Alors que le projet de LGV Bordeaux-Toulouse franchit une nouvelle étape politique, la tension monte du côté des syndicats ferroviaires. Dans un communiqué publié le 11 mai, la CGT Cheminots du Lot-et-Garonne alerte sur le risque d’un développement de la grande vitesse « au détriment des territoires ruraux et des lignes du quotidien ». Une prise de parole qui intervient dans un climat social déjà explosif à la SNCF, à quelques semaines d’un appel national à la grève prévu le 10 juin 2026.
Ces derniers jours, les déclarations du Premier ministre Sébastien Lecornu affirmant que le projet de LGV Sud-Ouest était désormais « irréversible » ont ravivé les inquiétudes chez plusieurs syndicats ferroviaires. Si la CGT Cheminots 47 assure ne pas être opposée au TGV ou à la grande vitesse, elle estime que le futur réseau ne doit pas uniquement profiter « aux grandes métropoles et aux intérêts privés ».
Une gare d’Agen au cœur des revendications
Dans son communiqué, le syndicat réclame « une véritable politique ferroviaire au service des territoires ». Pour les cheminots du Lot-et-Garonne, la réussite de la LGV ne peut pas se limiter à une ligne rapide entre Bordeaux et Toulouse. La CGT demande notamment qu’Agen devienne « un véritable nœud ferroviaire régional », mieux connecté aux lignes existantes. Le syndicat évoque aussi la possibilité d’une implantation stratégique au croisement de la ligne Agen-Auch, afin de renforcer les correspondances et l’attractivité du territoire.
Autre point central : la défense des petites lignes ferroviaires. « La réussite de ce projet passe également par la réhabilitation des lignes dites “petites lignes”, indispensables à l’aménagement du territoire », écrit la CGT Cheminots 47.
Le syndicat cite notamment :
- la ligne Agen-Périgueux ;
- la réouverture de la ligne Agen-Auch ;
- le maintien des arrêts Intercités à Marmande ;
- ou encore la réouverture de certains guichets et points d’arrêt ferroviaires.
- Le spectre d’une fracture territoriale
Derrière ces revendications se dessine une inquiétude plus large : celle d’un réseau ferroviaire à deux vitesses entre métropoles et territoires ruraux. Pour la CGT, la LGV ne doit pas devenir un projet isolé bénéficiant uniquement aux grandes villes. Les cheminots redoutent un affaiblissement progressif des dessertes locales et des trains du quotidien, alors que de nombreux habitants dépendent encore fortement du rail régional. Le syndicat insiste également sur la nécessité de développer des correspondances TER-TGV « ambitieuses » vers Marmande, Monsempron-Libos, Valence-d’Agen ou encore Périgueux.
Une attaque frontale contre les partenariats public-privé
L’autre sujet de crispation concerne le financement du projet. Dans son communiqué, la CGT Cheminots 47 s’oppose fermement aux partenariats public-privé (PPP), qu’elle considère comme « des outils de privatisation des infrastructures publiques ». Le syndicat prend l’exemple de la LGV Tours-Bordeaux, financée majoritairement par de l’argent public mais exploitée par le consortium privé LISEA. La CGT affirme que ce modèle profiterait davantage aux intérêts financiers qu’au service public ferroviaire.
Selon le syndicat, un recours similaire pour la LGV Bordeaux-Toulouse-Dax représenterait « un surcoût de plusieurs milliards d’euros » qui pourrait être investi ailleurs, notamment dans la modernisation des lignes existantes.
Une mobilisation nationale qui se prépare à la SNCF
Cette prise de position intervient dans un contexte social particulièrement tendu au sein du groupe SNCF. Après plusieurs semaines de discussions jugées infructueuses, les quatre principales fédérations cheminotes — CGT, UNSA, SUD-Rail et CFDT — ont déposé un préavis de grève unitaire pour le 10 juin 2026.
Les syndicats dénoncent « une politique d’entreprise anxiogène » marquée par les restructurations, les suppressions de postes, les réorganisations internes et la filialisation progressive de certaines activités. Dans leur appel commun, les organisations syndicales évoquent une multiplication des « accidents du travail, arrêts maladie et suicides » au sein du groupe ferroviaire.
Parmi les principaux points de tension figurent :
- l’organisation du temps de travail ;
- les négociations salariales ;
- les restructurations ;
- et la crainte d’une remise en cause de l’unité sociale de la SNCF.
Les syndicats accusent également la direction de vouloir fragmenter les accords sociaux entre les différentes filiales du groupe.
Un dossier explosif dans le Sud-Ouest
Entre ambitions politiques autour de la LGV, inquiétudes des territoires ruraux et tensions sociales à la SNCF, le dossier ferroviaire du Sud-Ouest devient de plus en plus sensible. Dans le Lot-et-Garonne, la CGT Cheminots annonce déjà vouloir interpeller rapidement les institutions afin d’obtenir « des engagements concrets » pour le territoire. Une chose est sûre : derrière la promesse de la grande vitesse, le débat sur l’avenir du rail régional est loin d’être terminé.













