Après trois jours d’interruption, les débats reprennent ce lundi matin au palais de justice de Toulouse. Mohamed Zerrouki, 45 ans, et trois autres accusés sont jugés dans un vaste dossier de narcotrafic lié au quartier des Izards. Un cinquième homme est en fuite.
Lors de la dernière audience, jeudi, les policiers avaient longuement détaillé leurs investigations : téléphones cryptés, importantes sommes d’argent liquide, train de vie du couple Zerrouki mais aussi projets d’importation de cocaïne et centaines de kilos de cannabis. Un commissaire avait estimé à 3,7 millions d’euros en 18 mois le chiffre d’affaires du duo que l’accusation attribue à Mohamed Zerrouki et Badreddine Abbou.
Mohamed Zerrouki a reconnu avoir « fait des choses », tout en contestant fermement le rôle de chef qui lui est attribué : « Je ne suis pas le chef. » Les quatre accusés encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu jeudi.
Un artisan « ami » employait Mohamed Zerrouki
A la barre, un quadragénaire, un artisan spécialisé dans les charpentes. « Vous étiez voisin avec M Zerrouki ». « Oui, nous étions ami », admet le témoin. La présidente Dominique Coquizart s’intéresse surtout aux salaires versés à l’accusés. Un emploi fictif ? « Non, justifie l’ancien employeur. A la fin, c’est vrai, c’était mois bien. » « Ce n’est pas ce que vous aviez dit aux policiers », insiste la présidente. « Vous savez, une garde à vue, ce n’est pas simple à vivre… »
De faux bulletins de salaire, non émis par la société, ont aussi été réalisés, probablement par Zerrouki pour obtenir la location de son logement à Saint-Orens-Gameville. « Et également pour obtenir un prêt bancaire pour le projet immobilier de Buzet », annonce l’avocate générale. Le témoin le reconnaît. « En 2015, il n’a pas travaillé pour nous. » « Ces bulletin de salaire ont également servi à l’obtention du prêt bancaire pour le projet de Buzet », souligne Virginie Audebert qui s’étonne : » Personne ne le connaissait sur les chantiers… » « C’est logique. Son rôle consistait à trouver de nouveaux clients », se défend l’artisan. « Alors en 2020, vous ne l’avez pas embauché pour lui rendre service », relance Virginie Audebert. « Non », retorque, ferme, le témoin.
« Avec seulement 110 000 euros de travaux, cette maison je ne sais pas faire », estime un expert
Nouvel expert à la barre. Ce spécialiste des immeubles a été chargé par le juge d’instruction d’étudier la maison de Buzet-sur-Tarn, construite par le couple Zerrouki et un autre projet, à Saint-Martin-de-la-Graves. « A Buzet, il s’agit d’une maison avec piscine de qualité qui dispose d’un bel aménagement », selon l’expert qui a estimé sa valeur à 562 000 euros (650000 euros pour les domaines). La justice et la cour s’interroge sur la manière dans les travaux ont été financés. L’expert a estimé les travaux à 269 000 euros.
« Compte tenu de la qualité des prestations, des techniques, ce chantier a été mené par des vrais connaisseurs du bâtiment. » Des amis de Zerrouki, et lui-même, comme avancé par l’accusé ? Prudent, l’expert ne se prononce pas me ne semble pas convaincu
L’autre projet, à Saint-Martin-de-la- Graves, vendu à 180 000 euros, « en dessous de sa valeur », selon l’expert. Ce projet « à trois », selon Mohamed Zerrouki devait lui permettre de gagner « un peu d’argent ». Sur ces deux maisons, les factures de construction manquent. « Elles ne correspondent pas. 110 000 euros de travaux pour Buzet », détaille l’avocate générale Virginie Audebert. « Impossible », insiste la porte parole de l’accusation. « Moi à ce prix , je ne sais pas faire », admet l’expert.
Une psychiatre témoigne en visioconférence depuis Montpellier
Le docteur Causse-Versaveau a rencontré Boudreddine Abbou en 2022, quand il été incarcéré à Villeneuve-lès-Maguelone, près de Montpellier. « Il a arrêté l’école pour aider sa mère. Il dit que cette femme, qui ne parlait pas le Français, a fait ce qu’elle pu. Son père, resté en Hollande, était absent. »
Entre 2014 et 2022, selon l’expert, Boudredddine Abbou « a admis être impliqué dans un trafic de stupéfiants. Il expliquait avoir un portefeuille de clients. Finalement, son arrestation va lui permettre de passer à autre chose. Je suis pris, je paye et après je passe à autre chose », souligne l’expert qui parle d’un homme « intelligent malgré son faible niveau scolaire ». « Par rapport aux gens que l’on peut rencontrer impliqués dans les trafic de stupéfiants, il bénéfice d’une intelligence intéressante, avec une vraie capacité relationnelle. Clair dans son discernement, capable de faire de choix », insiste l’expert.
Des témoins attendus ce lundi matin
Les débats viennent de reprendre ce lundi devant la cour d’assises spécialement composée de la Haute-Garonne. Plusieurs témoins, et un expert psychiatre doivent être attendus ce matin.
L’interrogatoires des accusés est programmé ce lundi en fin de matinée pour le couple Zerrouki et cet après-midi pour les deux accusés.
Les accusés sont arrivés sur place
Les accusés sont arrivés sur place, au palais de justice de Toulouse, via l’unité Eris, Équipe régionale d’intervention et de sécurité.

« Oui, j’ai fait des choses »
Mohamed Zerrouki a commencé à reconnaître une partie des faits qui lui sont reprochés. « Oui, j’ai fait des choses », a-t-il déclaré jeudi, tout en refusant le statut de patron du trafic que lui prête l’accusation. « J’ai surtout rendu service à d’autres. Je ne suis pas le chef », a-t-il soutenu devant la cour.
3,7 millions d’euros en 18 mois selon les enquêteurs
Jeudi, un commissaire de police a livré l’un des chiffres les plus spectaculaires depuis le début du procès. À partir notamment des conversations interceptées, il estime à 3,7 millions d’euros le chiffre d’affaires du duo Zerrouki-Abbou en 18 mois. « Ce n’est pas surestimé », a assuré le policier.
Bonjour et bienvenue dans ce direct
Après une interruption depuis jeudi soir, Mohamed Zerrouki et les trois autres accusés retrouvent ce lundi matin, à 9h, la cour d’assises spécialement composée de la Haute-Garonne. Le procès doit se poursuivre jusqu’à jeudi, jour où le verdict est attendu.
















