plein de nouveaux épisodes du « Daily Rourou » !











