Le CHU de Toulouse vient de franchir un cap majeur dans la lutte contre l’endométriose digestive. Pour la première fois dans la Ville rose, trois patientes ont été traitées grâce aux ultrasons focalisés de haute intensité (HIFU), une technique mini-invasive qui remplace une chirurgie lourde de plusieurs heures par une intervention de quelques minutes, sans incision et sans cicatrice.
Une maladie qui pèse sur des millions de femmes
L’endométriose touche environ deux millions de femmes en France, soit une femme sur dix en âge de procréer. Elle se caractérise par la présence de tissu semblable à la muqueuse utérine en dehors de l’utérus, provoquant des douleurs chroniques souvent invalidantes, et une errance diagnostique qui dure en moyenne plusieurs années avant d’aboutir à un diagnostic. Classée priorité nationale de santé publique depuis 2022, la maladie reste pourtant insuffisamment prise en charge dans ses formes les plus sévères.
Parmi elles, l’endométriose digestive représente l’une des atteintes les plus difficiles à traiter. Dans un cas sur cinq, les lésions se développent au niveau du rectum, entraînant diarrhées, constipation, douleurs lors des rapports sexuels et envies impérieuses d’aller à la selle. Une localisation particulièrement mal placée, au carrefour de l’utérus, du vagin et du rectum, qui complique toute approche thérapeutique.
Jusqu’ici, une chirurgie longue et risquée
En cas d’échec du traitement médical, les patientes atteintes de cette forme d’endométriose n’avaient jusqu’à présent qu’une seule option : une intervention chirurgicale lourde, d’une durée de deux à trois heures, au cours de laquelle le chirurgien retirait ou rasait les lésions.
Ce type d’opération, outre sa longueur, peut entraîner des complications urinaires et digestives significatives, et nécessiter dans certains cas la mise en place temporaire d’une stomie, le temps que l’intestin cicatrise correctement. Une perspective redoutée par de nombreuses patientes, d’autant que la récupération post-opératoire est longue et éprouvante.
Les ondes HIFU : une révolution venue de Lyon
C’est le Pr Gil Dubernard, gynécologue à l’hôpital de la Croix-Rousse à Lyon, qui a eu l’idée, en 2015, de détourner un appareil initialement conçu pour traiter le cancer de la prostate. Le dispositif en question, le Focal One de la société française EDAP TMS, diffuse des ultrasons focalisés de haute intensité par voie endorectale, via une sonde, pour cibler et dévitaliser les lésions endométriosiques en quelques minutes seulement. Les Hospices Civils de Lyon sont ainsi devenus les premiers au monde à expérimenter cette technique sur l’endométriose rectale. Après une décennie de protocoles cliniques, menés sur plus de 140 patientes et ayant démontré une efficacité et une tolérance excellentes, le Focal One a obtenu la norme CE en mars 2025 pour cette indication.
Le principe est aussi précis que spectaculaire : les ultrasons sont concentrés sur la lésion avec une extrême précision, provoquant une destruction thermique ciblée du tissu malade, sans toucher les organes environnants. Aucune incision, aucune cicatrice. Les patientes quittent l’établissement quelques heures après l’intervention, contre sept à dix jours d’hospitalisation dans le cadre d’une chirurgie classique.
Toulouse, deuxième ville en France à franchir le pas
C’est désormais au tour du CHU de Toulouse d’adopter cette technique. Sous l’impulsion du Pr Élodie Chantalat, chirurgienne gynécologique et anatomiste à l’hôpital Rangueil et sur le site de l’Oncopole Claudius Regaud, trois premières patientes ont été opérées avec succès. Le bilan est sans appel : aucune complication urinaire ou digestive n’a été observée, la récupération a été rapide et, point crucial pour de nombreuses femmes en âge de procréer, la fertilité a été préservée. L’intervention est prise en charge par la Sécurité sociale, ce qui lève un obstacle économique non négligeable.
La sélection des patientes reste néanmoins stricte : les indications concernent uniquement les lésions du torus utérin avec atteinte digestive, et chaque dossier est validé en réunion de concertation pluridisciplinaire. Une IRM datant de moins de neuf mois est par ailleurs exigée avant toute prise en charge.
Quinze patientes visées d’ici fin 2026
Forte de ces premiers résultats, l’équipe toulousaine vise désormais une quinzaine de patientes traitées d’ici la fin de l’année 2026. Un bémol subsiste cependant : la machine Focal One n’est pour l’instant disponible au CHU que quelques mois par an, ce qui limite mécaniquement le nombre d’interventions possibles.
Le Pr Chantalat espère que Toulouse sera prochainement dotée de son propre équipement, ce qui permettrait de répondre à la demande croissante. Pour les femmes d’Occitanie concernées par une endométriose digestive, cette avancée représente en tout cas une alternative thérapeutique concrète, portée par un établissement qui figure déjà au sommet du palmarès national des hôpitaux depuis plusieurs années.














