Le quadruple champion de France en titre s’avance sur la ligne de départ du Top 14 avec un défi à sa mesure dans le viseur : devenir le premier club à décrocher un cinquième Bouclier de Brennus consécutif.
L’histoire est à portée de main. Non pas qu’avec ses six sacres nationaux depuis 2019 (sans oublier les Champions Cup 2021 et 2024), cette génération de « rouge et noir » n’y soit pas déjà entrée. Mais plutôt parce qu’elle a désormais l’occasion de réaliser ce qu’aucune autre, au club comme ailleurs, n’est parvenue à accomplir par le passé. Après le quadruplé du début de l’été, comme ceux du Stade Toulousain, déjà (1994 et 1997), ou du Stade Bordelais (1904-1907), les Stadistes se présentent sur la ligne de départ avec le quintuplé pour objectif.
« C’est la logique de dire qu’on veut chercher un cinquième (bouclier de Brennus, NDLR). Avec Ugo (Mola) qui nous a déjà mis une petite pique cinq minutes après la fin du match sur ça, c’est sûr qu’on va l’évoquer », disait Romain Ntamack, dans les couloirs du Stade de France après la finale gagnée face à Montpellier. Car pour le manager toulousain, comme il l’a confié à ses joueurs « exceptionnels », dans un échange capté par les caméras de Canal + sur la pelouse de Saint-Denis, cette équipe « a encore de la marge ».
Faire abstraction du climat
Face à une concurrence qui tente de la réduire, et alors que le club est englué depuis plusieurs mois dans les procédures sur des infractions au règlement du salary cap (l’amende de 2,88 M€ infligée par la commission de discipline indépendante a été à peine réduite après le passage devant la commission d’appel de la FFR), les Toulousains ont compris depuis bien longtemps que rien ne leur serait offert.
Leur domination irrite mais le climat, forcément pesant autour d’Ernest-Wallon avec les affaires, n’a jusqu’ici pas eu d’incidence sur le terrain. Alors au moment de remettre le couvert, il faudra tenter, pour Dupont, Marchand, Willis et consorts de continuer à en faire abstraction. Et trouver, en plus du « seul contre tous », de nouveaux leviers de motivation, même si ce groupe a su témoigner, au fil des saisons, de sa faculté à ne jamais être rassasié.
Les départs à venir de Thomas Ramos (Racing 92) et François Cros (Lyon), symboles de cette génération d’exception (ils sont les deux seuls à avoir disputé les huit finales gagnées depuis 2019, toutes en tant que titulaire pour le troisième ligne), comme ceux possibles de Dorian Aldegheri et Cyril Baille, deux autres artisans majeurs des succès passés, devraient donner au groupe le petit supplément d’âme toujours nécessaire dans ce genre d’entreprise.
« La motivation est toujours là, disait Ntamack il y a deux semaines, lors du stage à Gérone. Je pense qu’on a un groupe qui a soif de victoire, soif de titres. Je ne suis pas sûr que ça s’atténue cette année. La motivation est là, on a nos objectifs, on les connaît. Si on veut encore une fois les atteindre, on sait que ça passe par un travail très dur tout au long de la saison. »
Jongler sur trois tableaux
Comme tous les ans, alors que plus d’une cinquantaine de joueurs devrait être concernée tout au long de l’exercice, il ne faudra pas manquer le départ du train. Ni les périodes de doublons, durant lesquelles les Toulousains ont su bâtir leurs succès du printemps. Le tout en parvenant à jongler sur tous les tableaux, eux qui restent les derniers à avoir réalisé le doublé (2024). Alors qu’il s’est pris les pieds dans le tapis lors des deux dernières Champions Cup, le club « rouge et noir » a forcément envie de retrouver les sommets européens dont Bordeaux-Bègles a barré l’accès en 2025 et 2026. Avec, comme il y a deux ans, un voyage en Afrique du Sud à négocier, le 12 décembre face aux Lions, à Johannesbourg. Tout sauf neutre, forcément.
Sans oublier non plus que cette saison 2026-2027 sera la dernière avant le Mondial en Australie, dans un peu plus d’un an (1er octobre-13 novembre). Avec environ 25 joueurs concernés par cet objectif, les approches et sorties des périodes internationales, à l’automne (Championnat des nations) et lors de l’hiver (Tournoi des VI Nations) devront être gérées au gré des aléas inhérents à une saison, à l’image des premières blessures connues par Clément Vergé et Valentin Delpy (notre édition d’hier).
D’où l’utilité, malgré une préparation une fois de plus condensée – rançon de la gloire, les Toulousains ont une fois de plus été les derniers à reprendre –, d’engranger un maximum de points avant un printemps dont tout le monde espère, à Ernest-Wallon, qu’il soit inoubliable. Et sans doute inégalable pour un bon bout de temps.














