Annoncé le 17 juin 2026 au salon mondial Eurosatory, le fonds interrégional “Défense et Souveraineté Atlantique-Méditerranée” réunit trois régions françaises autour d’un objectif commun : renforcer financièrement les PME et ETI de la défense, trop souvent sous-capitalisées pour tenir le rythme imposé par les grands donneurs d’ordres.
Un fonds né d’un constat simple, mais urgent
Les carnets de commandes des grands groupes de défense n’ont jamais été aussi pleins, depuis que la guerre en Ukraine a rebattu toutes les cartes géopolitiques du continent. La loi de programmation militaire de 2023 a porté à plus de 400 milliards d’euros les dépenses militaires françaises d’ici à 2030, et la demande continue de grimper. Mais voilà le problème : les PME et ETI de la chaîne d’approvisionnement n’ont pas les fonds propres nécessaires pour produire au bon rythme. Alain Rousset, président de la Nouvelle-Aquitaine, le dit sans détour : « Nos entreprises françaises, en particulier nos PME, manquent de fonds propres. »
C’est ce constat partagé qui a conduit les présidents des trois régions à s’unir autour d’un dispositif inédit. L’Occitanie n’en était pas à son coup d’essai, puisque la région avait lancé dès 2025 son Plan Souveraineté et Industrie de Défense, doté de 200 millions d’euros sur la période 2025-2030. Un an après, le bilan était probant : 19 entreprises financées à hauteur de 15,5 millions d’euros, des recrutements réalisés, des équipements acquis, des brevets sécurisés. Ces résultats ont convaincu la Bretagne et la Nouvelle-Aquitaine de rejoindre l’initiative et de passer à l’échelle supérieure.
Comment fonctionne concrètement ce dispositif ?
Le fonds est majoritairement privé, ce qui le distingue d’emblée des simples subventions publiques. Les trois régions injectent ensemble 25 millions d’euros pour amorcer la pompe, car l’objectif est ensuite de lever 125 millions supplémentaires auprès de grands industriels (Safran, Thales, Airbus, Dassault Aviation), d’investisseurs institutionnels et de banques, pour atteindre la taille cible de 150 millions d’euros. Le fonds sera géré par M Capital, société toulousaine spécialisée dans les PME et ETI industrielles, ce qui ancre le pilotage opérationnel à Toulouse.
La Direction générale de l’armement (DGA) siège au conseil de gouvernance aux côtés des industriels partenaires, garantissant que les investissements restent alignés avec les priorités capacitaires du ministère des Armées. Les entreprises candidates doivent justifier d’au moins cinq ans d’existence et d’une position stratégique avérée dans la chaîne de valeur, pour être éligibles à des tickets compris entre 500 000 et 10 millions d’euros par dossier.
Quelles entreprises et quels secteurs sont visés ?
Les trois régions concentrent à elles seules plus de 1 300 entreprises de la Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD), soit près de 129 000 emplois directs : 430 sociétés et 25 000 salariés en Occitanie, 550 entreprises et 40 000 emplois en Nouvelle-Aquitaine, 388 entreprises et 64 000 emplois en Bretagne. Un tissu industriel vital, mais fragile, d’autant que nombre de dirigeants approchent de la retraite sans successeur identifié, ce qui ouvre la porte à des rachats étrangers potentiellement problématiques pour la souveraineté industrielle française.
Le fonds cible trois axes d’intervention précis. D’abord le développement : financer l’industrialisation de prototypes validés et l’élargissement des capacités productives. Ensuite les opérations de consolidation et de transmission, pour sécuriser le capital de ces entreprises stratégiques. Enfin l’innovation, notamment sur l’intelligence artificielle, la cyberdéfense, les drones et les matériaux avancés. Les secteurs prioritaires couvrent l’aérien, le numérique, le spatial, l’optronique et les matériaux critiques, ce qui correspond aux complémentarités naturelles des trois régions : l’Occitanie domine l’aéronautique européenne depuis Toulouse, la Nouvelle-Aquitaine excelle dans les systèmes de combat aérien, la Bretagne concentre les capacités navales et cyber depuis Brest et Lorient.
Ce que cela change pour l’Occitanie
Pour Carole Delga, présidente de la Région Occitanie et de l’association des Régions de France, la direction est claire : « Dans le contexte géopolitique actuel, renforcer notre souveraineté passe d’abord par une industrie forte, innovante et capable de produire davantage sur notre sol. » L’Occitanie est à l’initiative du projet, forte du succès de son plan régional qui a servi de modèle, et le choix de M Capital comme gestionnaire confirme le rôle central de Toulouse dans la structuration de l’industrie de défense française.
Si le fonds atteint sa taille cible, il deviendra le principal levier d’investissement interrégional dédié aux PME et ETI de défense en France, bien avant que l’Europe ne parvienne à coordonner une réponse commune. Un modèle que d’autres régions françaises pourraient rapidement chercher à reproduire.

















