C’est un lieu apaisant où les militaires touchés par le stress post-traumatique peuvent se reconstruire, avec leurs frères d’armes. Ouverte en septembre 2024 près de Villefranche-de-Lauragais (Haute-Garonne), la maison Athos propose à ces soldats qui souffrent de ce mal invisible un accompagnement sur mesure dans leur cheminement vers le retour à une vie sociale appréciable et l’accès à une vie professionnelle.
Reconnue par la France depuis 2004, la blessure psychique est prise en charge par le ministère des Armées qui a ouvert des maisons pour aider ses soldats à partir de 2021. Dans celle de Villefranche-de-Lauragais qui accueille déjà 91 membres, le militaire blessé est au centre de l’attention, encadré par des anciens de l’Armée (directeur et accompagnants) et des professionnels de la réhabilitation.
L’ensemble travaille en coordination avec des psychologues, des psychiatres ou des assistantes sociales. Le blessé choisit les activités qui rythment ses journées où il séjourne dans la structure, le temps qu’il y passe de quelques jours à quelques heures. Jardinage, cheval, randonnée, sports, ateliers artistiques… Les possibilités sont nombreuses pour remettre le pied à l’étrier à ces militaires qui ont perdu toute confiance en eux.
« C’est difficile pour eux de ne plus se sentir utile »
« Il faut que le militaire soit volontaire pour venir dans la maison et que sa blessure psychique soit reconnue par un médecin, explique Bertrand, directeur de la maison Athos de Villefranche et ancien officier à l’armée de terre. Les équipes, constituées du monde militaire et civil, permettent de libérer leur parole. C’est difficile pour eux de ne plus se sentir utile. Ces maisons ne sont pas seulement l’expression de l’aide apportée aux blessés, elles représentent aussi le soutien des Français à ceux qui ont sacrifié une partie d’eux-mêmes pour leur pays ».
Entre cinq et 15 blessés sont accueillis chaque jour dans cette maison au jardin ombragé, avec des lieux pour se ressourcer et une grande pièce de vie où ils peuvent cuisiner tous ensemble. Un havre de paix qui favorise la résilience pour les militaires blessés psychiquement après avoir servi lors d’opérations en Afghanistan ou au Mali, où ils ont vu mourir leurs compagnons d’armes, subi des attaques ou frôlé la mort.
Rébecca, 45 ans dont 26 passés dans l’armée de terre, est venue cette semaine trois jours à la maison. Après avoir participé à des opérations au Mali et en Afghanistan, cette dynamique blonde est depuis sept ans en congé maladie, marquée par ce qu’elle a vécu. Elle vient chaque mois dans la structure depuis 2024.
« J’ai plus avancé ici que les dix dernières années »
« Ma famille ne comprenait pas mes symptômes et moi non plus, je n’avais pas les armes contre cela donc je me suis écroulée, confie-t-elle. La blessure consume de l’intérieur et on est incapable de se faire à manger, de faire le ménage. Ici, on parle beaucoup entre nous, on reprend confiance en faisant des activités comme du quad, en voyant une socioesthéticienne pour prendre soin de soi. J’étais l’ombre de moi-même mais aujourd’hui, je commence à remettre un pied dans la vie grâce à cet esprit de famille ». Accompagnée par la maison dans ses démarches administratives, Rébecca se projette désormais dans l’avenir en voulant réaliser un stage dans le secteur de la fleuristerie.
François, 38 ans dont 18 dans l’armée de terre, commence, lui aussi, à retrouver un sens à sa vie depuis qu’il fréquente la maison Athos en septembre 2025. Ce père de famille, qui a opéré en Afghanistan en 2011, a connu l’impossibilité de parler de sa blessure psychique reconnue en 2015, restant dans le noir sans bouger après avoir été mis en congé maladie. « On n’est plus dans son régiment, la seule chose que l’on a connu pendant des années, donc on est perdu et incapable de s’exprimer auprès de nos proches, raconte ce robuste trentenaire. On ne peut pas imaginer ce qu’on vit intérieurement. J’ai été pris en charge en 2021 et tout mon monde s’est effondré. Ici, on peut en parler avec les autres soldats, on travaille l’échafaudage pour construire une nouvelle vie. J’ai plus avancé ici, où je m’aperçois que j’ai des compétences, que les dix dernières années ». François envisage une reconversion comme mécanicien agricole.
La maison Athos de Villefranche-de-Lauragais compte sept professionnels qui accompagnent ces soldats dans leur résilience. Au 1er juin 2026, 695 blessés ont déjà bénéficié de ce dispositif unique alors que 2 826 blessés psychiques sont recensés dans les armées françaises. Placées la direction de l’Institution de gestion sociale des armées (Igesa), cinq autres maisons Athos sont actuellement ouvertes en Gironde, en Bretagne, dans le Var, en Savoie et dans les Vosges.












