Convaincu que les facteurs environnementaux ont contribué à la maladie de sa mère, décédée d’un cancer du pancréas en l’espace de trois mois, Alexandre Roussel milite pour réduire l’exposition au cadmium. Alors qu’un texte visant à abaisser les seuils autorisés dans les engrais phosphatés doit être examiné au Sénat, il appelle à agir sans attendre un consensus scientifique absolu.
Alexandre Roussel, 25 ans, et sa famille en sont convaincus : le cadmium, ce métal toxique très présent dans notre alimentation, a pu jouer un rôle dans le décès de sa mère, emportée en décembre dernier par un cancer du pancréas à l’âge de 58 ans.

« J’ai grandi à Saint-Pierre-de-Lages, près de Toulouse, où ma mère a vécu plus de trente ans. Dans un village de 800 habitants entouré de champs, nous avons probablement été davantage exposés aux pesticides qu’en milieu urbain. Cela a pu contribuer à la situation. Mais c’est surtout l’exposition globale, alimentaire et environnementale, qui compte. »
Un nombre de cas multiplié par quatre
Le jeune chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) reconnaît que le lien entre le cadmium et le cancer du pancréas n’est pas établi avec le même niveau de preuve que pour certains autres cancers. « Cela dit, faut-il vraiment attendre d’avoir une preuve irréfutable pour agir ? On a déjà trop attendu par le passé, comme avec le chlordécone. Le cadmium a d’autres effets avérés, surtout sur les enfants. On n’a pas besoin d’attendre une catastrophe de plus pour agir. »
Sa réflexion s’appuie notamment sur un récent rapport de l’Anses consacré à l’imprégnation de la population française au cadmium et à ses conséquences sanitaires.
« En creusant le sujet, on découvre des données préoccupantes. La progression du cancer du pancréas suscite de nombreuses interrogations parmi les chercheurs, et plusieurs facteurs de risque sont actuellement étudiés. Au-delà de cette maladie, le cadmium est également associé à d’autres atteintes touchant notamment les reins, le cerveau ou la santé osseuse. » Il souligne également qu’en trente ans, le nombre de cas de cancer du pancréas a été multiplié par quatre.
« Un pas en avant dû à la mobilisation citoyenne »
Le texte prochainement examiné au Sénat prévoit d’abaisser la teneur maximale en cadmium des engrais phosphatés à 40 mg en 2027 puis à 20 mg en 2030.
« C’est un vrai pas en avant, dû aussi à la mobilisation citoyenne », estime Alexandre. Sa pétition a recueilli plus de 13 000 signatures sur le site de l’Assemblée nationale, témoignant de l’écho rencontré par cette mobilisation. Selon lui, réduire la présence de cadmium dans les engrais est une mesure techniquement simple à mettre en œuvre et dont le coût resterait limité.
Avec le collectif qu’il a fondé, il souhaite désormais poursuivre la mobilisation auprès des sénateurs. « Je réfléchis à la suite : continuer à m’engager sur l’environnement, utiliser mon réseau ou insister sur la notion de polycrise dans le débat public. Ces crises s’amplifient mutuellement ; il faut les penser ensemble pour construire des solutions durables. »














