Violence à Toulouse : un professeur de littérature condamné à trois ans de prison pour avoir poignardé un cycliste ce week-end. Un geste impulsif, né d’un malentendu et d’une peur liée à la maladie de sa compagne. L’histoire, renversante.
Le procureur vient de requérir cinq ans de prison dont dix-huit mois ferme. Dans le public, la compagne de Pierre, sanglée dans sa robe virginale, porte les deux mains devant sa bouche pour réprimer un cri d’effroi. L’homme de 56 ans accuse le coup. Sa longue carcasse se replie sur le banc des prévenus.
Sans doute, à cet instant, se repasse-t-il en boucle l’altercation survenue samedi à Toulouse, dont son visage arbore les stigmates, et qui risque de l’envoyer derrière les barreaux pour la toute première fois de son existence.
Prof de littérature en classe préparatoire
Car s’il comparaît pour avoir asséné un coup de couteau à un parfait inconnu de 49 ans (dix jours d’incapacité légale, NDLR), Pierre n’a pas le profil des abonnés aux comparutions immédiates. Professeur de littérature en classe préparatoire (hypokhâgne, khâgne), il enseigne le français et la philosophie aux futurs pensionnaires de Normale Sup.
Le couple vit en Normandie, « à la campagne ». Sa compagne est chercheuse dans un laboratoire de biologie. « On était en vacances à Toulouse pour assister à un festival de tango argentin », confie-t-il à la barre. Un Airbnb à Saint-Cyprien leur tenait lieu de camp de base. Jusqu’à ce que ce week-end urbain ne dérape.
Le cycliste passe entre eux « à très faible allure »
Samedi 4 juillet, vers 18 heures, le couple se trouve au bout du pont Neuf, à l’angle avec le quai de Tounis, lorsqu’un cycliste qui venait de la Daurade passe entre eux sur le passage piéton « à très faible allure », comme le relève le président Rives. Assailli de questions, Pierre tente d’expliquer l’inexplicable. « Elle était apeurée, je l’ai vu sur son visage. J’ai eu l’impression qu’il l’avait bousculée ».
Ce n’était pas le cas, la vidéoprotection en atteste. Le prof hèle le cycliste, vient au contact. Sa compagne tente de l’en dissuader. « J’ai surréagi », soupire-t-il à la barre. Des noms d’oiseau ont sans doute volé. Des promesses d’actes réprouvés par l’Église. Le cycliste descend de vélo. Les deux hommes se font face. Aucun des deux n’est alcoolisé. Et Pierre disjoncte.
Maladie dégénérative
« Vous avez attrapé un Opinel dans votre poche, vous l’avez ouvert et en avez porté un coup à la victime. C’est incompréhensible », tance le président. « Le couteau, je l’ai toujours sur moi. C’est pour éplucher les pommes », se défend maladroitement le prévenu. « En tant que professeur, j’enseigne à mes élèves le contraire de ce que j’ai fait ».
Touché à la plèvre, le cycliste a le temps de porter trois coups de poing à son agresseur avant de s’écrouler. « Il est toujours hospitalisé », relève son avocate, Me Salomé Assa, qui aurait bien vu Pierre comparaître devant une juridiction criminelle pour tentative de meurtre.
Aucune mention au casier « pas même une contravention », s’étonne le président. L’incapacité à « gérer son impulsivité » et cette vendetta « disproportionnée », pointées par le parquet, trouvent peut-être leur origine dans deux faits : le premier, comme l’explique l’avocate du prévenu, Me Sophie Michel-Cau, est qu’il « venait de se disputer avec Madame » ; le second, autrement plus prégnant, est que cette dernière est atteinte d’une maladie orpheline dégénérative. « Elle est en train de perdre la vue. D’ici quelques mois, elle aura besoin d’une canne blanche ».
Trois ans de prison
Et c’est précisément car sa compagne n’a pas vu arriver le cycliste qu’un masque de « colère et d’effroi » est soudain apparu sur son visage. Pierre a voulu réparer l’offense. Nougaro, qui vivait à deux pas, aurait pu estimer qu’en khâgne aussi, on aime la castagne. Mais ce n’est même pas le cas. « C’est un geste que je regretterai toute ma vie. Je l’ai blessé gravement. Comment puis-je réparer ? ».
Trois ans de prison avec sursis et interdiction de porter une arme pendant dix ans. L’enseignant évite la case détention. « En dépit de faits d’une extrême gravité, le tribunal a tenu compte de votre parcours sans tache jusque-là ».













