Son élevage canin à Verfeil, près de Toulouse, avait tourné au musée des horreurs. Quand les services de l’État ont déboulé sur place, en mai 2025, soixante chiens de race Malinois et une vingtaine de chiots (sur)vivaient dans des conditions sanitaires abominables. Dénutris, déshydratés, malades, pour certains au bord du précipice. Julia, 36 ans, était jugée en correctionnelle, mercredi, pour mauvais traitement par un professionnel. Et sa ligne de défense a choqué les associations de protection animale, parties civiles au procès. Voici pourquoi.
Des boxes insalubres et exigus dans lesquels les chiens « pataugeaient dans plusieurs centimètres d’excréments ». Des animaux dénutris, ne disposant que « d’abreuvoirs à l’eau verdâtre ». Des canidés « souffrant de conjonctivite, de diarrhées ». Lorsque les services de la DDPP 31 (Direction départementale de la protection des populations) pénètrent en mai 2025 dans cet élevage canin de Verfeil, près de Toulouse, à la suite d’un signalement opéré par un vétérinaire, la nausée les saisit.
« La lignée royale » tourne au musée des horreurs
Pompeusement baptisé « La lignée royale », l’élevage évoquait davantage la fin de race des Capétiens que le réputé sang bleu des Bourbons. Julia, 36 ans, s’était installée en Haute-Garonne un an plus tôt. Par amour, elle avait déménagé son chenil gardois pour la banlieue verdoyante toulousaine. Chez l’agriculteur dont elle est désormais séparée, ses Malinois trouveraient un terrain propice à leur épanouissement.
Sur le papier, rien à redire. Mais force est de constater que la carte postale rêvée a tourné au musée des horreurs. La trentenaire est jugée devant le tribunal correctionnel pour mauvais traitements sur animaux par un professionnel. Mais aussi pour avoir abandonné volontairement l’un d’eux l’exposant à un risque de mort. « Jolie » souffrait d’un prolapsus rectal. « Madame n’a procédé à aucun soin », s’indigne la procureure. L’animal n’était plus que souffrance. Deux vétérinaires préconisent l’euthanasie. Elle ne réagit pas.
« J’ai été hospitalisée en psychiatrie »
À la barre, Julia et sa diction pâteuse opposent une défense pour le moins singulière. « J’ai été un an en arrêt maladie. C’est mon ancien compagnon qui devait gérer l’élevage mais il ne l’a pas fait (il n’a jamais été inquiété dans le cadre de cette affaire, NDLR). J’ai été hospitalisée en psychiatrie. J’étais en dépression. Je n’arrivais plus à sortir de chez moi ». Le matériel abandonné dans la cour ? « On devait faire des travaux ». Le terrain boueux ? « La faute aux intempéries ». L’anarchie sanitaire ambiante ? « Des manquements ponctuels ». La procureure soupire. « Pas une once de remise en question… ».
Plusieurs associations de défense des animaux se sont portées partie civile. L’une d’elles, les Quatre Pattounes est même intervenue sur place avant la perquisition. « Les bénévoles avaient récolté 200 kg de croquettes pour nourrir vos chiens », relève le président. « Sans son intervention, peut-être déplorerait-on des chiens décédés », soupire l’avocate de l’association, Me Marion Bouillaud-Juanchich, effarée par le « positionnement déplorable » de la prévenue.
« Avait-elle la capacité d’agir ? »
Me Emmanuelle Franck, pour l’ATPA (Association toulousaine de protection des animaux) enfonce le clou. « Si elle disait j’avais des problèmes psychiatriques et de toxicomanie, j’ai été dépassée par ces 80 chiens, ce serait simple et compréhensible. Au lieu de ça, elle prétend qu’elle s’en occupait très bien ».
« Elle n’a pas perçu la gravité dans laquelle se trouvait son élevage. Elle souffre de troubles psychiatriques et cognitifs. Avait-elle la capacité d’agir ? Il faut qu’elle se soigne pour revenir parmi nous », plaide Me Daniel Molina en défense, exhortant à la déclarer irresponsable pénale.
Le tribunal a finalement suivi les réquisitions du parquet tout en retenant l’altération du discernement. Six mois de prison ferme « à aménager [sous bracelet électronique] ». Interdiction de travailler avec ou de détenir des canidés pendant cinq ans, « à l’exception de son chien d’assistance ». Plus de 7 000 euros de dommages et intérêts à verser aux parties civiles.
« Aucun des cinq piliers du bien-être animal n’était respecté »
Un inspecteur en santé et protection animale de la DDPP 31 a rappelé à la barre les cinq piliers du bien-être animal : « l’absence de faim et de soif ; l’absence de peur chez l’animal ; l’absence de douleur, de blessures ou de maladie ; l’absence d’inconfort dans les conditions de vie ; la liberté d’exprimer un comportement normal ». Si un seul de ces critères n’est pas respecté, tout éleveur professionnel peut être renvoyé en correctionnelle pour « mauvais traitement ». « Dans cette affaire, aucun de ces cinq piliers n’était respecté », a-t-il résumé. Les 80 chiens et chiots saisis ont été placés dans des chenils pour se refaire une santé. Pas un ne sera restitué à l’éleveuse indigne.
















