« Cet ouvrage parle de vie et comment une catastrophe a mis mon lien avec elle à l’épreuve, les circonstances ont fait que nous avons vécu pleinement notre relation », confie Manu Causse. C’est un livre bouleversant que publie l’auteur qui vit depuis de nombreuses années à Toulouse (Haute-Garonne). Après son ouvrage jeunesse, « Bien trop petit », censuré par Gérald Darmanin en 2023, son nouveau roman, « La Maison du bonheur »* sorti le 14 janvier, est un hymne d’amour à sa belle-fille, Youma, qui apprend à 18 ans qu’elle souffre d’un cancer rare.
Journal de bord de la maladie
L’écrivain de 53 ans raconte la vie avec sa femme, Emma, et leur tribu recomposée – trois garçons et une fille, Youma. Alors que les enfants vont quitter leur cocon familial, après le confinement de 2020, la famille découvre la maladie de la plus jeune, celle avec qui l’auteur noue une relation compliquée de beau-père.
Pour affronter cette épreuve, il tient dès les premiers jours un journal de bord de la maladie, où il s’adresse directement à elle. Avec en fil rouge la magnifique chanson Hallelujah de Léonard Cohen, qui porte le lecteur dans cette histoire d’amour et de résilience où Youma résiste à la maladie et trouve une nouvelle place dans cette famille.
Loin d’être un récit triste, il décrit sans filtre les innombrables séances de chimiothérapie qui rythment leur quotidien, les complications qui nécessitent de nombreux séjours dans les hôpitaux toulousains, l’espoir d’une rémission puis la rechute, les doutes de la jeune fille mais surtout son immense courage et ses moments de vie, ensemble.
Quand les liens familiaux transforment l’épreuve en force
Le récit est rythmé par le rituel du SMS tous les matins à sa belle-fille le temps de son hospitalisation, allant de la blague de mauvais goût sur sa mère ou à l’affection qu’ils se portent à travers un message comme « wesh, je t’apprécie ». On rigole des noms fantaisistes que la jeune fille donne aux plantes grasses de l’escalier, rebaptisées Pedro, Robin Rhubarbe ou Anne Roumanoff. Le lecteur est aussi touché par les journées sur le canapé d’angle du salon où la famille enchaîne toutes sortes de films tels Les Noces Funèbres, Les Minions ou encore la série Atypical quand Youna est si fatiguée que ce coin devient son refuge.
Un récit poignant sur la maladie qui célèbre les liens familiaux et la capacité à transformer l’épreuve en force, comme lorsque Youna se lance dans un karaoké sur Britney Spears et Lady Gaga le lendemain de l’annonce de sa récidive.
Une leçon de vie
« C’est un mélange de faits, d’émotions qui m’ont traversé, des humeurs et parfois de la colère que j’ai pu connaître, souligne Manu Causse. C’est un livre un peu exutoire qui montre l’amour qu’on peut avoir pour ses beaux-enfants et la belle leçon de vie qu’elle nous a laissé jusqu’au bout, en faisant la fête trois jours avant sa mort. Cette place de beau-père, je l’ai prise dans l’urgence alors que nos relations jusque-là étaient parfois compliquées ».
Après dix-huit mois de combat acharné, Youma est décédée le 3 janvier 2022. Elle avait demandé à son beau-père, qui lui avait fait lire son journal de bord tenant sur trois carnets, de le publier un jour. Un témoignage fort sur la difficulté de vivre avec la maladie puis le deuil.
« Il faut vivre avec ses morts même si on ne fait pas le deuil d’un enfant, avoue, avec pudeur, Manu Causse. Youma m’a donné un apaisement, aujourd’hui il y a beaucoup de tristesse mais nous vivons pour Youma ». Depuis cette épreuve, Manu Causse a adopté le fils de son épouse et Emma les deux fils de son mari.
*« La Maison du bonheur », de Manu Causse, 352 pages aux éditions Harper Collins.






















